‹ Lectures courantes [microforme]Chapitre 109 sur 162 · JOSEPH VENDU · texte numérisé non relu

JOSEPH VENDU

Jacob, qui avait évité la guerre des étrangers, éprouva une guerre domestique quelque temps après, qui lui fut d'autant plus sensible qu'elle lui venait de ses propres enfants. Josepi, fils de Rachel, le dernier des enfants que Jacob, eut dans la Mésopotamie, accusa ses frères, devant

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son père, d'un crime énorme que l’Ecriture ne nomme pas. Cette accusation si libre de leur jeune frère et l'amour particulier que son père lui portait, firent naître dans ses frères une envie si grande, qu’ils ne pouvaient lui dire une seule bonne parole. Mais elle s’'augmenta encore beaucoup lorsque Joseph leur dit qu’il avait eu deux songes ; qu'en lun il lui semblait qu'ils liaient ensemble des javelles de blé dans le champ; que la sienne s'élevait au-dessus de celles de ses frères, qui environnaient la sienne, et qui l’adoraient ; que dans l’autre il lui semblait voir que le soleil, la lune et onze étoiles l’adoraient. Ces deux songes, qui marquaient son élévation future excitèrent dans les autres une colère étrange, dont Dieu se servit pour l'agrandissement de celui-là même qu’ils haïssaient. Aussi, quelque temps après, Jacob leur ayant envoyé Joseph dans le pays de Sichem, dès qu'ils l’aperçurent, ils résolurent de le tuer. Ruben, l’ainé de tous, ne put consentir à ce dessein détestable ; et, couvrant la résolution qu’il avait de le rendre à son père, il leur conseilla de ne point tremper leurs mains dans le sang de Joseph, et de se contenter de le jeter dans une citerne qui était sans eau, d’où il espérait ensuite le retirer en secret. Ils suiviront cet avis, et descendirent Joseph dans une vieille citerne ; mais ils l'en retirerent peu après pour le vendre à des marchands Ismuélites qui pas-

sèrent par hasard par le. même chemin où ils étaient. Ils trempèrent sa robe dans le sang d'un chevreau, et l’envoyèrent à Jacob pour lui faire croire qu’il avait été dévoré par une bête sauvage. Jacob reconnaissant cette robe déchira ses vêtements, et pleura son fils Joseph, sans vouloir recevoir aucune consolation.

Ainsi Joseph, qui avait prévu en songe sa grandeur future, ne prévit pas sa captivité ; et Dieu, qui lui révélait les choses les plus éloignées, ne lui, découvrit point les maux qui étaient près de fondre sur lui. Ilcéda pour un temps à l'envie de ses frères, pour être en ce point la figure de Jésus- Christ, et la consolation de tous les bons, qui devaient dans toute la suite des siècles être exposés à l'envie des méchants, et à la conspiration de leurs propres frères.

La douleur de Jacob, qui était si juste, est néanmoins, selon saint Ambroise, d’une grande instruction pour tous les pères; car il pleura la mort d’un fils qu’il aimait: il ne le pleura peut-être que parce qu'il l'avait trop aimé, et que cet amour excessif avait été cause de sa perte, puisqu'il avait aigri contre Joseph l'envie de ses autres frères. Il est bon d'aimer ses enfants, dit ce saint Père ; il est juste même d'aimer davantage ceux qui ont plus de vertus; mais ilest dangereux de témoigner au dehors ce discernement, qui peut nuire à celui

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même qu’on aime, par la colère des autres qui voient qu’on le préfère à eux. On ne peut rien procurer de plus précieux à un enfant que l'amour de ses frères. Il ne faut pas s'étonner, dit ce saint Père, si une terre ou quelque bien particulier qu’on donne à un fils que l’on aime plus que les autres, excite l'envie de ses frères, puisqu’une robe que Jacob donna à son fils, un peu plus belle que celle des autres, commença à exciter en eux cette horrible aversion qui les porta jusqu’à devenir les meutriers de leur frère : le plus modéré d’entre eux ayant contribué à lui . faire perdre la liberté, de peur que les autres ne lui ôtassent la vie.

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