VIII NOTICE SUR LA VIE ET L CEUVRE
son but ; en lui s'affirmaient et l'orgueil de la race bretonn^^ et cette fierté des vieilles familles nobles de province que lie troublait pas même la majesté' royale. Un seul désir le prit, une seule passion le domina, celle de relever sa maison et de rendre à son nom l'illustralion perdue.
A quinze ans, il s'engageait comme volontaire dans l'expédition du comte de Plélo et, au siège de Dantzirk, était blessé deux fois. Bientôt, il passait aux lies. L'idée était heureuse : à trente-cinq ans, grâce à son activité et à son esprit d'ordre, il avait acquis quelque aisance, il pouvait renoncer aux hasards de la vie de marin, s'établir à Saint- Malo et s'y marier. Dès ce moment, sa vie fut fixée. Il se fit armateur : il eut jusqu'à cinq et six navires en mer, et, des opérations de commerce ou des entreprises de course tira d'importants bénéfices. Aussi put-il, en 1761, deux ans après la naissance d'un fils, Jean-Baptiste, qui assurait la survivance de son nom, acheter au duc de Duras le château de Combourg, vieux manoir familial sorti du patrimoine des Chateaubriand. Ainsi se trouvait réalisé le rêve de toute sa vie
L'enfant qui devait illustrer le vieux nom des Chateaubriand d'une gloire que son père n'eût point osé lui souhaiter, dont peut-être il eût dédaigné la meilleure part, François-René de Chateaubriand naquit le 4 septembre 1768, cinq ans après sa sœur Julie (M™'' de Farcy), quatre ans après Lucile (M"i« de Caud). 11 fut le dixième enfant, le dernier né de la famille; il vint au monde chétif {« Je refusais de vivre » Mémoires d' Outre-Tombe); il fut le mal venu : M"* de Chateaubriand, qui éprouvait pour son mari plus de déférence craintive que d'amour, qui d'ailleurs avait donné à son fils aîné Jean-lîaptiste toute son affection, ne l'avait pas désiré. Elle lui fit une enfance froide et triste. Sans le dévouement d'une vieille servante, Marguerite Villeneuve, sans l'amitié de sa sœur Lucile, comme lui méconnue et oubliée, il aurait pu se croire seul, déshérité de toute tendresse.
Ses premières années, il les passa libre de toute surveillance, presque sans maître, mêlé aux jeux et aux querelles des enfants du port, en face de cette mer qu'il aima jusqu'à son dernier jour et au milieu de laquelle il voulut