‹ Lectures courantes [microforme]Chapitre 103 sur 162 · RÉFLEXIONS PERSONNELLES D'UN ÉCOLIER · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS PERSONNELLES D'UN ÉCOLIER

Joseph Bourdon avait huit ans quand je le rencontrai pour la première fois. Ilallait à l'école depuis dix-huit mois, et il commençait à lire avec assez de facilité; mais il se plaignait quelquefois de son maitre, qu’il trouvait trop sévère, Imaginez-vous, jeunes amis, que ce bon petit Joseph s’amusait à rire et à parler pendant l’épellation, la lecture et le catéchisme, et que son maitre l'en punissait en lui faisant perdre des places d'honneur, ou en lui retranchant des bons points : quelle injustice ! n'est-ce pas ?

Maïs je l'ai revu plus tard, et ses dispositions n'étaient plus les mêmes; il se conduisait comme ün gentil garçon et il se reprochait amèrement sa conduite passée. Il faisait à ce sujet les ré- Îcxions suivantes, que je vous engage à méditer

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ëi à metire en pratique :

« Je trouvais quelquefois, » disait-il, « que mon maitre était trop sévère, mais j'étais injuste dans mes appréciations ; si j'eusse bien connu les motifs qui le faisaient agir, j'aurais sans doute été obligé d'admettre qu’il avait raison.

« Plus d’une fois depuis, je me suis aperçu, quand le premier mouvement de dépit s'était calmé, que mes plaintes étaient injustes, et que la punition qui m'était infligée n’était, après tout, qu’un acte de justice.

« Peut-être en était-il toujours ainsi, et, au lieu de me plaindre d’une manière quelquefois peu respectueuse, j'aurais mieux fait de chercher tout de suite à me corriger.

« J'étais trop pétulant et trop babillard ; je me laissais trop facilement gagner quand on me proposait un bon tour à jouer ou une bonne partie de plaisir; je parlais constamment et sans nécessité; je négligeais alors mes devoirs, ou bien je les faisais vite et mal.

« N’étais-je pas dâns mon tort toutes les fois que cela m'arrivait, et devais-je m’emporter contre mon maitre, s’il me retranchait quelques bonnes notes, ou s’il me mettait en retenue après la classe ? N’avais-je pas mérité d’être privé du plaisir que j'avais voulu goûter trop tôt ?

«Oh! je reconnais bien aujourd’hui que si j'avais continué plus longtemps à me conduire

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de la sorte, et si mon maître ne m'en etit repris charitablement, comme un père tendre et prudent, je n'aurais jamais été qu'un médiocre élève, un fruit ser, et peut-être, hélas! un mauvais Chrétien. Aussi la reconnaissance que je

lui ai vouée, ne s’effacera-t-elle jamais de mon cœur. »

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