LA LIBERTE ET LA NATURE
Est-il une liberté civile? J'en doute. Les Grecs furent-ils plus heureux, furent-ils meilleurs après leur révolution? Non. Leurs maux changèrent de valeur nominale, la valeur intrinsèque resta la même.
Malgré mille efforts pour pénétrer dans les causes des troubles des États, on sent quelque chose qui échappe, un je ne sais quoi, caché je ne sais où, et ce je ne sais quoi paraît être la raison efficiente de toutes les révolutions. Cette raison secrète est d'autant plus inquiétante qu'on ne peut l'apercevoir dans l'homme de la société. Mais l'homme de la société n'a-t-il pas commencé par être Fhomme de la nature? C'est donc celui-ci qu'il faut interroger. Ce principe inconnu ne nait-il point de cette vague inquiétude, particuhère à notre cœur, qui nous fait dégoûter également du bonheur et du malheur 1, et nous précipitera de révolution en révolution, jusqu'au dernier siècle? Et cette inquiétude, d'où vient-elle à son tour? Je n'en sais rien : peut-être de la conscience d'une autre vie ; peut-être d'une aspiration secrète vers la Divinité. Quelle que soit son origine, elle existe chez tous les peuples. On la rencontre chez le sauvage et dans nos sociétés. Elle s'augmente surtout par les mauvaises mœurs, et bouleverse les empires.
J'en trouve une preuve bien frappante dans les causes de notre Révolution. Ces causes ont différé totalement de celles des troubles politiques de la Grèce, au siècle de Solon. On ne voit pas que les Athéniens fussent très malheureux ou très corrompus alors. Mais nous, qu'élions-nous au moral dans l'année 1789? Pouvions-nous espérer échapper à une destruction épouvantable ?....
Si ces mœurs ^ affectaient la société en général, elles influaient encore davantage sur chacun de ses membres en particulier. L'homme, qui ne trouvait plus son bonheur dans l'union