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Quel fut le résultat de cette expédition

Huitième Leçon. 37

Huitième Leçon.

Rêveries d'un Astronome.

La nuit dernière, dans le calme silence de minuit, pendant le sommeil de la nature entière, j'observais au télescope une petite étoile fixe perdue dans la multitude des clartés célestes, pâle étoile de septième grandeur, éloignée de nous à une distance presque incommensurable.

Ma pensée s'était transportée jusqu'à elle. Je songeais que cette étoile n'est pas visible à l'œil nu ; que Ton compte dix-neuf étoiles de première grandeur, soixante de seconde, cent quatre-vingt-deux de troisième, cinq cent trente de quatrième, seize cents de cinquième et quatre mille huit cents de sixième (ce qui donne un premier total d'environ sept mille astres visibles à l'œil nu) ; mais que les étoiles de septième grandeur auxquelles appartient celle que j'observais se dénombrent par le chiffre de treize mille, celles de la huitième par le chiffre de quarante mille ; que le nombre s'accroît progressivement à mesure que nous pénétrons davantage au delà de la vision naturelle ; que l'addition des étoiles des dix premières grandeurs conduit au chiffre de cinq cent soixante mille, celle des douze premières grandeurs à plus de quatre millions, et que nous dépassons quarante millions lorsque nous atteignons la quinzième grandeur.

Sans me perdre dans la profondeur des perspectives infinies, je m'attachai par la pensée, comme j'y étais attaché par le regard, à cette simple étoile de septième grandeur de la constellation de la Grande Ourse, qui ne descend presque jamais au-dessous de l'horizon de Paris, et que nous pouvons observer toutes les nuits de l'année, et je me souvins qu'elle brille à quatre-vingt-cinq trillions de lieues d'ici, distance qu'un train express, emporté par une vitesse constante de cent vingt

kilomètres à l'heure, n'emploierait pas moins de trois cent vingt-cinq millions d'années à franchir.

Transporté à cette distance, l'éblouissant soleil qui nous éclaire aurait perdu sa splendeur et sa gloire. Non seulement il ne serait pas visible à l'œil nu et serait absent des clartés de la nuit étoilée, mais encore il serait même fort inférieur en éclat à l'étoile de septième ordre dont je viens de parler et ne serait accessible qu'aux recherches télescopiques les plus minutieuses. Cette petite étoile, qui n'est qu'un point brillant sur le ciel noir de minuit, est, en réalité, un soleil immense, colossal, plus considérable que celui aux rayons duquel la vie de notre planète est suspendue. Celui-ci est déjà trois cent vingtquatre mille fois plus lourd que la Terre et un million deux cent quatre-vingt mille fois plus volumineux. Ces vues, qui, à propos d'une étoile, oubliée au milieu de la multitude de ses sœurs, nous transportent en présence des réalités les plus formidables de la constitution de l'Univers, ne représentent cependant pas encore l'aspect le plus intéressant de notre contemplation. Il est un fait singulier, inattendu pour tous les philosophes anciens, fantastique et à peine concevable pour l'esprit soucieux de vérité qui cherche à le comprendre en sa valeur réelle : c'est que ces soleils de l'infini, loin d'être fixes comme ils le paraissent à cause de leur immense éloignement, sont lancés dans l'espace avec des vitesses inimaginables : l'étoile dont il s'agit, entre autres, court, vole, se précipite à travers l'immensité avec une vitesse de trente millions de kilomètres par jour !

Cette étoile franchirait en cinq jours et quelques heures la distance de trente-sept millions de lieues qui nous sépare du Soleil, distance qu'un boulet de canon emploierait près de sept ans à parcourir. On le voit, une telle vitesse tient du prodige, et pourtant elle existe et a été mesurée par des opérations délicates et précises.

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Cette vitesse est un symbole. Toutes les étoiles sont animées de mouvements analogues, plus ou moins rapides, et non seulement toutes les étoiles — dont chacune est un soleil et dont la plupart doivent être des centres de systèmes planétaires — non seulement toutes les étoiles sont lancées ainsi dans l'immensité mais encore toutes les planètes, tous les satellites, tous les mondes, tous les systèmes, tout ce qui existe dans la création.

La Terre court autour du Soleil, emportée par une vitesse de six cent quarante-trois mille lieues par jour, tournant en même temps sur elle-même autour de son axe de rotation, animée de onze sortes différentes de mouvements, plus légère et plus mobile qu'un petit ballon d'enfant flottant dans l'air, sollicitée par les attractions variées des astres les plus proches, véritable jouet des forces cosmiques qui nous emportent tous dans le tourbillon immense. La Lune tourne autour de la Terre, nous dérangeant constamment dans notre marche en nous faisant subir des ondulations perpétuelles. Le Soleil nous entraîne avec tout son cortège vers la constellation d'Hercule, de sorte que, depuis qu'il existe, notre monde n'est jamais passé deux fois par le même chemin, décrivant dans l'espace, non des ellipses fermées, mais des hélices qui se déroulent sans fin. Les soleils voisins du nôtre s'élancent avec leurs systèmes vers des directions variées. Et ainsi tout se déplace, tout court, tout circule, tout se précipite, avec des vitesses vertigineuses, vers un but ignoré et jamais atteint.

Tout court, vole, tombe, roule, se précipite à travers le vide, mais à de telles distances respectives que tout paraît en repos ! Si nous voulions placer en un cadre de la dimension de Paris les astres dont la distance a été mesurée jusqu'à ce jour, l'étoile la plus proche serait placée à deux kilomètres du Soleil, dont la Terre serait éloignée à un centimètre, Jupiter à cinq centimètres et Neptune à trente centimètres : Sirius

serait à dix kilomètres et l'étoile polaire à vingt-sept kilomètres. En animant tous ces astres de leurs mouvements relatifs, la Terre devrait employer une année à parcourir son orbite d'un centimètre de rayon, Jupiter douze ans à parcourir la sienne de cinq centimètres, et Neptune cent soixantecinq ans. Les mouvements propres du Soleil et des étoiles seraient du même ordre. C'est dire que tout paraîtrait en repos même au microscope.

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