‹ Lectures courantes; quarante leçons de lecture et de conversation suivies dexercices de traductionChapitre 7 sur 96 · Que pensez-vous des maisons à vingt étages · texte numérisé non relu

Que pensez-vous des maisons à vingt étages

48. Quels sont les monuments qui nous ont donné le type de l'idéal et

du bon goût ?

49. Yivons-nous dans un siècle idéaliste ou dans un siècle pratique ?

50. Est-il probable que l'homme abandonne ses idées pratiques pour re-

tourner au culte du beau ?

Troisième Leçon.

Socrate.

Parmi les philosophes de l'antiquité, le plus sage a été Socrate. Socrate naquit en 470 avant j.c., et mourut en 400 ; son père, Sophronisque, était sculpteur. Il travailla pendant quelque temps avec son père ; puis il fut soldat, comme tous les jeunes Athéniens, et il combattit vaillamment. A son retour à Athènes, il s'occupa uniquement de philosophie : il n'enseignait point chez lui, et il n'avait pas non plus d'élèves payant une certaine somme pour l'entendre et pour profiter de ses leçons ; mais on le voyait aller sur les places publiques, pieds nus et couvert d'un même vêtement qui lui servait l'été et l'hiver ; il s'habituait ainsi à supporter les intempéries des saisons pour fortifier son corps. Il interrogeait les Athéniens qu'il rencontrait, et le hasard de la conversation lui fournissait l'occasion de parler avec sagesse sur la poésie, sur le gouvernement des peuples, sur la sainteté, sur l'éloquence et sur l'âme. La méthode qu'il employait était des plus simples : il interrogeait, et embarrassant son interlocuteur par ses propres

réponses, il l'amenait à découvrir de lui-même l'absurdité ou la fausseté de ses opinions.

Ces conversations ou dialogues ont été recueillis par ses disciples, par Xénophon et par Platon surtout, car Socrate n'a rien écrit.

Sur la porte du temple de Delphes étaient écrits deux mots grecs signifiant : " Connais-toi toi-même." Socrate fit de cette inscription le fond de sa doctrine : il ne prétendait pas, comme avaient fait les philosophes qui l'avaient précédé, connaître le secret de toutes choses, et il déclarait même qu'essayer de tout savoir prouvait autant de présomption que d'ignorance ; mais il voulait que chacun s'étudiât soi-même, se vit tel qu'il est, avec ses qualités et ses défauts. Il affirmait aussi que chaque homme a avec lui, et même en lui, une sorte de dieu, un génie qui l'avertit de ce qui est bon et de ce qui est mauvais. Lui-même ne faisait rien sans consulter ce génie, qu'il appelait son démon familier. Ne parlons-nous pas comme Socrate, quand nous disons que notre conscience nous avertit, nous conseille le bien et nous détourne du mal ? Cependant Socrate avait de nombreux ennemis. Sa femme, Xantippe, d'un caractère acariâtre, lui reprochait de ne point s'occuper de ses affaires ; un jour même, après des reproches plus vifs que Socrate supportait avec son calme habituel, elle lui jeta, dit-on, à la tête, un vase plein d'eau. " Que voulezvous, répondit tranquillement Socrate à ses amis indignés, il était naturel qu'après un tel orage il vint à pleuvoir." Mais ses ennemis les plus redoutables n'étaient pas dans sa maison ; ils étaient sur la place publique, parmi ces jeunes gens légers et ambitieux que Socrate avaient convaincus d'impudence ; ils étaient parmi ces orateurs qui prétendaient pouvoir plaider avec le même succès le faux et le vrai, et qui avaient été vaincus dans leurs discussions avec lai ; ils étaient enfin parmi les juges et les sénateurs dont Socrate avait proclamé

Troisième Leçon. 13

l'ignorance et l'incapacité. Déjà, un poète comique, Aristophane, avait raillé clans sa comédie des Nuées les doctrines de Socrate ; bientôt trois Athéniens, Anytus, Mélitus et Lycon, l'accusèrent de corrompre la jeunesse et d'enseigner l'impiété. On prétendait qu'il détournait les jeunes gens du respect qu'ils devaient aux lois et à la religion de leur patrie, en leur parlant de ce démon familier qui n'avait point d'autel ni de prêtres à Athènes, et surtout en parlant toujours d'un Dieu suprême et unique, et non des dieux particuliers qu'on adorait dans les temples d'Athènes. C'était un culte nouveau, disaiton, qu'il voulait introduire dans la cité.

Socrate se savait condamné d'avance ; aussi songea-t-il moins à sauver sa vie qu'à défendre sa mémoire. " Athéniens, dit-il à ses juges, ne croyez pas que ce soit pour l'amour de moi que je me défends, comme on pourrait le croire; c'est pour l'amour de vous, de peur qu'en me condamnant vous n'offensiez Dieu, qui m'a donné à vous." Le nombre des juges était de 559 ; 281 jugèrent Socrate coupable, 278 le déclarèrent innocent. La loi voulait, après qu'on avait proclamé l'accusé coupable, que son accusateur proposât la peine à appliquer, et que l'accusé indiquât à son tour à laquelle il se soumettait.

Mélitus demanda la peine de mort ; Socrate déclara, au contraire, qu'il demandait à être nourri aux frais de l'Etat dans le Prytanée, qui était un édifice réservé à ceux qui avaient rendu de grands services à leur patrie. Il fut condamné à boire la ciguë, poison violent qui tuait sans longues souffrances. Lorsqu'il apprit cette condamnation, il ne se laissa point abattre, mais s'adressant une dernière fois à ses juges, il se félicita de mourir après s'être défendu avec dignité, plutôt que de devoir la vie à de lâches supplications.

Il fut conduit dans une prison où on lui permit de recevoir ses amis et de s'entretenir avec eux en attendant le moment de l'exécution. L'un d'un lui proposa de s'enfuir et lui offrit

les moyens de passer à l'étranger. Socrate refusa, "car disait-il, il faut respecter les lois de son pays, même quand on est injustement condamné en leur nom." Quand le geôlier lui eût apporté le breuvage empoisonné, Socrate le but avec calme et continua à s'entretenir avec ses amis. Il causait tranquillement de la vie à venir, et exprimait sans amertume ni colère la conviction qu'elle serait meilleure que celle-ci. Ses amis fondaient en larmes : le sage les réconfortait, et, spectacle admirable, prodiguait, lui qui allait mourir, les encouragements et les consolations à ceux qui avaient encore de longues années à vivre. Les dialogues dans lesquels Platon rapporte les propos de Socrate portent le nom d'un des principaux interlocuteurs du philosophe : celui-ci est intitulé Phédon ; c'est le plus beau des traités sur l'immortalité de l'âme qu'ait connu l'antiquité. Cependant le breuvage commençait à produire son effet ; déjà les jambes se roidissaient et devenaient insensibles au toucher ; puis le corps se glaça ; bientôt le froid gagna le cœur ; peu après le sage fit un mouvement convulsif et mourut. " Ainsi mourut, dit son disciple Platon, le meilleur, le plus sage et le plus juste des hommes de son temps."

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