V. DuRUY (1). — Histoire de la Grèce ancienne, 1. 1, cb
% II. — Liycurgue et sa législation (884).
Lycurgue^ ses voyages. — Lycurgue ne régna que huit mois en tout ; mais ses concitoyens avaient d'ailleurs tant d'estime et tant de vénération pour lui , que ceux qui lui obéissaient poui* sa vertu étaient en plus grand
(1) Pour M. Victor Duniy, membre de rinstitut, ancien mioistre de rinstrac*tion pubiique, v. Lectures historiques, t. I.
86 LECTURES d'histoire ANCIENNE. — GRÂCE.
nombre que ceux qui rendaient ce respect à sa qualité de tuteur du roi et à sa grande puissance.
Il ne manqua pourtant pas d'envieux qui s'opposèrent à son avancement; surtout les parents et les amis de la mère du jeune roi. Le déplaisir qu'il en conçut, et la crainte qu'il avait de ce qui pouvait arriver, l'avenir étant toujours incertain, lui firent prendre la résolution de voyager jusqu'à ce que son neveu eût un fils qui pût un jour lui succéder. Il partit donc, et alla premièrement en Crète , où , après avoir bien observé le gouvernement et conféré sans relâche avec les plus habiles gens de l'île , il trouva quelques-unes de leurs lois si belles , qu'il les prit pour s'en servir quand il serait de retour à Sparte.
De Crète, il passa en Asie, dans le dessein, dit-on, de voir par lui-même le luxe et les délices des Ioniens, afin qu'en les comparant avec la vie simple et austère des peuples de Crète, comme un médecin qui compare un corps faible et malsain avec un corps sain et robuste, il pût connaître toute la différence que des mœurs et des coutumes opposées causent dans le gouvernement. Ce fut là vraisemblablement qu'il vit pour la première fois les poésies d'Homère, qui étaient chez les descendants de Cléophilus ; et ayant trouvé que les instructions morales et politiques qu'elles renferment ne sont pas moins utiles que ses contes et ses fictions sont agréables, il prit lui-même la peine de les copier et de les assembler en un corps pour les porter en Grèce.
Les Egyptiens disent aussi que Lycurgue alla dans leur pays, et qu'ayant extrêmement goûté un de leurs établissements, qui est que les gens de guerre y font un corps séparé de tous les corps de l'Etat, il le porta à Sparte, où il sépara les ouvriers de tous les genres de métier , et établit une république véritablement noble et pure. Il est certain que quelques historiens grecs sont en cela d'accord avec les Egyptiens; mais qu'il ait été en Afrique et en Espagne, et qu'il soit passé jusque dans les Indes pour converser avec les gymnosophistes , le Spartiate Aristocrates, fllsd'Hipparcus, est le seul qui l'ait écrit.
Cependant les Lacédémoniens, qui supportaient fort impatiemment son absence, lui députèrent plusieurs fois pour le prier de revenir ; car ils trouvaient que leurs rois n'avaient simplement que le titre et les honneurs des rois, sans aucune autre qualité qui les distinguât du peu-
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pie ; au lieu que Lycurgue était né pour commander et pour être véritablement roi, la nature lui ayant donné une grâce et une force de persuasion qui attirait à lui tous les hommes. Les rois mêmes ne s'opposaient pas à son retour ; au contraire, ils espéraient que sa présence refrénerait l'insolence du peuple, et le rendrait plus souple et plus soumis. Tous les esprits étant ainsi disposés à son égard, il retourna à Sparte ; et d'abord il résolut de changer toute la forme du gouvernement, jugeant bien que quelques lois particulières seraient inutiles, si, commedans un corps plein de toutes sortes de maux et qui menace ruine, il ne consumait auparavant et n'achevait de purger par des remèdes et par des médecines toutes ses mauvaises humeurs, pour lui ordonner ensuite un nouveau régime. Mais avant que d'exécuter ce dessein, il alla à Delphes pour consulter Apollon ; et après avoir offert son sacrifice, il reçut cet oracle si célèbre dans lequel la prêtresse l'appelait « ami des dieux, et dieu plutôt qu'homme. » Et quant à la grâce qu'il avait demandée de pouvoir établir de bonnes lois dans son pays, elle lui déclarait « que le dieu avait exaucé ses prières, et qu'il lui donnerait la plus excellente république qui eût jamais été. » Encouragé par une réponse si favorable, il communiqua son secret aux principaux de la ville, et les exhorta à lui aider, commençant d'abord par ses amis, et gagnant ensuite peu à peu les autres, et les disposant à faire tout ce qu'il voudrait.
