DE F.-R. DE CHATEAUBRIAND K
dormir son dernier repos. Il avait dix ans : il était d'âge à faire ses études. Son père l'envoya à Dol, où il commença ses humanités, prit goût aux mathématiques et, en 1780, lit avec giande ferveur sa première communion. Du collège de Dol, il passa au collège de Rennes pour y achever son cours de mathématiques. Il y hérita du lit de Parny, y retrouva Gesril de Papheu, le compagnon de ses premiers jeux, y connut Limoëlan, le futur auteur de la macliine infernale, Moreau, qui devait un moment »e poser en rival de Bonaparte.
Ses deux sœurs aînées s'étaient mariées, la première, Marie-Anne à .M. de Marigny, la seconde, Béni^'ne, au comlo de Qdébriac. François-René avait assisté à la cérémonie de leur mariage, il fut surpris d'y voir pleurer sa mère et ses sœurs : il ne savait pas encore qu' « après le malheur de naître, il n'en est pas de plus grand que celui de donner le jour à un homme. » Sa troisième sœur Julie épousa en 1781 M. de Farcy, capitaine au régiment de Coudé. Le mariage fut célébré à la ihipelle de Cumbourg. Déjà reniant voyait le monde avec des yeux qui devinent : il avait treize ans. Ses études achevées, il quitta le collège et partit pour Brest afin d'y subir l'examen de garde- marine. 11 y vécut sans aucune fièvre d'attente, tout entier à des rêves mélancoliques. Bientôt, lasd'espéier ce brevet qui ne lui était point envoyé, il revenait à Conibourg, et, après un court passage au collège de Dinan, où l'avait fait entrer quelque velléité de vocation ecclésiastique, il y faisait un séjour de deux années. Ce furent deux années sans incidents extérieurs, mais où son âme s'agitait pleine de trouble, deux années de solitude, de lecture- vagues, de folles imaginations, les plus vides en apparence, les plus fécondes peut-être de sa vie. Il avait retrouvé Lui-ile : tous deux, près d'un père impérieux et sombre, d'une mère silencieuse et résignée à son effacement, s'exaltaient à l'envi. Muse ou syl[ihide, la chimère hantait leurs esprits : leur âme se pénétrait de mélancolie, et à l'âge des longs espoirs, du dése3|)oir et de l'ennui de vivre*.
> Voy. p. 29 ; Mémoires d'Outre-Tombe, l" partie, I, 8. A
Combourg.