‹ Lectures choisiesChapitre 46 sur 145 · Carcajous. Cf. p. 70, note · texte numérisé non relu

Carcajous. Cf. p. 70, note

3. Chateaiiliriand piéteiid ajouter cette l'piloguc à Atala pour nous faire savoir ce qu'était devenu le père Aubry. Mai» voilà déj'i deux tableaux qui n'ont aucun rapport avec le ricux missJDnnaire : tableau de la mère indienne suspendant son enlanl mort aux branclii'S d'un crablc, tableau de la cataracte du Nia^t.MM. Ce tout deux « morceaux choisis ».

ÔO LA VIE ET l'œuvre DE CHATEAUBRIAND

Tandis qu'avec un plaisir naêlé de terreur je contemplais ce spectacle *, l'Indienne et son époux me quittèrent. Je les chercliai en remontant le fleuve au-dessus de la chute, et bientôt je les trouvai dans un endroit convenable à leur deuil. Ils étaient couchés sur l'herbe avec des vieillards, auprès de quelques ossements humains enveloppés dans des peaux de bêtes. Étonné de tout ce que je voyais depuis quelques heures, je m'assis auprès de la jeune mère, et je lui dis : Qu'est-ce que tout ceci, ma sœur? » Elle me répondit : « Mou frère, c'est la terre de la patrie, ce sont les cendres de nos aïeux, qui nous suivent dans notre exil. — Et comment, m'écriai-je, avezvous été réduits à un tel malheur? « La fîUe de Céluta repartit : « Nous sommes les restes des Natchez. Après le massacre que les Français firent de notre nation pour venger leurs frères, ceux de nos frères qui échappèrent aux vainqueurs trouvèrent un asile chez les Ghikassas, nos voisins. Nous y sommes demeurés assez longtemps tranquilles; mais il y ar sept lunes que les blancs de la Virginie se sont emparés de nos terres, en disant qu'elles leur ont été données par un roi d'Europe. Nous avons levé les yeux au ciel, et, chargés des restes de nos aïeux, nous avons pris notre route à travers le désert^. Je suis accouchée pendant la marche; et comme mon lait était mauvais, à cause de la douleur, il a fait mourir mon enfant. » En disant cela, la jeune mère essuya ses yeux avec sa chevelure; je pleurais aussi*...

Gomme l'Indienne achevait de prononcer ces mots, je me levai, je m'approchai des cendres sacrées*, et me prosternai devant elles en silence. Puis, m'éloignant à grands pas, je

1. Pour la description de la cataracte, Cf. Mém. d' outre-tombe, édit. Crou?et, t. I, p. 415, sqq.

%. Tout ceci relève d'une autre inspiration que celle du christianisme. C'est plutôt celle de la Nuit chez les Sauvages de l'Amérique. Cf. p. 25. Évidemment ces [ndicns qui, dépouillés et chassés par les blancs, prennent la route de l'exil en levant les yeux au ciel. Chateaubriand voulait opposer en eux la « nature » à la « civilisation. »

3. L'Indienne apprend ici à l'auleur que Chactas et René ont péri dans le massacre des Natchez, et que le père Aubry a été brûlé par les Chéroquois.

4. Les cendres qu'emportent avec eux les Indiens, les cendres de leurs aïeux, et, avec elles, celles de Chactas et du père Aubry.

m'écriai : « Ainsi passe sur la terre tout ce qui fut bon, vertueux, sensible! Homme, tu n'es qu'un songe rapide, un rêve douloureux; tu n'existes que par le malheur; tu n'es quelque chose que par la tristesse de ton âme et l'éternelle mélancolie de ta pensée* ! »

Ces réflexions m'occupèrent toute la nuit. Le lendemain au point du jour, mes hôtes me quittèrent. Les jeunes guerriers ouvraient la marche, et les épouses la fermaient; les premiers étaient chargés des saintes reliques; les secondes portaient leurs nouveau-nés : les vieillards cheminaient lentement au milieu, placés entre leurs aïeux et leur postérité entre les souvenirs et l'espérance, entre la patrie perdue et la patrie à venir. Oh! que de larmes sont répandues lorsqu'on abandonne ainsi la terre natale, lorsque du haut de la colline de l'exil on découvre pour la dernière fois le toit où l'on fut nourri et le fleuve de la cabane qui continue de couler tristement à travers les champs solitaires de la patrie!

Indiens infortunés que j'ai vus errer dans les déserts du Nouveau-Monde avec les cendres de vos aïeux, vous qui m'aviez donné l'hospitalité malgré votre misère, je ne pourrais vous la rendre aujourd'hui, car j'erre, ainsi que vous, à la merci des hommes; et, moins heureux dans mon exil, je n'ai point emporté les os de mes pères.

1. Nous reconnaissons l'accent ponétpant, le cri d'aigle blessé frnmme je l'ai dit ailleurs de Pascal), — blessé de la blessure que certains cœurs apiiortent en nAiii«ut. Ce cri va se prolonger et retentir dans tout René. (Sainte-Beuve.)