Lég^islation de Lycurgue (884). — De tous les nouveaux
établissements de Lycurgue, qui étaient en fort grand nombre, le plus grand et le plus considérable fut celui du se' nat^ lequel, comme dit Platon, étant mêlé avec la puissance trop absolue des rois, et ayant une égale autorité, fut la principale cause de la modération et du salut de cet Etat, qui était toujours chancelant, et penchait tantôt du côté des rois vers la tyrannie, et tantôt vers la démocratie du côté des sujets ; car ce sénat fut au milieu comme une sorte de lest, et comme un contre-poids qui le maintint dans l'équilibre, et qui lui donna une assiette ferme et assurée, les vingt- huit sénateurs qui le composaient se rangeant du côté des rois quand le peuple voulait se rendre trop puissant, et fortifiant au contraire le parti du peuple quand les rois tendaient à la tyrannie.
88 LECTURES d'histoire ANCIENNE. — GRÈCE.
Dans le conseil, il n'y avait que les deux rois et les sénateurs qui eussent le droit de proposer les affaires et d'opiner ; et quand leur avis était donné, le peuple avait l'autorité de le rejeter ou de l'approuver. Mais dans la suite des temps , le peuple ayant trouvé le moyen de changer ou de violenter le sens des décrets du sénat par des additions ou par des retranchements, d'abord peu sensibles, les rois Polydore et Théopompe ajoutèrent à l'oracle cet article formel : « Si le peuple altère ou cor- » rompt les décrets, que les sénateurs et leurs chefs se » retirent ; » c'est-à-dire, qu'ils congédient l'assemblée, et annulent ce qu'on aura altéré et falsifié. Et ils persuadèrent à toute la ville que cet article avait été ajouté par Tordre du dieu même.
Lycurgue ayant ainsi tempéré le gouvernement, ceux qui vinrent après lui ne laissèrent pas de trouver que la puissance des trente qui composaient le sénat était encore trop emportée et trop furieuse, et qu'elle avait besoin d'être refrénée ; c'est pourquoi, comme dit Platon, ils lui donnèrent un frein en lui opposant l'autorité des éphores^ environ cent trente ans après Lycurgue ; et le premier éphore, ce fut Elatus, sous le roi Théopompe, à qui sa femme ayant un jour reproché à cause de cet établissement, qu'il laisserait à ses enfants la royauté beaucoup moindre qu'il ne l'avait reçue, il lui répondit : « Au contraire, je la leur laisserai plus grande, d'autant qu'elle sera plus durable. » En effet, en lui faisant perdre ce qu'elle avait de trop, il la mit à couvert de l'envie et du danger qui la suit.
Le second établissement de Lycurgue et le plus hardi, ce fut le partage des terres ; car il y avait entre les habitants une si horrible inégalité, qu'elle était même dangereuse pour la ville, la plupart étant si pauvres, qu'ils n'avaient pas un seul pouce de terre, et tout le bien se trouvant entre les mains d'un petit nombre de particuliers. Pour chasser donc l'insolence, l'envie, la fraude, le luxe, et les deux plus grandes et les plus anciennes pestes des villes et des Etats, la pauvreté et l'avarice, il persuada à tous les citoyens de remettre leurs terres en commun, et d'en faire un nouveau partage pour vivre ensemble dans une parfaite égalité, ne donnant les prééminences et les honneurs qu'à la vertu seule, et ne
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mettant entre eux d'autre différence que celle qui vient du blâme dû aux mauvaises actions, et de la louange que méritent les actions honnêtes et vertueuses.
