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Aimeriez-vous à y habiter

Sixième Leçon.

Charlemagne.

Le règne de Charlemagne est un des plus longs et des plus importants que l'histoire connaisse. Il ne dura pas moins de quarante-six années, de 768 à 814. Il fut rempli par de grandes guerres et de grands travaux d'organisation, qui valurent à Charlemagne la double gloire du conquérant et du législateur.

Parmi les expéditions nombreuses qu'il entreprit, il faut citer celle qu'il fit contre les Saxons et qui ne remplit pas moins de trente-deux années (772-804). Le but qu'il se proposa fut humain et généreux : il voulait arracher les popula-

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tions de la Saxe à leur barbarie. Mais les moyens qu'il employa furent cruels : toute rébellion, tout soulèvement furent comprimés avec une inexorable rigueur. C'est en vain que Witikind essaya de prolonger la lutte. Ce vaillant chef fut obligé de se soumettre après avoir été pendant plusieurs années l'âme de la résistance. Charlemagne imposa aux Saxons vaincus l'obligation de recevoir le baptême. La religion lui paraissait en effet un puissant instrument de civilisation. Des églises des monastères s'élevèrent sur l'emplacement que les forêts occupaient jadis. La Saxe sortit ainsi des mains de son vainqueur domptée et chrétienne, partagée en huit évêchés couverte de cités nouvelles, et ce pays jusqu'alors barbare et païen put bientôt prendre rang parmi les nations civilisées.

Charlemagne fit encore plusieurs autres expéditions en Germanie. Il vainquit les Bavarois et les Avars. Au sud des Pyrénées, l'Espagne occupée par les Visigoths à l'époque des invasions, avait été trois siècles plus tard, en 711, conquise par les Arabes. Charlemagne voulut aussi intervenir dans les affaires de ce pays, et il réussit à ranger sous sa domination un assez vaste territoire correspondant presque à la Catalogne actuelle. C'est dans une des campagnes qu'il fit au sud des Pyrénées que périt le fameux Roland. La légende s'est emparée de ce nom. Elle a fait de Roland un héros dont la force et le courage étaient extraordinaires. Son épée, Durandal, fendait le roc, et les montagnards montrent encore dans les Pyrénées une brèche énorme entre deux hautes masses de granit : c'est Durandal, disent-ils, qui a fait cette ouverture. Plus tard, les merveilleux exploits de Roland furent célébrés par les poètes. LTn de ces poèmes est resté fameux sous le nom de Chanson de Roland ; c'est un des plus vieux monuments de la langue française.

En l'an 800, Charlemagne se trouvait maître de la France,

de l'Allemagne, des trois quarts de l'Italie et d'une partie de l'Espagne. Ces vastes possessions n'étaient plus un royaume, mais un empire. Il crut avoir assez fait pour placer sur son front la couronne impériale. Le pape Léon III., consulté par Charlemagne, accorda son concours avec empressement. Le roi des Francs se rendit donc à Rome, et le jour de Noël de l'an 800, reçut des mains du pontife la couronne d'empereur d'Occident.

Charlemagne ne fut pas seulement un grand conquérant. Il sut donner une organisation remarquable au vaste empire qu'il avait fondé. Son autorité s'étendait sur la Gaule tout entière, de la mer du Nord à la Méditerranée, du Rhin aux Pyrénées. Il était encore maître d'une grande partie de l'Allemagne, d'une partie de l'Italie et d'une partie de l'Espagne.

L'empire se divisait en comtés, administrés par des personnages appelés comtes. L'empereur les choisissait lui-même. Ils rendaient la justice, percevaient les impôts, et faisaient régner l'ordre sur tout le territoire qu'ils administraient.

Il y avait en outre des inspecteurs ou envoyés royaux, en latin missi dominici, qui quatre fois l'an parcouraient les provinces, écoutaient les plaintes des habitants, réformaient les abus et rendaient à l'empereur un compte exact de ce qu'ils avaient vu ou entendu.

Deux fois chaque année, il y avait des assemblées générales, placita comme l'on disait alors, auxquelles prenaient part les principaux seigneurs de l'empire. L'empereur assistait régulièrement à ces assemblées. Il parcourait la foule, causait familièrement avec tous ceux qu'il rencontrait. C'était pour lui un moyen de se tenir au courant de tout ce qui se passait, car il trouvait là des gens venus des extrémités de l'empire. Les renseignements qu'ils lui donnaient suppléaient aux informations que la poste et les télégraphes nous transmettent si promptement aujourd'hui.

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Charlemagne fit preuve d'une infatigable activité dans l'administration de son empire. Il promulgua un grand nombre de lois, nommées capitulaires, qu'il rédigeait lui-même et portait ensuite à la connaissance des seigneurs et du peuple dans les assemblées générales. Dans ses capitulaires, l'empereur règle l'organisation des finances et du service militaire. Il fixe des peines sévères contre le vol et combat la mendicité.

D'importants travaux furent accomplis sous ce règne. Un pont fut construit sur le Rhin, à Mayence ; des églises et des palais s'élevèrent à Aix-la-Chapelle, résidence favorite de l'empereur.

Charlemagne n'était guère plus instruit que les hommes de son temps, c'est à peine s'il savait le latin, et l'on n'est pas bien sûr qu'il ait jamais été en état d'écrire. Mais ce génie puissant, quoique barbare encore, comprenait à merveille les avantages de l'instruction. Aussi le voit-on créer des écoles, jusque dans son propre palais. Il surveillait, lui-même, les travaux des élèves, s'intéressait à leurs progrès, et adressait des paroles sévères aux jeunes nobles qui ne faisaient par preuve d'une application suffisante. " Vous comptez, leur dit-il un jour avec colère, sur les services de vos pères ; mais sachez qu'ils ont été récompensés, et que l'Etat ne doit rien qu'à celui qui mérite par lui-même." Bien que Charlemagne ait été un très grand roi, il ne faut pas oublier qu'à quelques égards il était encore un barbare, et qu'il avait des mœurs rudes et grossières. Ses plus grands plaisirs étaient le bain et la chasse. Il avait fait faire, à Aix-la-Chapelle, un grand bassin où il se baignait avec toute sa cour. Plus de cent personnes y nageaient à la fois. Il se livrait aussi avec passion au plaisir de la chasse. Un jour qu'il avait été blessé à la jambe par un auroch, espèce de bœuf sauvage, il en était très heureux, et au retour il montrait avec fierté sa blessure à sa femme.

Charlemagne était de haute taille, avait un large front, des yeux brillants, un nez grand et les pommettes saillantes. Depuis que l'empire romain avait succombé sous les coups des barbares, la civilisation avait fait un pas en arrière. Pendant quatre siècles, les arts, les sciences, les lettres avaient été complètement délaissés. Plus de culture intellectuelle : l'ignorance était générale et profonde. Charlemagne eut l'honneur d'attirer auprès de lui, d'encourager puissamment les rares personnages qui eussent conservé quelque tradition de la civilisation antique. Au premier rang brillent Alcuin et Eginhard qui a laissé une " Vie de Charlemagne." C'est un livre précieux, grâce aux nombreux renseignements qu'il nous donne sur le grand empereur et son époque.

Le 28 Janvier 814, Charlemagne mourut, après avoir glorieusement rempli son long règne de quarante-six années. C'est avec raison que l'histoire salue en lui un des plus grands hommes qui aient jamais paru sur la terre.

Sa mémoire est restée chère aux Français et le 28 Janvier on célèbre sa fête dans toutes les écoles de France.

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