L'OURS ET LES MOUCHES A MIEL
Un ours friand, délicat, susceptible (Sa nourrice l'avait gâté,) Un jour, par un instinct naturel, mais risible,
Voulut manger du miel: ce mets l’avait tenté. Parmi le thym et la lavande, Des ruches étaient là ; notre gros étourdi, N'écoutant rien dans sa fureur gourmande, S’élance et les abat, par l'espoir enhardi.
Les rayons détachés sont épars sur la terre ; Et voilà mon ours enchanté ; Mais à peine il jouit, tout l’essaim irrité Fond sur la bête téméraire, La pique à l'œil, au col, à l'oreille, au museau, Se cramponne aux endroits qui sont les plus sensibles ; Et, recruté par un essaim nouveau, La perce, en murmurant, de dards imperceptibles. Apprenons de cet ours à régler nos désirs :
Les conseils de l'instinct sont quelquefois nuisibles, Et souvent la douleur naît du sein des plaisirs. Dorat,