Cela fut aussitôt exécuté. Il partagea les terres de la Laconie en trente mille parts, qu'il distribua à ceux de la campagne, et il fit neuf mille parts du territoire de Sparte, qu'il distribua à autant de citoyens. Chaque part pouvait fournir de revenu annuel soixante et dix boisseaux d'orge pour homme, et douze pour femme : et de vin et autres fruits liquides, à proportion : car cette quantité parut suffisante pour entretenir les hommes sains et dispos, sans qu'ils eussent besoin de rien davantage. On rapporte de lui que, quelques années après, revenant d'un long voyage comme il traversait les terres de la Laconie qui venaient d'être moissonnées, il vit les tas de gerbes si égaux, que l'un ne paraissait en rien plus grand que l'autre ; et se tournant vers ceux qui l'accompagnaient, il leur dit en riant : « Ne semble-t-il pas que la Laconie soit l'héritage de plusieurs frères qui viennent de faire leur partage ? »
Après les immeubles, il entreprit de leur faire partager aussi également les autres biens, pour achever de bannir d'entre eux toute sorte d'inégalité. Mais voyant qu'ils le supporteraient avec plus de peine, s'il s'y prenait ouvertement, il y procéda par une autre voie, en sapant l'avarice par les fondements. Car premièrement il décria toutes les monnaies d'or et d'argent, et ordonna qu'on ne se servirait que de monnaie de fer^ qu'il fit d'un si grand poids et d'un si petit prix qu'il fallait une charrette à deux bœufs, pour porter une somme de dix mines (1), et une chambre entière pour la serrer. Cette nouvelle monnaie ne fut pas plus tôt répandue, qu'elle chassa de Lacédémone toutes les injustices et tous les crimes. Qui est-ce qui aurait voulu voler, ravir ou recevoir pour prix de son injustice, une chose qu'on ne pouvait cacher, dont la possession n'était point enviée, et qui, étant mise en pièces, était inutile à tout; car on dit que les ouvriers avaient ordre de tremper le fer tout rouge dans le vinaigre pour en émousser la pointe et le rendre inutile à tout autre emploi ; ce fer ainsi trempé, devenait si aigre et si éclatant, qu'on ne pouvait plus ni le battre ni le forger.
(1) La mine, somme de 100 drachmes, valait environ 93 francs (92, 68).
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De plus, il chassa de Sparte tous les arts inutiles et superflus ; et quand il ne les aurait pas chassés, la plupart seraient tombés d'eux-mêmes, et s'en seraient allés avec l'ancienne monnaie : les artisans ne trouvant pas à se défaire de leurs ouvrages, parce que cette monnaie de fer n'avait point de cours chez les autres Grecs, qui, bien loin de l'estimer, s'en moquaient et en faisaient des railleries. Ainsi ceux de Sparte ne pouvaient acheter ni merceries, ni marchandises étrangères; aucun marchand n'entrait dans leurs ports, et dans toute la Laconie, on n'aurait trouvé ni sophiste, ni diseur de bonne aventure, ni charlatan, ni vendeur d'esclaves, ni orfèvre, ni joail- 1er ; car tous ces gens-là ne cherchent que de l'argent. Par ce moyen , le luxe , dénué peu à peu de tout ce qui l'enflamme et qui le nourrit, se flétrissait et tombait enfin de lui-même ; car les riches n'avaient aucun avantage sur les pauvres, les richesses ne pouvant en aucune manière paraître en public, mais étant forcées de demeurer enfermées et inutiles. De là vint que tous les meubles dont on ne peut se passer, et dont on a tous les jours affaire, comme les lits, les tables, les chaises, étaient parfaitement bien travaillés chez eux.
Lycurgue, voulant encore plus persécuter le luxe et achever de déraciner l'amour des richesses, fit un troisième établissement très sage et très beau, qui fut celui des repas^ où il ordonna que tous les citoyens mangeraient ensemble des mêmes viandes réglées et ordonnées par la loi, et leur défendit expressément de manger chez eux sur des lits somptueux et sur des tables magnifiques, en se faisant traiter par d'habiles cuisiniers et officiers de bouche, pour s'engraisser daas les ténèbres comme des bêtes gloutonnes, et pour corrompre par ce moyen le corps et l'esprit, en s'abandonnant à toutes sortes de dissolutions et de débauches, qui demandent ensuite un long sommeil, des bains chauds, un grand repos et des remèdes journaliers, comme de véritables maladies. Si ce fut une grande chose à Lycurgue d'être parvenu à cela, c'en fut une plus grande encore d'avoir pu mettre les richesses hors d'état d'être dérobées, ou plutôt, comme dit Théophraste, d'être enviées, et de les avoir rendus pauvres par cette communauté des repas, et par la simplicité et la frugalité de la table. Car il n'y avait aucun moyen d'user ni de jouir de sa magnificence , non x:)as
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même d'en faire parade ou de la montrer, le pauvre et le riche mangeant ensemble en même lieu ; de sorte que Sparte était la seule ville du monde où ce que l'on dit communément de Plutus , qu'il est aveugle , se trouvât vrai. En effet, il y était renfermé et immobile, comme une statue sans âme et sans mouvement ; car il n'était pas permis de manger chez soi, et d'arriver rassasié aux salles publiques, parce que tous les autres observaient avec grand soin celui qui ne buvait et ne mangeait point, et lui reprochaient son intempérance ou sa trop grande délicatesse, qui lui faisaient mépriser ces repas publics.
