Qu'est-ce que c'est qu'un pèlerinage
43. Que dit-il à ses adeptes après avoir fini son pèlerinage ?
44. Que fit-il lorsqu'il sentit que sa faiblesse augmentait ?
45. Que dit-il à un de ses disciples en lui rendant une petite somme
d'argent qu'il lui devait ?
46. Quelles furent ses dernières paroles et quand mourut-il ?
Cinquième Leçon.
Aux Antilles Françaises.
Dix ou onze jours après le départ du Havre on aperçoit la Martinique. Aussitôt débarqué on éprouve un grand plaisir, on retrouve la France. Les maisons, les rues, les monuments et jusqu'au son des cloches rappellent le sol natal et, sans le charmant accent créole et le patois nègre qui émaillent le langage, on se croirait en pleine Touraine, du moins quand le soleil est couché et que la brise du soir vient rafraîchir l'air embrasé.
On débarque généralement à Fort-de-France, résidence habituelle du Gouverneur et des hauts fonctionnaires de la colonie. Saint-Pierre la ville du négoce et des affaires ne vient qu'en seconde ligne. Elle pourrait être jalouse de cette supériorité accordée à sa rivale. Elle la néglige. Elle laisse à Fort-de-France l'orgueil de voir s'élever au coin de quatre ou cinq maisons en planches des mâts de pavillons indiquant la demeure du Gouverneur, du Directeur de l'intérieur, du Procureur général et du Trésorier. Elle se contente de voir s'empiler dans ses magasins les barriques de sucre et de café, sources de sa richesse. Si les navires battant pavillon et flamme au grand mât sont rares sur sa rade, si elle voit souvent passer devant elle les coquettes frégates ou les orgueilleux
trois-ponts qui se rendent à Fort-de-France, elle peut se consoler en contemplant devant ses quais ces bons gros et solides bâtiments au ventre rebondi et aux allures massives qui chargent le fin martinique, le tafia et le cacao pour toutes les parties du globe.
Dès qu'un navire de guerre est signalé à Fort-de-France, on voit aussitôt s'élancer de tous les coins de la rade une foule de petites embarcations qui volent à sa rencontre. Légères comme une coquille, armées d'une longue voile triangulaire qui semble les coucher sur l'eau, elles se précipitent emportant chacune deux ou trois personnes. C'est à qui atteindra la première le navire ; elles s'y accrochent dès qu'elles peuvent l'atteindre et lorsque le bâtiment arrive au mouillage, il traîne derrière lui une longue grappe de canots, de barques qui vont le prendre d'assaut tout à l'heure. A peine le commandant a-t-il donné l'ordre qui permet de monter à bord que déjà tout le pont est envahi. Des nègres vendent des fruits et des légumes à l'équipage à grand renfort de cris et de tapage. Des négresses poussent des éclats de rire capables de fendre les vitres et à force de gestes et de contorsions essayent d'attirer l'attention de quelque quartiermaître pour obtenir son linge à blanchir.
C'est pendant quelque temps un tapage assourdissant, un mélange de costumes et de couleurs qui étonne et fatigue les yeux.
Elles sont très belles pour la plupart, ces grandes filles de couleur avec leurs cheveux bouclés et leur teint mat et uni. Souvent leur peau est si blanche qu'il faut toute l'habitude et toute la clairvoyance du créole pour reconnaître en elles la moindre trace de sang noir. Un madras roulé autour de la tête, une chemise flottante, une jupe à grosses raies ou à grands ramages s'enroulant autour des reins et s'attachant à la taille; voilà tout leur costume. Mais le
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madras est artistement attaché et décoré de broches, de chaînes, d'épingles, de parures à monter la boutique d'un bijoutier. La chemise est en batiste brodée, et elles ont toujours pour un millier de francs d'or au cou, aux oreilles et aux doigts.
L'hospitalité créole est célèbre et, c'est à juste titre qu'on la vante. On cite un individu qui débarqua jadis à la Martinique, et qui y passa plusieurs années, sans avoir jamais eu un chez lui. Il allait d'habitation en habitation, passant un mois dans l'une, six semaines dans l'autre. Il n'y a jamais, chez le créole le plus pauvre, assez de soins, assez de prévenances pour l'hôte qui vient demander l'hospitalité et l'arrivée d'un étranger est un bienfait du ciel. La vie d'ailleurs est si facile. On se lève le matin avec le jour, c'est-à-dire entre cinq et six heures. On prend une tasse de café noir; puis le planteur va surveiller ses ouvriers aux champs et à l'usine où se fabrique le sucre tandis que le négociant se rend à son magasin. Les femmes restent à la maison et s'occupent de leur toilette ou du ménage. A onze heures Ton déjeune, de midi à trois heures on dort ou l'on s'étend dans un hamac. A trois heures chacun retourne à ses affaires. Les femmes s'habillent pour aller faire des visites et se raconter les unes aux autres les cancans de la ville ou du voisinage. On dîne à sept heures et l'on reste longtemps à table, puis on s'étend dans ces sièges nommés balancines à la Martinique et rocking-chairs aux Etats-Unis, et à dix heures il ne reste pas vingt lumières allumées dans toute l'île.
Le dimanche, c'est une autre chose : d'abord il y a la messe, occasion solennelle de luxe et d'étalage. Dès six heures du matin, les rues sont sillonnées de dames et de jeunes filles en toilettes magnifiques.
La messe de sept heures, qui est la plus comme il faut,
rassemble dans la grande nef de l'église un parterre de chapeaux à plumes, de dentelles, de robes de mousseline brodée ; les cierges de l'autel font scintiller les diamants des boucles d'oreilles, des broches et des bracelets, et la population noire et de couleur entassée dans les bas côtés, avec des vêtements aux tons criards et des madras éclatants, semble un cadre choisi tout exprès pour faire ressortir les couleurs douces et harmonieuses du tableau. Après la messe chacun retourne chez soi où toute la journée se passe en une délicieuse oisiveté.
Oh ! la vie des Antilles, la vie douce et facile, Oh ! le beau pays où la nature a prodigué à l'homme ses dons les plus précieux, où les fruits les plus suaves ; l'orange, la banane, la goyave, l'ananas, le mango croissent sans culture, où le ciel est toujours bleu et l'hiver sans frimas ! Qu'il fait bon y vivre et surtout qu'il fait bon y retrouver la France sa langue, ses coutumes et son drapeau flottant au haut des mâts et au-dessus des maisons et des édifices publics!