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Tout fc morceau est d'une beauté bien déclamatoire

3. <( L'auteur, dit M. de Donald, après avoir jeté des fleurs sur les choses grandes tt profondes, pour parler son langage, approfondit les choses agréables; et c'csl

LE GÉME DU CHRISTIANISME !l3

tendre sympathie avec le génie des mères. Ici nous proposons d'ouvrir un nouveau sentier à la critique; nous chercherons dans les sentiments d'une mère païenne, peinte par un auteur moderne, les traits chrétiens que cet auteur a pu répandre dans son tableau, sans s'en apercevoir lui-même. Pour démontrer l'influence d'une institution morale ou religieuse sur le cœur de l'homme, il n'est pas nécessaire que l'exemple rapporté soit pris à la racine même de cette institution ; il suffit qu'il en décèle le génie : c'est ainsi que VÉlysée, dans le Télémaque, est visiblement un paradis chrétien.

Or, les sentiments les plus touchants de l'Andromaque de Racine émanent pour la plupart d'un poète chrétien. L'Andromaque de l'Iliade est plus épouse que mère; celle d'Euripide a un caractère à la fois rampant et ambitieux, qui détruit le caractère maternel; celle de Virgile est tendre et triste, mais c'est moins encore la mèie que l'épouse : la veuve d'Hector ne dit pas : Astijanax ubi est ? mais : Hector ubi est ' ?

L'Andromaque de Racine est plus sensible, plus intéressante que l'Andromaque antique. Ce vers si simple et si aimable :

Je ne l'ai point encore embrassé d'aujourd'hui, est le mot d'une femme chrétienne : cela n'est point dans le

ici la partie de son ouvrage la plus originale, la plus spirituelle; disons, et peutêtre la plus sérieuse ».

— u Toute cette partie de l'ouvrage où l'auteur examine les caractères naturels dans l'aiitifiuité et clioz les modernes : les époux, Adam et lîve do Milton, Ulysse et Pénélope d'Homère; — le /xjrfl, l'riam si au-dessus de Lll^ignan; — la incre, l'Andromaque de Racine nu coutr.iire plus sensihie, plus délicate que l'Aiidromaque antique; la fille, l'Ipliigôiiie de Racine comparée à celle d'Euripide et déjà uu pou chrétienne; — plus loin, la reconnaissance d'Ulysse et de Tclémaque en regard de celle do Jose|ih et de ses frères, les larmes du roi il'lthaquc et celles du fils de Jacob; — toute cette partie est riche de beautés fines et de nuances exquises : c'est do la grande critique littéraire. » (Paiute-Beuve.)

1. Dans le III" livre do \'ICni!ide, Énéo, débarqué eu Épire, rencontre Andromaque oITranf un sacrifice aux mânes d'Hcclor. A sa vue, Andromnque s'évanouit, et lorsqu'elle reprend ses sens, c'est pour demander : " Où est lloclor'? » liiterrog 'C fiar Énée, elle lui répond avec embarras que Pyrrhus l'a mariée au Troycn llélénus. Virgile a f.iit tout ce qu'il a pu pour quo le second mariage d'Andrumuquc altérât le moins possible son curactéro d'épouso : femmo d'Ilelcuus, clic est restée, dans son cœur, fidcio à Ileclor. Chez Racine, .\ndroma.pie ne se laisse point remarier : elle ressemble '• à ces veuves des premiers siècles clirrlicni, où l'idée d'ua second mariage edt semblé profane et presque coupable ".

goût des Grecs, et encore moins des Romains. L'Andromaque d'Homère gémit sur les malheurs futurs d'Astyanax, mais elle songe à peine à lui dans le présent; la mère, sous notre culte, plus tendre, sans être moins prévoyante, oublie quelquefois ses chagrins en donnant un baiser à son fils. Les anciens n'arrêtaient pas longtemps les yeux sur l'enfance; il semble qu'ils trouvaient quelque chose de trop naïf dans le langage du berceau'. 11 n'y a que le Dieu de l'Évangile qui ait osé nommer sans rougir les petits enfants^ {'parviili), et qui les ait offerts en exemple aux hommes :

« Et accipiens puerum, statuit eum in medio eorum : quem cum complexus esset, ait illis :

« Quisquis unum ex hujusmodi pueiis receperitin nomine meo me recipit. »

Et ayant pris un petit enfant, il l'assit au milieu d'eux, et l'ayant embi'assé, il leur dit :

Quiconque reçoit en mon nom un petit enfant me reçoit 3.

Lorsque la veuve d'Hector dit à Géphise, dans Racine :

Qu'il ait de. ses aïeux un souvenir modeste; Il est du sang d'Hector, mais il en est le reste :

qui ne reconnaît la chrétienne? C'est le deposuit patentes de sede*. L'antiquité ne parle pas de la sorte, car elle n'imite que les sentiment naturels ; or, les sentiments exprimés dans ces vers de Racine ne sont point purement dans la nature; ils contredisent au contraire la voix du cœur. Hector ne con-

1. Bien contestable; et puisque Chateaubriand compare ici Euripide ou Virgile à Racine, il n'aurait pas dû oublier que, si Andromaque, chez ce dernier, n'est pas moins la mère que l'épouse, toutefois le petit Asiyanax ne parait même pas sur la scèiii'. D'ailleurs ce n'est pas comme étant chrétien que l'art classique exclu reiii'aDCc du théâtre, mais c'est justement parce (lu' « il trouvait quelque chose di' trop naïf ilans le langage du berceau ». Quant à l'autiqrité, rappelons seulement qu'Euripide a montré dans son Iphigénie à Aulis le petit Oreste, et que, dans son AlceUe, il a fait parler le petit Ennièle.

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