Les pères n'étaient pas les maîtres d'élever leurs enfants à leur fantaisie ; mais sitôt qu'un enfant était né, il fallait que le père le portât lui-même dans un lieu appelé Lesché^ où les plus anciens de chaque tribu, qui y étaient assemblés, le visitaient ; et s'ils le trouvaient bien formé, vigoureux et fort, ils ordonnaient qu'il fût nourri, et lui assignaient une des neuf mille portions pour son héritage; et si au contraire ils le trouvaient mal fait, délicat et faible, ils l'envoyaient jeter dans un lieu appelé les Apothétes, qui était une fondrière près du mont Taygète : car ils estimaient qu'il n'était expédient ni pour lui, ni pour la république qu'il vécût, puisque dès sa naissance il se trouvait composé de manière que de sa vie il ne pouvait avoir ni force ni santé. C'est pourquoi aussi on ne lavait pas dans l'eau les enfants naissants, comme partout ailleurs, mais on les lavait dans du vin, pour éprouver s'ils étaient de bonne constitution et de bonne trempe ; car on dit que ceux qui sont épileptiques et maladifs, ne pouvant résister à la force du vin qui les pénètre, meurent de langueur, et que ceux qui sont bien sains en deviennent d'une complexiofi plus dure et plus forte. D'un autre côté, les nourrices mettaient beaucoup de soin et d'art dans la manière de les élever; car bien loin de lier et de garrotter leurs enfants avec des langes, elles leur laissaient tout le corps libre, afin de leur donner un air noble et dégagé ; elles les accoutumaient aussi à être faciles et nullement délicats et friands pour leur manger, à n'avoir point de peur dans les ténèbres, à ne s'épouvanter pas quand on les laissait seuls, et à ne connaître ni la mauvaise humeur ni les criailleries et les pleurs, qui sont autant de marques de lâcheté et de bassesse. Gela
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faisait que les étrangers achetaient des nourrices de Lacédémone, au lieu que Lycurgue s'était bien gardé de confier l'éducation des enfants à des mercenaires et à des esclaves achetés à prix d'argent. Il n'en laissa pas même la disposition aux pères ; mais sitôt qu'ils avaient sept ans, il les prenait et les distribuait par classes, et les faisant élever ensemble dans les mômes lois et dans la même discipline, il les accoutumait à avoir les mêmes divertissements et les mêmes jeux.
Pour chaque classe, il choisissait, parmi les jeunes gens les mieux faits, celui qui était le plus estimé, qui avait le plus de prudence et de sagesse, et qui avait témoigné le plus de courage et de fermeté dans les combats, et il l'établissait sur toute la troupe. Ces enfants avaient toujours l'œil sur lui, obéissaient a tous ses ordres, et se soumeUaient sans murmurer à tous les châtiments et à toutes les peines qu'il lui plaisaif^. de leur imposer. De sorte que leur éducation n'était, à proprement parler, qu'un apprentissage d'obéissance. D'ailleurs, les vieillards assistaient ordinairement à leurs jeux, et jetaient souvent entre eux des sujets de dispute et de querelles pour avoir occasion de découvrir à fond le naturel de chacun, et de connaître s'il aurait de la hardiesse, et s'il serait incapable de tourner le dos à l'ennemi.
