Comment Platon juge-t-il son maître
Quatrième Leçon.
Vie de Mahomet.
Avant Mahomet, les peuples qui habitent la presqu'île nommée Arabie étaient presque tous idolâtres, bien qu'il y eût parmi eux des chrétiens et des juifs. Ils aimaient à faire la guerre, à se réunir pour se livrer aux réjouissances, et à célébrer en vers leurs combats et leurs plaisirs. La ville la plus importante de l'Arabie était La Mecque, où se trouvait un grand édifice nommé la Caaba, qu'on prétendait avoir été construit par Abraham, et qui contenait trois-cent-soixante idoles, représentant les dieux qu'adoraient les Arabes. Cependant les Arabes n'avaient pas toujours été idolâtres. Pendant de longs siècles, ils avaient, comme les juifs, adoré un seul dieu, qu'ils appelaient Allah. C'est le culte de ce dieu unique que Mahomet enseigna de nouveau à ses compatriotes.
Il naquit en 570 après Jésus-Christ. Son père mourut avant qu'il pût le connaître, et il fut élevé par sa mère et par une vieille négresse qu'il aima toujours tendrement. A six ans, il perdit sa mère et resta ainsi orphelin, n'ayant pour tous biens qu'un troupeau de moutons et cinq chameaux, et il passa sa jeunesse à garder le bétail, se faisant d'ailleurs aimer de
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tous par sa douceur et son intelligence. On l'appelait "l'homme sûr, l'homme fidèle." A l'âge de vingt-cinq ans, il épousa une de ses cousines, Khadidja, qui était veuve et fort riche, et dès ce moment il devint un personnage important à La Mecque.
Il était grand et robuste ; il avait une grosse tête, un nez aquilin, une large bouche, des yeux noirs et brillants, des cheveux également noirs, longs et touffus comme sa barbe. Sans être beau, il avait une physionomie sympathique qui attirait tout le monde.
Ce ne fut qu'à l'âge de quarante-deux ans, en 612, qu'il commença à prêcher contre les idoles. Il vit en rêve l'ange Gabriel qui lui apportait un livre et lui ordonnait de lire et d'enseigner ce qui s'y trouvait écrit. Tout ce que Mahomet prêcha dans la suite était considéré par ses disciples comme des chapitres de ce livre qu'on appelle le Coran. La doctrine de Mahomet était très simple : " Croire à un Dieu unique, créateur du ciel et de la terre ; croire à une autre vie après la mort, où les bons seront récompensés et les méchants punis ; prier Dieu matin et soir, pratiquer toutes les vertus et surtout l'aumône ; enfin croire que Mahomet est l'envoyé de Dieu." Toute la religion se résumait en une phrase : " Allah seul est Dieu et Mahomet est son prophète." Cette doctrine fut appelée Islam, islamisme, ou soumission à Dieu. Ceux qui crurent à l'Islam furent dits musulmans ou croyants.
La religion que Mahomet enseignait aux Arabes était bien meilleure que celles qu'ils avaient pratiquées auparavant, et nous trouvons dans le Coran beaucoup d'excellents préceptes. " Il faut, disait-il, pour l'amour de Dieu, secourir ses proches, les orphelins, les pauvres, les voyageurs, les captifs et les mendiants. Il faut faire la prière, garder sa promesse, supporter patiemment l'adversité et les maux de la guerre." Avant lui, les Arabes tuaient souvent leurs enfants ; il le leur
défendit. Il leur défendit aussi de s'enivrer et même de boire du vin.
Malheureusement, il leur donna aussi de mauvais conseils et de mauvais exemples. Il permit aux musulmans d'épouser plusieurs femmes, et lui-même en eut jusqu'à neuf à la fois. Aussi les femmes, au lieu d'être les égales et les compagnes de l'homme, furent-elles traitées comme des esclaves. Il fut aussi souvent dur et cruel, il aima la guerre, et quoiqu'il dise dans le Coran "qu'il faut pardonner aux incrédules et qu'il faut être doux avec les juifs et les chrétiens," il ordonna aux musulmans de faire la guerre à ceux qui ne croyaient pas à l'islamisme, pour les forcer à y croire. Ses prédications avaient beaucoup irrité les idolâtres ; aussi après avoir réuni ses disciples et leur avoir fait prêter serment de rester fidèles à sa doctrine, il fut obligé de s'enfuir à Médine, ville située au nord de La Mecque. C'est à partir de cette fuite que les musulmans comptent les années. L'année 622 ap. j.-c, date de la fuite de Mahomet, est donc l'an 1 des Arabes ; l'ère musulmane s'appelle l'hégire, c'est-à-dire fuite.
A peine arrivé à Médine, il construisit un temple où l'on devait venir prier Dieu en se prosternant à terre. Aussi les temples musulmans s'appellent-ils des mosquées, c'est-à-dire lieu où on se prosterne. Puis il commença la guerre contre la Mecque. Au bout de huit ans il réussit à s'en emparer. Il se rendit aussitôt à la Caaba, et la parcourut en renversant toutes les idoles avec son bâton, disant : " La vérité est venue, que le mensonge disparaisse." Il n'y laissa qu'une pierre noire qui avait servi, disait-on, de marche-pied à Abraham.
Avec une admirable habileté, il sut mêler la douceur à la violence, la clémence à la rigueur. Il fit mettre à mort une femme qui avait écrit des vers contre lui et il fit grâce à un homme qui avait voulu l'assassiner. Après la prise de La Mecque, il sauva la vie à six mille prisonniers que ses soldats voulaient massacrer.
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Une fois La Mecque prise, presque toute l'Arabie tomba en son pouvoir, et les chrétiens, comme les idolâtres, qui s'y trouvaient, furent obligés de devenir musulmans.
Quand il fut assuré qu'il n'y avait plus d'idolâtres à La Mecque, il revint en 631 y faire un pèlerinage et il ordonna que tous les musulmans devraient y aller dans le même but aussi souvent qu'ils le pourraient.
Quand il eut terminé son pèlerinage, il réunit les milliers d'hommes qui l'accompagnaient et leur parla une dernière fois de leurs devoirs. A la fin de son discours, il s'écria : " 0 Dieu, ai-je rempli mon message et terminé ma mission ? " Toute la foule répondit : " Oui, tu l'as accomplie." Il retourna à Médine, où peu après il tomba malade. Sentant que sa faiblesse augmentait, et que sa mort était proche, il se rendit à la Mosquée, où une grande foule était réunie. "Musulmans, leur dit-il, si j'ai frappé quelqu'un d'entre vous, me voici ; qu'il me frappe à son tour. Si j'ai enlevé à quelqu'un ce qui lui appartenait, qu'il reprenne son bien : Que nul ne craigne d'exciter ma haine ; car la haine n'a jamais été dans mon cœur." Un homme réclama une petite somme d'argent qu'il avait prêtée autrefois à Mahomet. Celui-ci la lui rendit en disant : " Il vaut mieux avoir à rougir dans ce monde-ci que dans l'autre."
Quelques jours après, le 3 juin 632, il expirait en disant : "Que le seigneur me pardonne, qu'il me réunisse à mes compagnons d'en haut."
Questions.
1. Quelle religion avaient, avant Mahomet, les habitants de l'Arabie ?