BOSSUET ORATEUR
Mais que dirons-nous de Bossuet comme orateur? à qui le comparerons-nous? et quels discours de Gicéron et de Démos. thènes ne s'éclipsent point devant ses Oraisons fwiùùres ? C'est pour l'orateur chrétien que ces paroles d'un roi semblent avoir été écrites : Vor et les perles sont assez communs, mais les lèvres savantes sont un vase rare et sans prix *. Sans cesse occupé du tombeau, et comme penché sur les gouffres d'une autre vie, Bossuet aime à laisser tomber de sa bouche ces grands mots de temps et de 7nort, qui retentissent dans les abîmes silencieux de l'éternité. 11 se plonge, il se noie dans des tristesses incroyables, dans d'inconcevables douleurs. Les cœurs, après plus d'un siècle, retentissent encore du fameux cri : Madame se meurt, Madame est morte. Jamais les rois ont-ils reçu de pareilles leçons ? jamais la philosophie s'exprima-t-elle avec autant d'indépendance ? Le diadème n'est rien aux yeux de l'orateur; par lui le pauvre est égalé au monarque, et le poten. tat le plus absolu du globe est obligé de s'entendre dire, devant des milliers de témoins, que ses grandeurs ne sont que vanité, que sa puissance n'est que songe, et qu'il n'est lui-même que poussière.
Trois choses se succèdent continuellement dans les discours de Bossuet : le trait de génie ou d'éloquence; la citation, si bien fondue avec le texte qu'elle ne fait plus qu'un avec lui; enfin, la réflexion ou le coup d'oeil d'aigle sur les causes de l'événement rapporté. Souvent aussi cette lumière de l'Église porte la clarté dans les discussions de la plus haute métaphysiiiue ou de la théologie la plus sublime; rien ne lui est ténèbres. L'évêque de Meaux a créé une langue que lui seul a i)arlée, où souvent le terine le plus simple et l'idée la plus relevée, l'expression la plus commune et l'image la plus terrible servent, comme dans l'Écriture, à se donner des dimensions énormes et frappantes.