Pour ce qui est des lettres, ils n'en apprenaient que pour le besoin ; toute leur étude ne tendait qu'cà savoir obéir, supporter les travaux, et vaincre. C'est pourquoi, à mesure qu'ils avançaient en âge, on augmentait la sévérité de leur discipline et de leur règle ; on leur coupait les cheveux, on les accoutumait à aller sans bas et sans souliers, et la plupart du temps, on les faisait jouer ensemble tout nus; et quand ils étaient parvenus à l'âge de douze ans, on leur ôtait la tunique, et on ne leur donnait par an qu'un simple manteau, ce qui faisait qu'ils étaient toujours sales et crasseux, ne se baignant et ne se parfumant jamais que certains jours de l'année , qu'on leur permettait d'user de cette propreté et de cette délicatesse. Chaque troupe couchait ensemble dans la même salle, sur des paillasses faites de bouts de cannes qui croissaient sur les bords de la rivière d'Eurotas, et qu'ils étaient obligés d'aller cueillir et rompre eux-mêmes , avec leurs mains , sans couteau , et sans aucun autre instrument.
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En quelques lieux que fussent ces jeunes gens , ils n'étaient jamais un seul moment sans avoir quelqu'un pour les reprendre et pour les châtier , s'ils faisaient quelque faute. Outre cela, ils avaient pour gouverneur un des plus honnêtes hommes de la ville et des plus qualifiés , qui éta])lissait sur chaque troupe le plus sage et le plus courageux des Irènes. Ils appellent I rênes les garçons qui , depuis deux ans, sont hors de l'enfance , et Melîlrènes les plus âgés des enfants.
Cet Irène donc, âgé de vingt ans, était dans les guerres le capitaine de sa bande , et , en pleine paix , il s'en servait dans sa maison et leur commandait comme à ses esclaves. Les plus grands et les plus forts portaient le bois pour faire le souper , et les plus petits et les plus faibles portaient les herbes , qu'ils allaient dérober dans les jardins et dans les salles à manger , où ils se glissaient le plus finement et le plus subtilement qu'ils pouvaient : et s'ils étaient découverts, ils avaient le fouet pour avoir manqué ou de vigilance ou d'adresse. Ils dérobaient aussi toutes les viandes sur lesquelles ils pouvaient mettre la main, très habiles à profiter de l'occasion quand on dormait ou qu'on les gardait avec négligence. S'ils étaient surpris , on ne se contentait pas de leur donner le fouet, on les faisait encore jeûner; on ne leur laissait faire même tous les jours qu'un très léger repas, afin que la nécessité de subvenir eux-mêmes à leur besoin les rendît plus hardis et plus rusés.
Ils dérobaient avec tant de soin et avec tant de crainte d'être découverts , que l'on raconte qu'un d'eux ayant pris un petit renard , le cacha sous sa robe , et souffrit , sans jeter un seul cri , qu'il lui déchirât le ventre avec les ongles et les dents , jusqu'à ce qu'il tombât mort sur la place. Et cela ne paraîtra pas incroyable à ceux qui savent ce que les enfants de la même ville font encore aujourd'hui. Nous en avons vu plusieurs expirer sous les verges sur l'autel de Diane, surnommée Orthia, sans dire une seule parole.
Pendant que l'Irène était à table, il ordonnait à l'un
\ûe chanter , et proposait à l'autre quelque question , qui
"demandait une réponse pleine de réflexion et de prudence,
par exemple : « Qui est le plus homme de bien de la ville?
Que dis-tu d'une telle action ? » Ce qui les accoutumait
dès leur enfance à juger des actions des hommes, et à
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s'enquérir des mœurs de leurs concitoyens. Si l'enfant à qui l'on avait demandé qui est le plus homme de bien de la ville, ou qui est le plus méchant, balançait, on prenait cette lenteur pour la marque d'une nature lâche et paresseuse , et qu'aucun aiguillon d'honneur ne pouvait porter à la vertu. Il fallait que la réponse fût prompte ), et accompagnée d'une raison ou d'une preuve conçue en peu de mots. Celui qui répondait nonchalamment et sans y penser , était mordu au pouce par l'Irène même ; et ce châtiment-là se faisait le plus souvent en présence des vieillards et des magistrats , pour leur faire voir si la punition était faite à propos et avec justice. On ne disait rien au maître pendant que les enfants étaient présents; mais après qu'ils étaient retirés, il était lui-même puni , s'il les avait châtiés avec trop de sévérité ou avec trop d'indulgence.