L'EXTREME-ONCTIO?f

Venez voir le plus beau spectacle que puisse présenter la terre ; Acnez voir mourir le fidèle. Cet homme n'est plus l'homme du monde, il n'appartient plus à son pays; toutes

1. Cf. l'article de Fontanes, paru dans le Mercwe du i6 avril 1802 et reproduit par le Moniteur du 18 : <i Cet ouvrage longtemps attendu, et commencé dans des jours d'oppression et de douleur, parait quand tous les maux se réparent et quand toutes les persécutions finissent. 11 ne pouvait être publié dans des circonstances plus favorables... Le nouvel orateur du christianisme va retrouver tout ce qu'il regrettait. Du fond de la solitude où son imagination s'éiait réfugiée, il euleudait naguère la chute de nos autels : il peut assister maintenant à leurs solennités renouvelées. La religion, dont la majesté s'est accrue par ses souffrances, revient d'un long exil dans ses sanctuaires déserts, au milieu de la victoire et de la paix, dont elle affermit l'ouvrage, etc., etc.. On accueillera donc avec un intérêt universel le jeune écrivain qui ose rétablir l'autorité des ancêtres et les traditions des âges. Son entreprise doit plaire à tous et n'alarmer personne, car il s'occupeencore plus d'attacher l'âme que de forcer la conviction. 11 cherche les tableaux sublimes plus que les raisonnements victorieux ; il sent et ne dispute pas, " etc.

II ne sera pas inutile de donner ici le plan général de l'ouvrage. Le Génie du Christianisme se divise en quatre parties. La première, intitulée Dogmes et Doctrines, comprend six livres : Mystères et Sacrements, Vertus et Lois morales. Vérités de l'Écriture (Chute de l'Homme), Suite des Vérités de l'Écriture (Objections contre le système de Moïse), Existence de Dieu iirouvée par les merveilles de la nature. Immortalité de l'âme prouvée par la morale et le sentiment. La seconde, intitulée Poétifjue du Christianisme, comprend cinq livres : Vue générale des épopées chrétiennes. Poésie dans ses rapports avec les hommes (Caractères), suite do la Poésie dans ses rapports avec les hommes (Passions), de la Poésie dans ses rap ports avec les êtres surnaturels, la Bible et Homère. Le troisième, intitulée Beaux Arts et Littérature, comprend cinq livres : Beaux-.\rts, Philosophie, Histoire, Élo quence. Harmonie de la religion chrétienne avec les scènes de la nature et les passions du coeur humain. L.i quatrième et dernière partie, intitulée CuUt' comprend six livres : Églises, Ornements, Chants, Prières, Solennités, etc., Tom beaux, Vue générale du clerg:é, Mi^siinis, Ordres militaires de Chevalerie, Services rendus à la société par le clergf et la religion chrétienne eu général.

Dans le plan primitif, la seconde et la troisième partie avaient chacune six livres

ses relations avec la société cessent^ Pour lui le calcul pdr le temps finit, et il ne date plus que de la grande ère de l'éternité. Un prêtre assis à son chevet le console. Ce ministre saint s'entretient avec l'agonisant de l'immortalité de son âme ; et la scène sublime que l'antiquité entière n'a présentée qu'une seule fois, dans le premier de ses philosophes mourants =^, cette scène se renouvelle chaque jour sur l'humble grabat du dernier des chrétiens qui expire.

Enfin le moment suprême est arrivé ; un sacrement a ouvert à ce juste les portes du monde, un sacrement va les clore; la religion le balança dans le berceau de la vie, ses beaux chants et sa main maternelle l'endormiront encore dans le berceau de la mort. Elle prépare le baptême de cette seconde naissance ; mais ce n'est plus l'eau qu'elle choisit, c'est l'huile, emblème de l'incorruptibilité céleste. Le sacrement libérateur rompt peu à peu les attaches du fidèle ; son âme, à moitié échappée de son corps, devient presque visible sur son visage. Déjà il entend les concerts des séraphins; déjà il est prêt à s'envoler vers les régions où l'invite cette Espérance divine, fille de la Vertu et de la Mort. Cependant l'Ange de la paix, descendant vers ce juste, touche de son sceptre d'or ses yeux fatigués, et les ferme délicieusement à la lumière. Il meurt, et l'on n'a point entendu son dernier soupir;

comme los deux autres. Bené formait un livre de la seconde, el Atala un livre de la troisième.

On voit par cette division ce que l'ouvrage dans son ensemble a d'arbitrairement symétrique. Celte symétrie, tout extérieure et décorative, contente l'œil sans donner satisfaction à l'esprit, qui chercherait en vain dans le Génie du Christianisme une unité vraiment intime et profonde.

1. Chateaubriand avait dit au début : « Sublime par l'antiquité de ses souvenirs, qui remontent au b( rccau du monde, inelTablc dans ses mystères, adorable daua ses sacrements, intéressant dans son histoire, céleste dans sa morale, riche et charmant dans ses pompes, il (le christianisme) réclame toutes les sortes de peintures. » Le Génie du C/irisltunisme n'est pas un livro do doctrine. Il faut le prendre tel <|ue l'autoui' nous le doimc. Artislo et non docteur. Chateaubriand en fait uno série il- tableaux. Celui qu'on va lire est un des plus admirables qui s'y trouvent; mais, comme dans presque tous les autres, on y sent quelque artiliee, le parti pris d'arruiigomcnt et d'apprôl. Co venez voir le plus beau speclactr, etc., suffit à nous mclire en définice. C'est presque comme si lo peintre lui-même cous disait en parlant de son œuvre : Venez voir le plus beau tableau, etc.

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