Dans quel but garde-t-on le second pigeon
Treizième Leçon.
L'Intelligence et le cœur des Animaux (Fin). L'Eléphant.
Parmi les animaux qui sont susceptibles de rendre à l'homme de grands services, il faut encore citer l'éléphant.
Dans les Indes ces excellentes bêtes sont dressées à faire toute sorte de choses. Il y en a qui excellent dans l'emploi de bonnes d'enfants : personne comme eux pour imprimer, au berceau d'un bébé, ce mouvement régulier et doux qui le calme et l'endort; personne comme eux pour tirer ce petit être d'un berceau et le déposer sur les genoux de la mère.
Comme travailleurs ils égalent presque les Indiens en intelligence, ce sont en fait des travailleurs d'élite. Ils sont surtout précieux dans l'exploitation des forêts de bois de Teck. Ils s'attellent eux-mêmes à une bille énorme, l'amènent seuls où il faut, obvient sans aide aux difficultés résultant de l'étroitesse, des inégalités et de l'encombrement de la route. Ils mettent les billes* en piles, observant avec scrupule la règle de l'alignement prescrit et la loi de l'équilibre. Quand la pile devient trop haute pour qu'à deux ils puissent aisément l'exhausser, ils sont capables d'établir, au moyen d'une couple de pièces de bois disposées parallèlement, un plan incliné sur lequel, l'un à droite, l'autre à gauche, unissant leurs forces, ils font monter le fardeau.
Ils savent également porter la bille de teck dans l'usine où on la débite, la placer devant le feu, vérifier par un coup d'œil, alternativement donné de côté et d'autre, la position de la pièce, rectifier cette position, etc.
L'éléphant est réellement un ouvrier parfait, il sait distin-
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guer les sons de la cloche, connaît les heures du travail et celles du repos, et la seule révolte qu'il se permette, c'est, de temps à autre, de s'échapper pour se plonger dans l'eau, lorsqu'il fait très chaud ou que les insectes le tourmentent.
Transportons-nous maintenant à Ceylan et voyons comment l'éléphant y est utilisé pour voyager. Nous laissons ici la parole à M. Brau de Saint-Pol Liais.
On lui amène l'éléphant qu'il va monter, c'est Poulo-G-anti, un gamin d'éléphant, seize ans à peine, déjà d'une jolie taille, armé de défenses respectables et doué d'un grondement terrible qu'il fait entendre lorsque son cornac lui commande : " Trrong ! " afin de permettre au voyageur de monter. Ce cornac est un gamin de quatorze ans tout au plus. En dépit de leur jeune âge, l'homme et l'animal sont d'une gravité d'octogénaires. Son grondement vaut à l'éléphant une distribution de coups de bâton. Poulo-Ganti est évidemment un éléphant maussade. Tout autre nous apparaît Mé-Mass une jeune femelle. Il faudrait une échelle pour escalader les paniers à cheval sur son dos. Mais le cornac a crié : Trrong ! Aussitôt l'énorme masse s'abaisse ; les jambes s'agenouillent. On place sur cette impériale nos valises, etc. . . . Nous grimpons chacun dans un panier, notre domestique s'assied quelque part en arrière et, sur un nouveau commandement, nous nous trouvons à la hauteur d'un premier étage. . . . Le cornac est en avant assis à califourchon sur le haut de la tête. . . . Nous allons, fortement balancés, mais d'un mouvement qui n'a rien de trop dur et permettrait d'écrire. Le pas est lent, mais allongé. Mé-Mass paraît avoir oublié que la charge d'une voiture est sur son dos. Elle semble flâner, allant d'un bord à l'autre du chemin, cueillant cà et là tantôt un fagot d'herbes, tantôt le tronc frais d'un grand végétal qu'elle arrache et qu'elle mange sans ralentir un moment son allure. Les éléphants en voyage marchent généralement à
la file indienne. Toute liane, tout bambou qui, rétrécissant le sentier, mettrait obstacle au libre passage de la bête et de sa charge est, chemin faisant, tordu, brisé, arraché. Que la route vienne à cesser, n'importe : l'animal se charge de la prolonger. En un clin d'œil sont abattus tous les arbres à lui désignés par son maître. Nous voici en présence d'une jolie rivière profondément encaissée entre des berges de sable jaune. Obliquement, les jambes de derrière repliées sous lui, l'éléphant se laisse glisser sur la pente, qui est telle que le palanquin fait avec l'horizon un angle de 45 degrés. Il entre dans la rivière, la traverse à la nage, puis, les jambes de devant repliées à leur tour, il escalade la rive opposée, non moins raide que la première. Les pentes ne comptent pour lui ni à la montée, ni à la descente ; où une chèvre serait embarrassée il n'éprouve pas d'hésitation, et des ponts ne lui sont pas plus nécessaires que des routes.
C'est maintenant une belle forêt, épaisse et sombre, au sol noir et bourbeux dans lequel les éléphants enfoncent profondément. Ils n'avancent qu' avec les plus grands efforts, mais ils avancent.
Un accident a contraint de faire halte dans une petite clairière marécageuse. Grande est la joie des éléphants qui emploient ce moment de relâche à chercher des touffes d'herbes mangeables.
Le soir venu, les bêtes sont déchargées, puis docilement tendent leurs gros pieds l'un après l'autre à de larges liens en rotin, au moyen desquels on les entrave, et ainsi empêchés, ils s'enfoncent cahin-caha dans les broussailles voisines.
Le lendemain nous nous mettons en route au lever du soleil et continuons notre voyage sans difficulté. C'est ainsi que nous fîmes près de quarante lieues en parfaite sécurité, dans un pays où le meilleur cheval aurait cent fois refusé le service.
Malheureusement la rapacité des marchands d'ivoire fait au
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pauvre animal une guerre sans pitié et, si des lois salutaires n'interviennent pas pour défendre le massacre sans limite de cet excellent serviteur, le temps est proche où l'éléphant indien sera une chose du passé. On s'apercevra alors seulement de sa grande valeur comme animal domestique et il faudra des années et des années d'élevage pour arriver à reconstituer cette fortune vivante que la main du créateur avait donnée à l'homme !
L'INTELLIGENCE ET LE CŒUR DES ANIMAUX. L'éléphant.
Questions.