Mon de Lycurgue. — Quand ses premiers établissements furent reçus et confirmés par l'usage, et sa forme de gouvernement assez vigoureuse et assez forte pour se maintenir d'elle-même et se conserver , comme Platon dit de Dieu , qu'après avoir achevé de créer le monde, il se réjouit lorsqu'il le vit tourner et faire ses premiers mouvements avec tant de justesse et d'harmonie ; ainsi Lycurgue , charmé de la grandeur et de la beauté de ses lois , sentit un redoublement de plaisir, quand il les vit marcher seules, pour ainsi dire , et faire si parfaitement Jeurs fonctions (1). Cherchant donc, autant que cela dé-
(1) « Pour parler d'abord de Sparte, on est moins naïf aujourd'hui qu'à la fin du dernier siècle ; on est moins disposé à admirer cette législation tout artificielle qui faisait sans cesse violence à la nature humaine , qui maintenait l'âme dans une sorte de tension perpétuelle, qui sacrifiait à ce qu'elle appelait l'intérêt publie la vie des enfants chétifs et celle des esclaves, la pudeur des femmes et îa sainteté du mariage. Les prétendues lois de Lycurgue n'eurent qu'une très courte durée; on sait comme elles commencèrent k être violées
-4e bonne heure, et ce qu'il en restait au temps d'Aristote. Cette discipline .
sévère et minutieuse pouvait à la rigueur subsister pendant quelque temps
dans une petite ville, ou plutôt dans un camp retranché , tel que Sparte; elle '
; pouvait, à la faveur d'un état de guerre presque incessant, s'y maintenir,
/ comme dans un corps d'armée qui marche en pays ennemi ; c'était là le fruit
de cette jalouse surveillance que les citoyens ne se lassaient point d'exercer
. les uns sur les autres. Mais peut-on imaginer un instant ce régime appliqué à une grande nation, à une société pacifique et laborieuse . pour qui la guerre n'est qu'un accident, et qui demande au commerce et à l'industrie d'augmen-
;.ter sa richesse , aux arts d'embellir sa vie et de charmer ses loisirs? Si ja-
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pendait de la prudence humaine, le moyen de les rendre immortelles et immuables, il fit assembler tout le peuple ; il lui représenta que la police qu'il avait établie lui paraissait suffisante dans tous ses chefs pour rendre la ville heureuse et les citoyens vertueux , et lui déclara qu'il y avait pourtant encore un point, qui était le plus essentiel et le plus important, mais qu'il ne pouvait le leur communiquer avant que d'avoir consulté l'oracle d'Apollon ; qu'ils devaient donc observer ses lois inviolablement sans y rien changer ni altérer, jusqu'à ce qu'il fût de retour de Delphes, et qu'alors il exécuterait ce que le dieu lui aurait ordonné. Ils promirent tous de lui obéir, et le prièrent de hâter son voyage. Avant que de partir, Lycurgue fit jurer les deux rois, les sénateurs, et ensuite tous les citoyens, que jusqu'à ce qu'il fût de retour, ils maintiendraient la forme du gouvernement qu'il avait établie.
Quand il fut arrivé à Delphes, il fit un sacrifice à Apollon ; et après le sacrifice, il lui demanda si ses lois étaient bonnes et suffisantes pour rendre les Spartiates heureux et vertueux. Apollon lui répondit qu'il ne manquait rien à ses lois, et que pendant que Sparte les observerait, elle serait la plus glorieuse cité du monde, et jouirait d'une parfaite félicité. Lycurgue fit écrire cette prophétie , l'envoya à Sparte, et, après avoir fait un second sacrifice, il embrassa son fils et tous ses amis ; et pour ne dégager jamais les Lacôdémoniens du serment qu'ils lui avaient fait, il résolut de mourir volontairement à Delphes : d'autant plus qu'il se voyait aussi heureux qu'il pouvait jamais l'être, et qu'il était parvenu à un âge où véritablement on peut être encore attaché à la vie, mais où l'on peut aussi la quitter sans regret. Il mourut donc en s'abstenant de manger ; car il était persuadé que la mort même des grands personnages et des hommes d'Etat, ne doit pas être inutile à la république, ni oisive, mais une suite de leur ministère, une de leurs plus importantes actions, et celle qui leur doit faire autant ou plus d'honneur que toutes les autres. D'ailleurs, il voyait bien
mais il y eut institutions qui ne fussent faites que pour une seule cité, qu'il ne fût ni désirable ni même possible de transplanter et d'imiter ailleurs , ce sont bien les institutions de Sparte. » — Georges Perrot, Essai sur le droit public et privé de la république athénienne , in-8*» (couronné par rAcadémie irancaisej, introduction, Ernest Thorin, éditeur.
