‹ Lectures choisiesChapitre 124 sur 145 · RUINES D'ATHÈNES · texte numérisé non relu

RUINES D'ATHÈNES

L'Aréopage était placé sur une éminence à l'occident de la citadelle. On comprend à peine comment on a pu construire sur le rocher où Ton voit des ruines un monument de quelque étendue. Une petite vallée appelée, dans l'ancienne Athènes, Cœlé (le creux), sépare la colline de l'Aréopage de la colline du Pnyx et de la colline de la citadelle. On montrait dans la Cœlé les tombeaux des deux Cimon, de Thucydide et d'Hérodote. Le Pnyx, où les Athéniens tenaient d'abord leurs assem^ blées publiques, est une esplanade pratiquée sur une roche escarpée, au revers du Lycabettus ^ Un mur composé de pierres énormes soutient cette esplanade du côté du nord; au midi s'élève une tribune creusée dans le roc même, et l'on y monte par quatre degrés également taillés dans la pierre. Je remarque ceci parce que les anciens voyageurs n'ont pas bien connu la forme du Pnyx. Lord Elgin a fait depuis peu d'années désencombrer cette colline, et c'est à lui qu'on doit la découverte des degrés. Gomme on n'est pas là tout à fait à la cime du rocher, on n'aperçoit la mer qu'en montant audessus de la tribune : on ôtait ainsi au peuple la vue duPirée, afin, que des orateurs factieux ne le jetassent pas dans des entreprises téméraires, à l'aspect de sa puissance et de ses vaisseaux.

Les Athéniens étaient rangés sur l'esplanade entre le mur circulaire que j'ai indiqué au nord, et la tribune au midi.

C'était donc à cette tribune que Périclès, Alcibiade etDémosthènes firent entendre leur voix, que Socrate et Phocion parlèrent au peuple le plus léger et le plus spirituel de la terre? C'était donc là que se sont commises tant d'injustices, que tant de décrets iniques ou cruels ont été prononcés? Ce fut peut-être ce lieu qui vit bannir Aristide, triompher Mélitus^condamneràmort la populationentiôre d'une ville, vouer

i. Montagne.

S. L'cuDimi et l'accusuttHir de Socrate.

hn peuple entier à l'esclavage ? Mais aussi ce fut là que de grands citoyens firent éclater leurs généreux accents contre les tyrans de leur patrie, que la justice triompha, que la vérité fut écoutée...

Le rocher de la citadelle peut avoir à son sommet huit cents pieds de long sur quatre cents de large ; sa forme est à peu près celle d'un ovale dont l'ellipse irait en se rétrécissant du côté du mont Hymette : on dirait un piédestal taillé tout exprès pour porter les magnifiques édifices qui le couronnaient

La première chose qui vous frappe dans les monuments d'Athènes, c'est la belle couleur de ces monuments. Dans nos climats, sous une atmosphère chargée de fumée et de pluie, la pierre du blanc le plus pur devient bientôt noire ou verdâtre. Le ciel clair et le soleil brillant de la Grèce répandent seulement sur le marbre de Paros et du Pentélique' une teinte dorée semblable à celle des épis mûrs ou des feuilles en automne.

La justesse, l'harmonie et la simplicité des proportions attirent ensuite votre admiration.

11 faut maintenant se figurer tout cet espace ^ tantôt nu et couvert d'une bruyère jaune, tantôt coupé par des bouquets d'oliviers, par des carrés d'orges, par des sillons de vignes; il faut se représenter des fûts de colonnes et des bouts de ruines anciennes ot m<xlerncs, sortant du milieu de ces cultures, des murs blanchis et des clôtures de jardins traversant les champs : il faut répandre dans la campagne des Albanaises qui tirent de l'eau ou qui lavent à des puits les robes dos Turcs, des paysans qui vont et vionnent, conduisant des Anes, ou portant sur leur dos des provisions à la ville; il faut supposer toutes ces montagnes dont les noms sont si beaux, toutes ces ruines si ct-lèbrcs, toutes ces îles, toutes ces mers non moins fameuses, éclairées d'une lumière éclatante. J'ai vu du iiaul de l'Acropolis le soleil se lever ontrc les doux cimes du mont Hymelte : les corneilles qui nichent autour de la ciladellc,

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