L'INDUSTRIE DU FER
A trente lieues de Montréal, sur la rive gauche du fleuve St. Lauren:. s2 trouve la vallée du St. Maurice, fort remarqu’ble sous le rapport de l’industrie du fer. Henri ayant prié son père de l'y conduire, celui-ci le voulut bien et se fit un plaisir de lui expliquer les travaux successifs qu’exige la préparation de ce précieux métal.
Tout d’abord, il lui fit remarquer des blocs de terre et de pierre d’un jaune brun, apparaissant comme du fer rouillé. «Ceci, lui dit-il, est ce qu'on appelle minerai de fer ; c’est un mélange ou plutôt une combinaison de fer avec d’autres substances. Ce minerai est très-lourd, et cela est un signe qu'il contient beaucoup de fer.
« Où trouve-t-on ce minerai ? demanda Henri.
P.—Dans la terre, et généralement à une certaine profondeur. On désigne sous le nom de mineurs les ouvriers qui l’extraient.
H.—Mais, papa, comment dégager le fer d'avec la terre du minerai? :
P.—Regarde cette usine: c’est ce qu’on appelle un haut fourneau. Là on déverse d’en haut, dans un grand four, le minerai mélangé avec une quantité de charbon déterminée; en même temps on allume et on entretient par-dessous un feu très-ardent, que l’on active par de puissants ventilateurs ou machines soufflantes.
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Il arrive alors que les matières étrangères se consument avec le charbon et s’en vont en fumée ; sinon elles se durcissent et forment ne sorte ‘de pierre ou de crasse ; quant au fer, il devient liquide, coule et s’amasse à la partie inférieure du fourneau dans un bassin appelé creuset. et forme ce que l’on appeile de la fonte.
H.—Mais comment le retirer sans démolir à chaque fois le fourneau ?
P.—On fait avec du sable des rigoles partant du pied du fourneau et conduisant à des moules qui sont aussi en sable. On ouvre le trou de coulée, percé dans le creuset; alors la fonte jaillit, tombe dans les rigoles, coule en ruisseaux de feu, et va se refroidir et se durcir dans les moules.
«On fond de nouveau ce produit, et alors on en peut faire des poêles, des marmites, des grilles.
H.—Pourrait-on en faire des clous, des verrous, des serrures ?
P.—Non, car la fonte est cassante. Il faut la soumettre à une autre opération nommée w/jinage, et qui s’accomplit dans une usine désignée généralement sous le nom de grande forge.
« On allume xx feu très-ardent, et l’on met au sein du foyer ies biocs de fonte que l’on veut transformer en fer.
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Quand un bloc est chauffé au rouge blanc, un le retire et on le place sous un énorme marteau, appelé martinet ou pilon, qui est mû par l'eau ou par la vapeur, et qui, en le frappant, en fait sortir les matières étrangères et Le laitier, ou mauvais fer, en même temps qu’il en unit étroi. tement les particules.
« On forge ainsi de grosses barres, que l'on soumet ensuite à l’action d’autres marteaux pour les allonger.
« Après les avoir de nouveau chauffées, on les fait passer au laminoir, c’est-à-dire entre des cylindres en mouvement, qui les saisissent, les compriment, les étendent en les amincissant.
« Au sortir des grandes forges, le fer peut désormais être utilisé pour toutes sortes d'objets, car il est pliant et s'étend sous le marteau.
« Une multitude d'artisans le travaillent à leur tour ; tels sont : le forgeron, le maréchal ferrani, le serrurier, le quincaillier, le mécanicien, le taillandier, l'armurier, le cloutier, le fabricant de pelles.…. » :
Le père d'Henri lui fit visiter ensuite un grand nombre d'ateliers et d’usines, en lui expliquant au fur et à mesure ce qui s’y faisait.
Il lui fit remarquer comment on fabrique l'acier, qui, au fond, n’est que du fer mélangé
avec du charbon de bois, de la suie, de la cendre et du sel, que l’on chauffe par degrés jusqu’à une
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très-haute température et que l’on trempe ensuite brusquement dans de l’eau froide.
Entre autres usines, ils visitèrent une forge où en trois coups de pilon un bloc de fer rouge était transformé en une roue de wagon qu’il ne restait qu’à djuster et à polir. Ailleurs, ils virent forger un arbre d’hélice pour un vaisseau à vapeur : cette pièce pesait 40,000 livres ; le chauffage seul avait exigé pour plus de 1,500 piastres de charbon.
L'enfantne pouvait se lasser d'admirer le génie de l'homme façonnant ainsi à son gré, par le feu et le travail, une matière aussi dure que le fer, eten fabriquant un nornbre infini d'objets.