Procédés épiques
COMPAUAISONS^
Lorsqu'un sanglier, la terreur des forêts, a découvert une laie avec son amant sauvage, excité par l'amour, le monstre hérisse ses soies, creuse la terre avec la double corne de son pied, et, blessant de ses défenses le tronc des hêtres, se cache pour fondre snr son rival : ainsi Ondouré, transporté Je jalousie par le récit de la Renommée, cherche et trouve le lieu écarté qui doit lui livrer TEuropéen dont les maléfices ont déjà troublé le cœur de Céluta.
Sur les rivages du Nil ou dans les fleuves des Florides, deux crocodiles se disputent au printemps une femelle brillante : les rivaux s'élancent des bords opposés du fleuve et se joignent au milieu. De leurs bras ils se saisissent; ils ouvrent des gueules effroyables; leurs dents se heurtent avec un craquement horrible ; leurs écailles se choquent comme les armures de deux guerriers; le sang coule de leurs mâchoires écumantes et jaillit en gerbes de leurs naseaux brûlants; ils poussent de sourds mugissements, semblables au brait lointain du tonnerre. Le fleuve, qu'ils frappent de leur queue, mugit autour de leurs flancs comme autour d'un vaisseau battu par la tempête. Tantôt ils s'abiment dans des gouflres sans fond et continuent leur lutte au voisinage des enfers; un impur limon s'élève sur les eaux; tantôt ils remontent
* !• partie, passim.
à ia surface des vagues, se chargent avec une fuiir redoublée, s'enfoncent de nouveau dans les ondes, reparaissent, plongent, reviennent, replongent, et semblent vouloir éterniser leur épouvantable combat : tels se pressent les deux guerriers, tels ils s'étouffent dans leurs bras serrés par les nœuds de la colère. Lo lierre s'unit moins étroitement à l'ormeau, le serpent au serpent, la jeune sœur au cou dune sœur chérie, l'enfant altéré à la mamelle de sa mère. La rage de* deux guerriers monte à son comble.
De paisibles castors', dans des vallons solitaiies. s'empressent à finir un commun ouvrage : les uns scient les bouleaux et les abattent sur le courant d'une onde, afin d'en former une digue; les autres traînent sur leur queue les matériaux destinés aux architectes ■. les palais de la Venise du désert s'élèvent; des artisande luxe en tapissent les planchers avec une fraîch»^ verdure, et préparent les salles de bain, tandis que de? constructeurs bâtissent plus loin, au bord du lac, les agréables châteaux de la campagne. Cependant de vieux castors pleins d'expérience dirigent les travaux de la république, font préparer les magasins de vivres placent des sentinelles avancées pour la sûreté du peuple, récompensent les citoyens diligents, exilent les paresseux : ainsi Ion voyait travailler les Français sur le champ des combats. Partout se forment des pyramides où les guerriers moissonnés par le fer son" entassés au hasard : les uns ont le visage tourné verla terre, qu'ils pressent de leurs bras roidis ; les autres laissent flotter leurs chevelures sanglantes du haut des pyramides funèbres, comme les plantes humid-^s
i Cf. BufTon : Histoire des quadrupèdes vivipares. Le castr.
LES NATCriEZ 1G7
de rosée pendent du liane des roches; ceux-ci sont tournés sur le côté; ceux-là semblent regarder le ciel de leurs yeux hagards, et sur leurs traits immobiles la mort a fixé les convulsions de la vie fugitive. Des têtes séparées du tronc, des membres mutilés remplissent les vides de ces trophées; du sang épaissi cimente ces épouvantables monuments de la rage des hommes et de la colère du ciel. Bien différents, sélévent dans une riante prairie, au milieu des ruisseaux et des doux ombrages, ces monceaux d"herbes et de fleurs tombées sous la faux de Thomme champêtre : Flore, un râteau k la main, invite les bergers à danser à la fête printanière, et les jeunes filles, avec leurs compagnes, se laissent rouler en folâtrant du sommet de la meule embaumée.
Sur une habitation que gouverne un maître humain et généreux, de nombreux esclaves s'empressent à recueillir la cerise du café : les enfants la précipitent dans des bassins d'une eau pure ; les jeunes Africaines l'agitent avec un râteau pour détacher la pulpe vermeille du noyau précieux, ou étendent sur des claies la récolte opulente. Cependant, le maître se promène sous des orangers, promettant du repos à ses esclaves, qui font retentir l'air des chansons de leur pays : ainsi les Illinois s'empressent, sous les regards d" Athaensic \ à recueillir une nouvelle moisson de douleurs. En peu de temps l'ouvrage se consomme, et le frère d Amélie, dépouillé par les sacrificateurs, est attaché au pilier du sacrifice.
' Génie de la Vengeance : dans la légende primitive est « la première f'.- .me précipitée du ciel avec le premier homme pour avoir p^":,u leur innocence. »