LE LIÈVRE ET LA PERDRIX
Il ne se faut jamais moquer des misérables :
Car qui peut s’assurer d’être toujours heureux ? Le sage Esope (a) dans ses fables Nous en donne ün exemple ou deux.
Celci qu’en ces vers je propose, Et les siens, ce sont même chose.
Le lièvre et la perdrix, concitoyens d’un champ, Vivaient dans un état, ce semble, assez tranquille, Quand une meute s’approchant
(a) Esope, célèbre fabuliste grec, qui a vécu au VIe siècle avant Jésus-Christ,
s allérent
e dirigea acédémo- S que ces levèrent it la meil- ° que lors-
à même férence y a cette ré.
le d’Athè.
honnête, ratiquer. »
u Vle siècle
Oblige le premier à chercher un asile :
Il s'enfuit dans son fort, met les chiens en défaut,
Sans même en excepter Brifaut. (a)
Enfin il se trahii lui-même Par les esprits sortant de son corps échaufté, Miraut, sur leur odeur ayant philosophé, Conclut que c’est son lièvre, et d’une ardeur extrême Il le pousse ; et Rustaut, qui n’a jamais menti,
Dit que le lièvre est reparti.
Le pauvre malheureux vient mourir à son gite.
La perdrix le raille et lui dit :
« Tu te vantais d’être si vite !
Qu'as-tu fait de tes pieds ?» Au moment qu’elle rit, Son tour vient ; on la trouve. Elle croit que ses ailes La sauront garantir à toute extrémité ;
Mais la pauvrette avait compté
Sans l’autour (b) aux serres cruelles.
La FONTAINE.