L'uspacc iju'ou iJùcuuTro du haut di* la colliuo
mais qui ne franchissent jamais son sommet, planaient audessous de nous ; leurs ailes noires et lustrées étaient glacées de rose par les premiers reflets du jour; des colonnes de fumée bleue et légère montaient dans l'ombre le long des lianes de l'Hymette, et annonçaient les parcs ou les chalets des abeilles ; Athènes, l'Acropolis et les débris du Parthénon se coloraient des plus belles teintes de la fleur du pêcher ; les sculptures de Phidias, frappées horizontalement d'un rayon d'or, s'animaient et semblaient se mouvoir sur le marbre par la mobilité des ombres du relief; au loin, la mer et le Pirée étaient tout blancs de lumière ; et la citadelle de Gorinthe, renvoyant l'éclat du jour nouveau, brillait sur l'horizon du couchant, comme un rocher de pourpre et de feu.
Du lieu où nous étions placés, nous aurions pu voir, dans les beaux jours d'Athènes, les flottes sortir du Pirée pour combattre l'ennemi ou pour se rendre aux fêtes de Délos ;nous aurions pu entendre éclater au théâtre de Bacchus les douleurs d'Œdipe, de Philoctète et d'Hécube; nous aurions pu ouïr les applaudissements des citoyens aux discours de Démosthènes*. Mais, hélas! aucun son ne frappait notre oreille. A peine quelques cris, échappés à une populace esclave, sortaient par intervalles de ces murs qui retentirent si longtemps de la voix d'un peuple libre. Je me disais, pour me consoler, ce qu'il faut se dire sans cesse : Tout passe, tout finit dans ce monde. Où sont allés le^ génies divins qui élevèrent le temple sur les débris duquel j'étais assis? Ce soleil, qui peut-être éclairait les derniers soupirs de la pauvre tille de Mégare, avait vu mourir la brillante Aspasie. Ce tableau
1. « Lorsque Chateaubriand eut visité lu Grèce, elle eut parmi nous un peintre. Je ne veux pas dire qu'il la peignit simplement, ni de la manière qu'elle-même, en son meilleur temps, eût préférée ; je dis seulement qu'avec les moyens et les procédés de couleur qui étaient à lui, il nous rendit vivement la seusaliou de la Grèce. Il arrive à Athènes; il monte d'abord ;\ la citadelle; comme un vainqueur, il a choisi tout aussitAt son camp ; il établit son point de vue souverain : relisez cette pag;c de VIlinéraire, De là, il décrit les collines, les monuments d'alentour ; il évoque, il recrée en idée l'antique cité, le tiicûtre retentissant d'applaudissements, les flottes sortant du l'irée, les jours d«' Silamine ou de Délos. Il n'y a rien de plus glorieux au soleil et de plus lumineux que cette peinture. * (Sainte-Beuve, article sur l'abbé Barthélémy, Limdit, Tll.)
de l'Attique, ce spectacle que je contemplais, avait été contemplé par des yeux fermés depuis deux mille ans. Je passerai à mon tour; d'autres hommes aussi fugitifs que moi viendront faire les mêmes réflexions sur les mêmes ruines. Notre vie et notre cœur sont entre les mains de Dieu; laissons-le donc disposer de l'une comme de l'autre.