‹ Lectures courantes [microforme]Chapitre 96 sur 162 · LE LIÈVRE ET LA TORTUE · texte numérisé non relu

LE LIÈVRE ET LA TORTUE

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point : Le lièvre et la tortue en sont un témoignage. « Gagcons, dit celle-ci, que vous n’atteindrez point Sitôt que moi ce but.—Sitôt ! êtes-vous sage ? Repartit l’animal léger :

Ma commère, il vous faut purger Avec quatre grains d’ellébore.

(a) Brifaut, Miraut, Rusiaud, sont ici des noms propres de chiens de chasse. :

(b) Autour, oisvau de proie que l’on peut apprivoiser, et dont souvent on se survait pour chasser.

Sage ou non, je parie encore. »

Ainsi fut fait; et de tous deux

On mit près du but les enjeux.

Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire

Ni de quei juge l’on convint.

Notre lièvre n'avait que quatre pas à faire ; J'entends de ceux qu'il fait lorsque, près d’être atteint, 11 s'éloigne des chiens, les renvoie aux calendes,

Et leur fait arpenter les landes.

Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,

Pour dormir, et pour écouter

; D'où vient le vent, il laisse la tortue

Aller son train de sénateur.

Elle part, elle s'évertue ;

Elle se hâte avec lenteur.

Lui cependant méprise une telle victoire,

Tient la gageure à peu de gloire,

Croit qu'il y va de son honneur

De partir tard. Il broute, il se repose; Il s'amuse à toute autre chose Qu'à la gageure. A la fin, quand il vit

Que l’autre touchait presque au bout de la carrière, J1 partit comme un trait; mais les élans qu’il fit Furent vains : la tortue arriva la première.

« Eh bien ! lui cria-t-elle; n’avais-je pas raison ?

De quoi vous sert votre vitesse ?

Moi l’emporter ! et que serait-ce

Si vous portiez une maison ?»

La FONTAINE.

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