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Dites ce que vous pensez de ce voyage aérien

Vingt-quatrième Leçon.

Les Tremblements de Terre de 1883 en Italie.

Sur quoi marchons-nous ? Le sol sur lequel nous vivons est-il stable et pouvons-nous nous fier avec une confiance absolue à la sécurité apparente qu'il nous offre ? Que sont ces secousses qui de temps en temps semblent ébranler la Terre jusque dans ses fondements, passent comme un frisson de mort sur la planète et ne laissent après elles que des deuils et des ruines ? Telles sont les questions que chacun se pose, en notre ère de curiosité scientifique, lorsque des tremblements de terre semblent remettre en suspens toute notre confiance instinctive en la stabilité du globe. Ischia, l'île voluptueuse qui sommeillait, mollement étendue sur les flots bleus du golfe de Naples, secouée par une convulsion du sol, devint du jour au lendemain un lugubre cimetière, empoisonné d'émanations cadavériques.

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Par une douce et belle soirée, le 28 juillet 1883, .andis que ses charmantes petites villes étaient en fête, que les théâtres se remplissaient de spectateurs, et que, dans les salons et les boudoirs, la musique laissait envoler ses harmonies dans le mystérieux songe d'une nuit d'été, un effroyable coup de tonnerre dans les profondeurs du sol, une commotion formidable secoua l'île ; un tourbillon de poussière s'éleva dans l'atmosphère ; en quinze secondes, la population se trouva ensevelie sous un monceau de ruines. La ville de Casamicciola, villégiature et station thermale de l'île, s'était écroulée tout entière: églises, bains, théâtre, hôtels, maisons, tout, absolument tout, s'est effondré sur les habitants ; pas une seule maison n'est restée debout. Près de deux mille (1992) êtres humains furent écrasés.

Quelle plume saurait décrire l'épouvantable confusion qui suivit le désastre ? Le Dante, dans son voyage aux enfers, n'a pas rencontré de pareilles horreurs. Herculanum et Pompeï, lentement ensevelies sous la pluie de cendres du Vésuve, n'ont pas présenté un spectacle aussi dramatique que cette brusque et terrifiante surprise.

Pendant la nuit, on n'entendit que plaintes déchirantes et gémissements lugubres. La population affolée désertait les maisons, poussait des cris épouvantables, se cherchait dans l'obscurité et se précipitait vers le rivage dans un désordre inénarrable. C'était à qui se jetterait le premier dans les barques de pêcheurs amarrées dans les criques de l'île. Des morceaux de bois étaient empilés près du rivage pour allumer des feux afin de demander du secours. Une foule qu'il est absolument impossible de décrire, des femmes et des enfants en toilette de nuit se précipitaient en pleurs et comme des furies au milieu des ruines, appelant à grands cris ceux qu'elles avaient perdus, et courant à chaque personne qu'elles rencontraient, lui demandant avec d'étranges éclairs dans les

yeux : " Avez-vous vu mon mari ? Avez-vous vu mon fils ? " En débarquant dans l'île, le lendemain de la catastrophe, écrit un visiteur, on était véritablement stupéfié de l'aspect de la pauvre ville. Toutes les maisons du quai n'avaient plus qu'un pan de façade. L'intérieur était écroulé. Un navire de l'état apportait de l'eau potable à cette île extraordinaire où il ne pleut presque jamais, où la magnifique végétation est entretenue seulement par les vapeurs souterraines.

Ce n'étaient que des cris de désespoir, des appels à la miséricorde divine : Maria santissima ! Gesu !

En entrant dans la ville on aperçoit, les maisons écroulées ; quelques pans de murs subsistent encore, menaçant les survivants. Deux sœurs de charité passent, portant des cordiaux, nous enjambons trois cadavres de paysans, la face écrasée, puis un gendarme et un garde à moitié recouverts de pierres.

Quelques habitants descendent précipitamment, emportant leur matelas sur leur dos. Au milieu de la rue, un pauvre cheval agite une jambe brisée qui se balance à droite et à. gauche. De quelque côté que nous regardions, c'est comme un perpétuel cauchemar.

A un restaurant en plein air, où peu de jours auparavant nous nous étions reposés, nous ne retrouvons que deux blessés et un mort.

Nous nous dirigeons alors vers le principal hôtel de la ville. A quelques mètres de la maison, nous voyons le propriétaire dans une vigne, entouré de quatre blessés, étendus sur des matelas, et une pauvre femme moribonde.

— Que pouvons-nous faire pour vous ? lui disons-nous.

— Envoyez-nous de l'eau et des brancards !

Et, d'une voix lamentable, il nous raconte la catastrophe. De la rue qui monte à pic au centre de la ville, nous jetons un coup d'œil au-dessous de nous.

J'ai assisté à des combats, j'ai parcouru des champs de

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bataille, j'ai entendu les plaintes des mourants et des blessés, j'ai vu l'incendie de Paris pendant la Commune. Je croyais avoir assisté aux scènes les plus horribles que présente l'humanité. Je m'étais trompé, ce n'était rien en comparaison du spectacle qui se déroulait sous nos yeux.

La ville entière a disparu. C'est une plaine de ruines. Il ne reste pas une seule maison.

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