Comment les historiens ont-il jugé Charlemagne
Septième Leçon.
Une Chasse au Léopard.
(Episode d'un voyage à la Guyane.)
C'était en 1892 que je fis mon dernier voyage en Guyane. Mon ami Cazals qui y exploite un placer d'une certaine importance m'invita à une chasse au léopard. Vous pensez si j'acceptai avec enthousiasme.
Nous partîmes au petit jour accompagnés d'un certain nombre d'indigènes et de Chinois qui portaient nos armes et nos provisions car nous avions dix bonnes lieues à faire avant d'arriver à la clairière où nous devions nous arrêter.
Un peu avant le coucher du soleil nous arrivâmes à destination.
Nous installons, Cazals et moi, nos hamacs côte à côte au milieu de la clairière, et l'on allume un petit feu, sur lequel on fait chauffer un peu de saindoux. Nous faisons coucher nos hommes sous une tente de toile brune, nous apprêtons nos armes et nous nous allongeons à notre tour dans nos hamacs.
Je suis armé d'une excellente carabine Winchester que j'avais choisie à cause de sa grande justesse et de son incroyable force de pénétration. A sept heures, la lune projette sur la clairière une lumière blanche d'une singulière intensité, dont l'éclat rappelle les lampes électriques. Il nous semble habiter le fonds d'un puits immense, dont les parois sont formées par les troncs des arbres géants. Au loin, dans les profondeurs de la forêt, les singes-hurleurs font entendre leur sérénade. Les hérons et les crapauds leur répondent. Près de nous, tout se tait. Les Chinois dorment comme des bienheureux.
Un heure, deux heures se passent, et je n'entends que le
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tic-tac de ma montre accrochée aux cordes de mon hamac. Je trouve le temps horriblement long.
Un de nos hommes sort lentement de la tente, attise le feu, et fait crépiter dans une poêle un peu de saindoux. Une odeur de crêpe se répand dans l'atmosphère. Je ris malgré moi de ce rapprochement: des jaguars . . . des crêpes !
— Ne riez donc pas, dit Cazals impatienté. Chut ! les voici.
C'est vrai. On entend comme un petit bruit de branches froissées, puis, un souffle ardent, rauque, inquiet. Les animaux sont toujours invisibles, mais les ronflements se déplacent. Les prudents félins font plusieurs fois le tour de la clairière. Cette promenade circulaire dure au moins une heure. Nous sommes immobiles comme des statues. Les seuls bruits perceptibles sont le tic-tac de ma montre et le ronflement d'un Chinois. Ce bonhomme jaune, abruti d'opium, habite le pays des rêves mais sa musique est bien désagréable.
Nos yeux fatigués, tiraillés par les efforts que nous faisons pour fouiller les ténèbres du sous-bois, ne distinguent plus rien. Machinalement, et comme obéissant à une muette inspiration, nous abaissons nos paupières pendant une demiminute. Rien encore. Pourtant, le bruit se rapproche. Cela sent si bon, le saindoux !
Ah ! enfin, je distingue vaguement comme une grosse tache noire qui rampe, à vingt mètres, au ras des premiers troncs. Il me semble que mon cœur bat un peu plus fort. Pourquoi ne pas en convenir ? Je sens une légère moiteur au creux de la main droite qui serre la crosse de mon fusil.
Il faut attendre. Je ne distingue pas suffisamment l'animal. J'ai oublié de dire, que nous nous tournons le dos, Cazals et moi. Il regarde la partie Est, moi la partie Ouest. Disposition excellente, comme on va le voir dans quelques minutes.
Un imperceptible frôlement de mon arme, sur le tissu de coton du hamac, parvient aux oreilles de mon animal. Il s'arrête. Je l'entends pétrir la terre sèche sous ses ongles. J'épaule, le félin pousse un cri bref, guttural, et tourne la tête de mon côté. Ses deux yeux semblent trouer de leur phosporescence la ligne noire des arbres. Je tire, une détonation formidable retentit, une lueur aveuglante embrase la clairière, un nuage opaque de fumée flotte lourdement. Je ne vois plus rien. Les Chinois s'éveillent en piaulant comme un vol de perroquets.
Puis, j'entends l'un d'eux qui crie à briser son gosier de bronze :
— Il est mort. . . . Tous les deux.
— Comment, tous les deux, dit Cazals dont la carabine fume encore, est-ce que vous avez tiré ?
— Oui, et vous ?
— Moi aussi.
— Pas possible.
— C'est si bien possible, que ma bête gigote à deux mètres du feu.
— Mais la mienne est restée là étalée près de la boîte de saindoux.
— Bravo ! les deux coups n'en ont fait qu'un. — ... Et les deux léopards sont morts !
Nous attendîmes le jour avant de quitter nos hamacs. La plus élémentaire prudence l'ordonnait.
Ma foi, c'était bien vrai. La balle de Cazals, pénétrant dans l'œil droit de la femelle, s'était faufilée le long de la colonne vertébrale et était sortie au flanc gauche. La mort avait été foudroyante. Quant au mâle, ma charge de chevrotines lui avait enlevé la moitié de la tête. Il était tombé comme une masse.
Le mâle, un peu plus grand que la femelle, mesurait un
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mètre soixante-quinze centimètres, y compris la queue, longue seulement de quarante-cinq centimètres.
Pendant que nous sommes occupés à dépouiller ces superbes animaux, on entend sous bois des cris aigus.
Inquiets, nous sautons sur nos armes, les branches s'écartent, et qu'apercevons-nous ?
Un Chinois, qui apporte triomphalement trois pauvres petits léopards, les enfants de nos victimes, de la grosseur d'un chat.
Décidément, la victoire était bien complète !