A quoi sert l'ivoire
38. Que faudrait-il faire pour empêcher la destruction complète des
éléphants ?
39. De quoi s' aperce vra-t-on quand cet animal aura complètement dis-
paru?
40. Sera-t-il facile de réparer le mal causé par sa disparition ?
Quatorzième Leçon.
Histoire de la Musique.
La musique vocale a nécessairement précédé la connaissance et l'usage des instruments. Celui qui, le premier, ému par la contemplation des grands phénomènes de la nature, chercha à exprimer son admiration dans un langage élevé, fut évidemment le premier poète; celui qui, agité par des sentiments
Quatorzième Leçon. 65
tendres ou passionnés, voulut peindre l'état de son âme par des accents énergiques, créa la première mélodie. En un mot, dès que les hommes ont cherché pour exprimer leurs sensations dans un langage supérieur au langage ordinaire, ils ont rencontré la poésie et la musique, deux arts qui ont la même origine, qui reposent sur les mêmes éléments et dont les développements ont presque toujours été simultanés.
Les plus anciennes traditions sacrées citent les chants par lesquels les hommes célébraient le nom du Seigneur. La Genèse, en énumérant la postérité de Caïn, dit que Jubal fut le père de tous ceux qui jouent de la harpe et de l'orgue. Il y avait donc déjà à cette époque des instruments à cordes, des instruments à vent, et, sans aucun doute, des instruments de percussion.
Selon Diodore de Sicile et Lucrèce, le son que produit l'air en traversant des roseaux brisés, donna l'idée des instruments à vent. L'arc, ou plutôt la corde qui le sous-tend, donna probablement naissance aux instruments à cordes. Le philosophe Apollodore en attribue l'invention à Mercure, qui rencontra une tortue desséchée dont les cartilages, tendus et contractés par la chaleur, rendaient des sons agréables. Quant aux instruments de percussion, ils sont évidemment le produit d'un sentiment instinctif de l'homme. L'enfant aime à frapper sur un corps sonore ; les peuples les plus sauvages connaissent l'usage d'une sorte de tambour, et prennent plaisir au bruit régulier d'un instrument monotone.
Depuis Moïse, qui composa la poésie sublime que les Israélites chantaient en chœur, on voit la musique faire constamment partie des cérémonies religieuses des Hébreux. David, qui possédait le génie de cet art, le perfectionna par ses propres travaux et encouragea largement ses progrès. On connaissait de son temps la harpe, la cithare, le tambourin, les cornets, la trompette et les cymbales. Salomon, son fils,
cultiva la musique avec le même zèle, mais pendant la captivité des Juifs à Babylone l'art déclina peu à peu et finit par tomber dans l'oubli. Les Hébreux employaient non seulement la musique dans les cérémonies sacrées, mais, à la guerre, des chanteurs marchaient à la tête des armées. Les prophètes prononçaient leurs prophéties en musique, et les prêtres étaient nécessairement musiciens.
L'Egypte est généralement considérée comme le berceau des connaissances qui se répandirent en Europe. On attribue aux Egyptiens l'invention de tous les arts, et c'est chez eux que l'on en recherche ordinairement les premières traces. Il est au moins fort probable qu'on leur doit l'invention de la flûte courbe et oblique, de la harpe triangulaire, de la lyre et de plusieurs autres instruments dont on a retrouvé la figure gravée sur les tombeaux de leurs anciens rois. Sous les Ptolémée, la musique fit de grands progrès et un poème donne la description d'une fête qui eut lieu sous Ptolémée II (Ptolémée Philadelphe) et qui rassembla près de mille musiciens, parmi lesquels on comptait six cents chanteurs et plus de trois cents joueurs de cithare. Ptolémée XI, père de Cléopâtre, fut surnommé aulete ou joueur de flûte. Les Chinois attribuent l'invention de la musique à Fo-Hi, leur premier prince, contemporain de Noé. Les Chinois appelaient la musique la science des sciences. Confucius fit les plus grands efforts pour la répandre. On s'en servait au théâtre et dans les cérémonies funèbres et religieuses.
Les Hindous croient que la musique fut inventée par Brahma.
Les Mexicains, à l'époque de la conquête, n'avaient que des tambours, des trompes, des conques marines, de petites flûtes de roseau et une sorte de hochet.
Les sauvages de l'Amérique du Sud jouent d'une flûte de bambou, longue d'un pied et percée de deux trous.
Quatorzième Leçon. 67
Les Esquimaux, selon le capitaine Parry, sont passionnés pour la musique, mais leurs chants n'ont ni variété, ni étendue, et ils ne connaissent d'autre instrument que le tambourin. Chez toutes les peuplades sauvages on ne trouve encore que des instruments à vent ou de percussion ; les instruments à cordes y sont généralement inconnus.
Avant l'établissement de l'islamisme, la musique florissait en Perse, mais le vandalisme d'Omar anéantit les arts comme les sciences.
Les Grecs, qui font dériver toutes leurs connaissances de la Phénicie, de l'Egypte et de la Chaldée, font remonter l'importation de la musique à Cadmus, fils d'Agénor, roi de Phénicie, qui vint en Grèce avec une colonie de Phéniciens, et fonda Thèbes, environ quinze siècles avant Jésus-Christ. Sa femme, Harmonia, qui était fille de Mars et de Vénus, chantait en s'accompagnant de la lyre.
A l'époque du siège de Troie, on ne connaissait guère comme instruments que la lyre, la flûte et la trompette. Homère, qui cite souvent la musique, attribue à son pouvoir la cessation d'une épidémie. Après lui, les rapsodes, comme, depuis, les bardes du nord de l'Europe et les troubadours parcouraient les campagnes en chantant des fragments des poèmes d'Homère ou des pièces improvisées sur les événements de la guerre de Troie. L'époque la plus brillante de la musique chez les Grecs est celle qui sépare le siècle de Pindare (6e avant J.-C.) de la conquête de la Grèce par les Romains. Admise dans les temples, dans les jeux publics et au théâtre, elle marcha toujours de front avec la poésie. Les poètes dramatiques, Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane ; les philosophes, les poètes lyriques et même les historiens, comme Pythagore, Platon, Théocrite, Callimaque et autres contribuèrent à son développement.
La première musique des Romains leur vint, dit-on, des
Etrusques, qui eux-mêmes la devaient aux Orientaux. Sous Servius Tullius, deux centuries étaient composées de joueurs de trompette. Au 5e siècle avant Jésus-Christ, les lois des douze tables fixèrent le nombre des musiciens qui devaient assister aux funérailles. Après la conquête de la Grèce, la musique s'enrichit à Rome de tous les progrès que cet art avait faits chez les Grecs. Elle fit des progrès assez remarquables vers la fin de la république et sous les premiers empereurs. Jules César était passionné pour la musique ; Suétone dit qu'il rassembla à Rome mille à douze cents musiciens. Caligula jouait très bien de la cithare et de la flûte. On sait que Néron fut grand musicien. Après sa mort, les cinq mille musiciens qu'il entretenait à ses frais furent chassés de Rome, et l'art ne tarda pas à décliner, jusqu'au moment où il commença à s'introduire dans les cérémonies de l'église chrétienne.