‹ Lectures courantes [microforme]Chapitre 115 sur 162 · ENFANTS DÉVORÉS PAR DES OURS · texte numérisé non relu

ENFANTS DÉVORÉS PAR DES OURS

Un jour, le prophète Elisée montait à pied une Côte rapide, au sortir de la ville de Jéricho. L’ardeur du soleil, la raideur de la pente, l’âge avancé du prophète (il était chauve), tout contribuait à rendre sa marche lente et pénible. Appuyé sur un bâton, se reprenant de temps à autre pour respirer, il gravissait la montagne avec peine, lorsqu'une bande de jeunes garçons, échappés de la maison paternelle pour courir les champs, se trouvèrent au même instant que le prophète au sommet de la colline. Ils étaient jeunes, et d’ailleurs ils étaient à la descente ; il leur parut donc très-plaisant qu'un homme fait eût tant de peine à marcher, et comme du haut de la montagne leurs regards tombaient sur sa tête, privée de c* “elure et brûlante au soleil, ils

se mirent à lui crier, en riant tous ensemble : « Montez, chauve, montez ! »

Essoufflé par la marche, Elisée ne put d’abord rien répondre, et les enfants, encouragés par son silence, recommencèrent leurs railleries.

Quand le prophète eut atteint le sommet, il se retourna gravement vers ces jeunes moqueurs pour les réprimander; mais avant qu'il eût ouvert la bouche, 6e cri vint encore frapper son oreille : « Montez, chauve, montez!» Alors le vieillard, indigné contre ces insolents qui ne craignaient pas même d’insulter Dieu dans la personne de son prophète, les maudit au nom de l'Eternel. A sa malédiction, ces jeunes impies répondirent par des rires moqueurs et descendirent en courant dans la plaine. Déjà ils se croyaient à l'abri de la colère d’Elisée et s’amusaient à le contrefaire, lorsque de la forêt voisine s’élancèrent sur eux deux ours énorines.

Les rires s’effacent de leurs lèvres, leurs genoux tremblent, ils veulent fuir, mais les jambes leur manquent; ils tentent de monter sur les arbres, mais leurs bras retombent sans vigueur, la crainte paralyse même leur langue. Pendant ce premier effroi, les deux monstres ne perdent pas leur temps; ils enfoncent leurs dents meurtrières à droite et à gauche; de leurs pattes puissantes ils déchirent, étranglent ces faibles

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res étendus sur la terre où quelques minutes auparavant quarante-deux voix criaient: « Montez, chauve, montez ! »

Rappelez-vous toujours cette histoire, mes amis ; et quand vous verrez un homme à la tête chauve, dites-vous : Tel était le prophète Elisée ; quand vous rencontrerez un aveugle, dites-vous : Semblables étaient le saint patriarche Isaac, le père de Tobie, Homère le grand poëte grec, etc. Dans ces hommes aux membres engourdis ou tremblants, sachez voir l’image du paralytique qui, par sa foi, obtint de Notre-Seigneur Jésus- Christ le pardon de ses péchés; dans le boïteux, reconnaissez le frère de l’impotent guéri par saint Pierre et bénissant Dieu dans le temple : ainsi vous apprendrez à respecter toutes les infirmités et, au besoin, à leur porter secours.

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