Premières études
On me conduisait tous les matins avec Lucile chez les sœurs Couppart, deux vieilles bossues habillées de noir (|ui montraientk lire aux enfants. Lucile lisait fort mal. On la grondait ; je grilîais les sœurs : grandes plaintes portées à ma mère. Je commençais à passer pour un vaurien, un révolté, un paresseux, un âne enfin. Ces idées entraient dans la tête de mes parents : mon péro disait que tous les chevaliers de Chateaubriand avaient été des fouetteurs de lièvres, des ivrognes, et des querelleurs. Ma mère soupirait et grognait en voyant le désordre de ma jaquette. Tout enfant (|ne j'étais, le propos de mon père me révoltait: quand ma mère couronnait ses remontrances pai l'éloge de' mon frère qu'elle appelait un Galon, un héros, je me sentais disposé à faire tout le mal qu'on semblait attendre de moi.
Mon maitre décriture, M. Després, à perruque de matelot, n'était pas plus content de moi que mes parents ; il me faisait copier éternellement, d'après un exemple de sa façon, ces deux vers que j'ai pris en horreur :
C'est à vous, mou esprit, à qui je veux parler; Vous avez des défauts que je ne ne puis celer*.
< Premiers vers de la Satire IX de Boileau : « A mon esprit ».
Il accompagnait ses réprimandes de coups de poing qu'il me donnait dans le cou, en m'ap[)clant léte d'achocrc; voiilail-il dire achore *? Je ne sais pas ce que c'est (jaune tête d'aehoci'e, mais je la tiens pour effroyable.