‹ Lectures d'histoire ancienneChapitre 18 sur 70 · SPARTE AVANT LYCURGUE. — CONQUÊTE DORIENNB · texte numérisé non relu

SPARTE AVANT LYCURGUE. — CONQUÊTE DORIENNB

Ce pays, par sa nature et son climat, devait rendre les hommes énergiques et durs. Il n'est pas infertile, mais ne livre ses dons qu'en retour de pénibles travaux : c'est sur les flancs des montagnes qu'il faut pousser la charrue; car il n'a qu'une seule plaine, délicieuse, il est vrai, celle que baigne l'Eurotas dans son cours inférieur. Du reste, jusqu'au sommet du Taygète la vigne croît au milieu de forêts de platanes , et produit , sur certains coteaux , des vins célébrés par Alcman et Théognis ; en d'autres parties, tout près de la plus riche végétation, on trouve un sol aride et ferrugineux.

Pour un peuple guerrier, les mines de fer de la Laconie étaient une précieuse ressource. Le pays était aussi admirablement disposé pour porter la guerre chez les autres sans la recevoir chez soi, véritable forteresse où l'on ne pouvait entrer qu'au nord-ouest, par la vallée de l'Eurotas, très facile à défendre, et au nord-est par celle de Sellasie, presque impraticable à son extrémité supérieure. Du côté de la Messénie, il n'existait qu'un sentier étroit et dangereux à travers le Taygète. Toutes ces routes aboutissaient à un même point, Sparte. — Euripide peint en deux vers la Laconie : « Pays riche en productions , mais difficile à labourer ; enfermé de tous côtés par une barrière d'âpres montagnes , presque inaccessible à l'ennemi. »

Le premier roi qu'on donnait à la Laconie était un autochtone, Lélex, ce qui veut dire qu'un peuple de ce nom avait laissé là les plus anciens souvenirs. Certains traits de la mythologie locale rattachent ces Lelèges à l'Orient et aux peuples navigateurs de la mer Egée. Ainsi, c'était au cap Ténare que régnait un fils de Neptune , l'argonaute Euphémos , si léger à la course, qu'U effleurait de ses pas la cime des vagues ; c'était sur les roches de Thalamées qu'étaient nés les Dioscures, ces gémeaux qui , pour guider les marins , allumaient au ciel leurs feux protecteurs avant même que le soleil eût éteint ses derniers rayons. Le petit-fils de Lélex, Eurotas, fit creuser une sorte de canal pour conduire à la mer l'eau stagnante dans la plaine. N'ayant pas de postérité mâle, Eurotas donna sa fille Sparta et son royaume à Lacédémon, fils lui-même de Taygète et de Jupiter. Telle est Ja facile imagination des peuples jeunes, que quelques

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noms leur suffisent pour créer toute une histoire et de longues généalogies.

Un des successeurs de ce Lacédémon fut Tyndare, à qui Hippocoon.. son frère, ravit le trône. Hercule le lui rendit, à condition qu'il le laisserait à sa mort aux Héraclides. Mais il oublia sa promesse et donna sa fille Hélène et ses Etats à l'Atride Ménélas ; Hermione , héritière de ce prince , épousa Oreste. Sous leur fils Tisaménès , les Héraclides vinrent réclamer le trône promis à la postérité d'Hercule. La Laconie échut par le sort aux fils d'Aristodémos, Eurysthénès et Proclès. Gomme ils étaient jumeaux , on décida qu'ils seraient tous deux rois. La Pythie l'avait ainsi ordonné. Ils fondèrent les deux maisons royales des Agides et des Eurypontides, qui régnèrent simultanément à Sparte pendant plus de neuf cents ans. La branche aînée prit le nom du fils d'Eurysthéiiès, Agis ; la branche cadette , celui du petit-fils de Proclès , Eurypon.

Les nouveaux maîtres de la Laconie , au lieu de se disperser dans les campagnes, se concentrèrent en un lieu semé de collines faciles à défendre, à Sparte, afin de se tenir en garde contre toute surprise. Ils avaient d'abord laissé leurs lois aux anciens habitants ; sous le règne d'Eurysthénès, les Laconiens jouirent même de l'égalité avec les conquérants. Mais Agis retira cette concession. Les Doriens ou Spartiates eurent seuls des droits politiques ; les Laconiens, devenus leurs sujets, n'eurent que des droits civils. La plupart acceptèrent ce changement de condition ; les habitants d'Hélos, qui le repoussèrent , furent vaincus et réduits en servitude. Tous ceux qui les imitèrent eurent un pareil sort.

Tel est le récit ordinaire. On a déjà vu que les Doriens n'occupèrent d'abord que la haute vallée de l'Eurotas, par où ils étaient venus. Pausanias parle de la longue résistance de plusieurs cités, de Géranthrées, de Pharis et surtout d'Amyclée, l'antique capitale des rois Achéens, qui ne fut prise que sous le règne de Téléclos, une génénération avant la première Olympiade. Une seule chose est bien certaine : la position que prirent les Doriens en Laconie, comme dans leurs autres conquêtes et plus qu'ailleurs, de race dominante et oppressive, ce qui amena des haines dont ils ne purent contenir l'explosion que nar une continuelle vigilance. Il leur fallut rester pour

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ainsi dire toujours sous les armes , soumis à une disci* pline militaire, comme une armée campée en pays ennemi. Seuls ils formaient l'Etat, seuls ils avaient le droit d'assister aux assemblées où se faisaient les lois et d'aspirer aux charges publiques; au-dessous d'eux étaient leurs sujets : dans les villes ouvertes les Laconiens, dans les campagnes les Hilotes, esclaves de la glèbe , condamnés à travailler éternellement pour leurs maîtres.

Les deux premiers rois , Eurysthénès et Proclès, vécurent en perpétuelle mésintelligence. Rien n'était plus propre à affaiblir le pouvoir, et ce fut peut-être le but que se proposa l'aristocratie dorienne, en établissant cette double royauté. Mais, à l'exemple des deux maisons régnantes, toutes les familles se divisèrent; l'égalité primitive disparut dans les fortunes comme dans les conditions, et même, parmi la race dominante , il y eut des oppresseurs et des opprimés , des riches et des pauvres. De là des secousses qui ébranlèrent l'Etat et chassèrent du pays quelques-uns des conquérants. Théras conduisit une colonie dans l'île qui prit son nom ; d'autres allèrent se fixer à l'ouest du Péloponèse, dans la Triphylie. Cependant, malgré ces discordes, Sparte, dans la vigueur de la sève barbare, trouva le moyen de faire des conquêtes ; elle attaqua les Gynuriens, qui pillaient tour à tour l'Argolide et la Laconie, et les chassa de leur territoire. Les Argiens ayant voulu s'emparer de ce petit pays, elle se tourna contre eux et les battit. Ce fut l'ori» gine d'une querelle qui dura plusieurs siècles.

Les troubles intérieurs compromettaient la fortune dô Sparte, un homme entreprit d'aiTêter cette décadence prématurée.

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