SACRIFICE D'ABRAHAM
Ismaël ayant été chassé de la maison d’Abraham, Isaac y vivait en paix comme le seul héri tier de tous les biens de son père. Mais, lorsqu’il avait déjà trente-sept ans, selon la tradition des Hébreux, Lieu, pour tenter Abraham, lui ordonna de prendre ce fils hien-aimé, et d'aller le lui immoler sur une montagne. Abra-
‘ham, se souvenant qu'il n'avait ce fils que de Dieu, n’hésita point à le lui rendre ; et sa grande
foi étouffa toutes les pensées qui pouvaient lui re. venir dans l'esprit, touchant les promesses que Dieu lui avait si souvent réitérées, de lui donner par Isaac une postérité qui se multiplierait comme les étoiles du ciel. Ilse leva de grand main, et gardant un grand secret il prit avec lui Isaac et deux de ses serviteurs. Il coupa du bois pour faire brûler son holocauste, et alla ensuite au lieu que Dieu lui avait montré. Etant demeuré deux jours entiers dans cette résolution fixe, sans que la vue de son fils pût l’attendrir, le troisivme jour enfin, levant les yeux, il vit de loin le lieu destiné à ce grand sacrifice, et il commanda à ses deux serviteurs de se tenir au bas de la montagne, pendant qu’il irait avec son fils pour adorer Dieu. Il prit le bois que l'on avait coupé pour l’holocauste, et le mit sur les épaules d'Isaac, qui, en montant ainsi sur celle
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montagne Chargé du bois qui devait le consumer, fut une figure bien sensible du véritable Isaac qui monta, depuis, la montagne du Calvaire, chargé du bois sur lequel il devait accomplir son sacrifice. Lorsque Isaac montait ainsi avec son père, tenant dans ses mains le fer et le feu, il lui demanda où était donc la victime qu'il devait égorger. Abraham, ayant comme oublié qu’il était père, répondit avec fermeté que Dieu y pourvoirait ; et étant arrivé au lieu que Dieu lui avait marqué, il y dressa un autel, y mit le boïs que son fs avait apporté, lia Isaac, le mit sur le bûcher, prit l'épée, et étendit la main pour l’égorger. Dieu fut touché de la fermeté du père et de la soumission du fils; et ne voulant pas que ce grand sacrifice, qu’il voyait déjà comme accompli, fût teint du sang de l’hostie, afin qu’il représentât le sacrifice non sanglant de nos autels, il arrêta par un ange la main du père, parce qu’il avait reconnu qu’il le craignait véritablement, et qu'il n'avait pas épargné son fils unique. Il se trouva auprès de ce lieu un bélier embarrassé par les cornes dans un buisson; Abraham l'offrit à Dieu au lieu de son fils, et s’en retourna.
Cette histoire, qui est pleine de tant de mysères, et dont toutes les circonstances étaient autant de figures de ce qui devait arriver à Jésus-Christ, est, selon les saints Pères, d’une
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grande instruction pour les pères, et elle leur apprend à n'avoir point de plus forte passion pour leurs enfants que de les immoler à Dieu. Mais saint Chrysostôme ne peut assez déplorer le malheur de ces pères et de ces mères qui font profession d’être chrétiens, et qui immolent leurs enfants, non à Dieu, comme Abraham, mais au démon, en les engageant dans la vanité du siècle, eten corrompant leurs mœurs par l'exemple de leur mauvaise vie. Un seul Abraham, dit-il, offre son fils Isaac à Dieu, et une foule de personnes offrent leurs enfants au démon ; et la joie que nous avons de voir un petit nombre de personnes qui élèvent leurs enfants avec quelque soin, est étouffée par la douleur que nous cause le grand nombre de ceux qui les perdent, et qui méritent, ou par leur ambition, ou par leur négligence, d’être considérés plutôt comme des parrici‘es que comme les pères de ieurs enfants.