L'ORAGE ET LA FOUDRE
Sur le soir d’un jour d’été où la chaleur avait été très-forte, Emile se disposait à sortir pour la promenade, lorsque le tonnerre se fit entendre, dans le lointain. « Quel contre-temps ! s’écria-t-il. Mais, papa, pourquoi donc ces orages toujours si contrariants et parfois si désastreux ?
Le PÈRE.—Les orages, mon cher enfant, sont nécessaires ; ils renouvelient l'air, ie débarras-
sent des exhalaisons malsaines, des nriasmes qu'il contient, le purifient, le rendent plus propre à la respiration, préviennent certaines maladies et la peste elle-même.
E.—Vraiment, papa, je n'aurais jamais pensé que les orages fussent si utiles. Oh! voilà un second coup de tonnerre : aussi j'ai peur.
p.—Et tu n'as pas eu peur de Péclair qui a précédé ?
E.—+Non, papa; ce ne sont que ces roulements et.ces éclats qui me glacent d’effroi.
P.—Tu raisonnes comme un soldat qui, pendant la bataille, dirait : «Je n’appréhende pas les halles, les boulets et les autres projectiles, mais j'ai peur des détonations, du bruit des fusils et des canons. »
«Le tonnerre n’est que le bruit occasionné par une décharge d'électricité s’opérant entre deux nuages, ou entre un nuage et la terre.
E.—Papa, je ne sais pas ce que c’est que l’électricité. ;
P.C'est une substance subtile comme la lumière, mais invisible, qui ne nous est connue que par ses effets. En certaines circonstances, elle se précipite de la terre sur un nuage où d’un nuage sur la terre, et atteint ce qui est sur son parcours, et qui, par cela même, est foudroyé.
E.— Alors j'ai donc sujet d’avoir peur du tonnerre. .
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P.—Non pas du tonnerre lui-même, puisque ce n’est qu'un bruit, mais de ce qui le cause, c’est-à-dire de la foudre ou détharge électrique.
E.—Mais la foudre ne peut-elle pas nous frapper au mement où nous entendons le tonnerre ?
P.—Non, mon enfant, car elle a déjà produit tout son effet. Tu le comprendras aisément si tu te rappelles que le son ne parcourt que 1040 pieds par secondé, au lieu que l'électricité ferait huit fois le tour du monde dans ce même instant. Quand donc tu entends le tonnerre, c'est qu'il y a déjà un certain temps écoulé depuis que la décharge éléctrique a eu lieu, et ainsi ce bruit même nous rassure. Quiconque est frappé de la foudre n'entend pas le tonnerre, et peutêtre ne voit-il pas même l'éclair.
E.—Papa, quels moyens a-t-on de se préserver des atteintes de la foudre ?
PI y a le paratonnerre, sorte de tige en fer par laquelle l'électricité se rend sans secousse de la terre au nuage et le désarme. Toutefois, il faut bien remarquer que, si le paratonzzrre était mal conditionné ou mal entretenu, il serai plus propre à attirer la foudre qu’à en garantir.
“ Les autres moyens consistent dans certaines précautions. Ainsi il ne faut pas, en temps d’orage, s’abriter sous un arbre ou sous un clocher.
«Il est en outre démontré que l’on risque Moins en plaine que sur une montagne, moins
sur une place que dans un édifice, moins au milieu d’une chambre que près des murs.
« Prenons les précautions qui dépendent de nous, et, pour le reste, abandonnons-nous entièrement à la volonté de Dieu, qui tient en ses mains le fil de notre vie. D'ailleurs, il est bon que cette grande voix du tonnerre nous fasse penser à la toute-puissance et à la justice du Très-Haui.
«Saint François ae sales, voyant, dans un moment d'orage, des personnes qui avai:nt peur et qui se signaient à chaque éclair, se prit à sourire; et comme on lui en demandait le motif, il répondit: «Je réfléchis que, dans ce moment, nul ne pense à offenser le bon Dieu; que, bien au contraire, les cœurs se tournent vers lui dans leur crainte même, ofin d’implorer sa miséricorde ; et qu’ainsi orage contribue à sa gloire. »