‹ Lectures choisiesChapitre 47 sur 145 · LE SERPENT · texte numérisé non relu

LE SERPENT

Le serpent s'associe naturellement aux idées morales ou religieuses, comme par une suite de l'influence qu'il eut sur nos destinées : objet d'horreur ou d'adoration, les hommes ont pour lui- une haine implacable, ou tombent devant son génie; le mensonge l'appelle, la prudence le réclame, l'envie le porte dans son cœur, et l'éloquence à son caducée ^. Aux enfers, il arme les fouets des furies; au ciel, l'éternité en fait son symbole-^. Il possède encore l'art de séduire l'innocence; ses regards enchantent* les oiseaux dans les airs; et, sous la fougère de la crèche, la brebis lui abandonne son lait. Mais il se laisse lui-même charmer par de doux sons; et, pour le dompter, le berger n'a besoin que de sa flûte.

Au mois de juillet 1791, nous voyagions dans le Haut-Canada, avec quelques familles sauvages de la nation des Onontagués. Un jour que nous étions arrêtés dans une grande plaine, au bord de la rivière Génésie, un serpent à sonnettes entra dans notre camp. Il y avait parmi nous un Canadien qui jouait de la flûte; il voulut nous divertir, et s'avança contre le serpent, avec son arme d'une nouvelle espèce. Al'approche de son ennemi, le reptile se forme en spirale, aplatit sa tête, enfle ses joues, contracte ses lèvres, découvre ses dents empoisonnées et sa gueule sanglante; il brandit sa double langue comme deux flammes; ses yeux sont deux charbons ardents; son corps, gonflé de rage, s'abaisse et s'élève comme les soufflets

1. Hé quoi? tous les chrétiens passout-ils donc aussi doucement?

2. Allusion ;i Mercure, dieu de l'éloquence, rcprcscuté avec un caducée (branche de laurier ou d'olivier surmontée de deux ailes et entourée do deux serpents qui s'entrelaccutj. Mais ce u'ost pas comme dieu de l'éloquence que Mercure a cet attribut, c'est comme dieu du commerce : les serpents y symbolisent la prudence et la ruse.

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