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pour lui, qu'après avoir fait de très belles choses , sa mort mettrait certainement le comble à son bonheur , et assurerait à ses citoyens tous les biens qu'il leur avait faits pendant sa vie, puisqu'elle les obligerait à garder ses ordonnances, qu'ils avaient juré d'observer inviolablement jusqu'à son retour.
Plutarque (1), — Lycurgue, passim. Traduction de Dacier.
§ III. — Cruorres de lUessénle,
Le caractère belliqueux des Spartiates se révéla presque aussitôt après la mort de Lycurgue, par les guerres contre la Messénie. Ce pays, situe à l'O. du territoire de Sparte, était très fertile, et excitait par cela même la convoitise de ses voisins. Prenant prétexte d'une offense faite par les Messéniens à quelques jeunes filles Spartiates venues aux confins des deux provinces pour y offrir un sacrifice, les soldats de Lacédémone quittent leur ville et jurent de n'y rentrer que vainqueurs. De là, deux guerres. Les principaux événements de la première sont : le sacrifice de la fille d'Âristodème, la mort d'Euphaès, ^'immolation volontaire d'Aristodème lui-même qui avait remplacé Euphaès, enfin la chute d'Ilhôme, dernier boulevard de l'indépendance messénienne (723). — Moins de vingt ans après , par suite des mauvais traitements infligés aux ■vaincus, les hostilités recommencèrent.
Aristomènes et Tyrtêe.
Les Messéniens, dès la première année de leur rébellion, livrèrent bataille aux Lacédémoniens, dans un lieu de la Messénie appelé Déra3. Les alliés étaient absents de part et d'autre, et la victoire fut indécise. On dit qu'Aristomènes se distingua dans ce combat par des ex-
Ï)loits surnaturels : aussi voulut-on le nommer roi après 'action, car il était du sang des ^pytides : mais il refusa
(1) Vlntarque naquit à Chéronée, dans la Béotie, vers l'an 50 de J.-C. Elevé avec soin dans la Grèce, il fit plusieurs voyages à Rome, où il donna, sur divers sujets de philosophie et d'érudition , des leçons publiques restées célèbres, non seulement par le talent du maître, mais' encore par la qualité des auditeurs. Peut-être l'empereur Trajan, que l'on fait à tort le disciple de Plutarque, y assista-t-il . Rentré de bonne heure, et pour n'en plus sortir, dans sa ville natale, Plutarque y composa ses différents ouvrages , entre autres Iw Vies des hommes illustres , un des meilleurs livres que l'antiquité nous ait transmis. L'auteur semble ne s'être proposé que d'étudier les grands hommes de la Grèce et de Rome, pour comparer, après chaque double étude, un Grec et un Romain; mais il a fait entrer toute l'histoire dans ses biographies. C'est par là qu'il mérite et qu'il occupe une place élevée au milieu des historiens les plus célèbres.
685 Vf. J.-C. ARISTOBIÈNES ET TYRTÉE. 97
ce titre, et on le nomma général en chef. Aristomènes avait pour maxime, qu'à la guerre il ne faut pas craindre de s'exposer aux périls d'une action mémorable ; mais il crut devoir, plus que tout autre, ouvrir la campagne par un coup d'éclat, qui pût frapper d'effroi les Lacédémoniens et le rendre à l'avenir plus redoutable. Dans ce dessein, il entra de nuit à Lacédémone, et attacha au temple de Minerve Ghalciœcos, un bouclier qui portait cette inscription : Aristomènes à Minerve^ des dépouilles des Spartiates. L'oracle de Delphes avait ordonné aux Lacédémoniens de faire venir un athénien pour prendre ses conseils. Ils communiquèrent par des envoyés cet oracle au peuple d'Athènes, et demandèrent un homme qui pût les diriger. Les Athéniens, ne voulant pas désobéir à Apollon, ne voulant pas non plus que les Lacédémoniens s'emparassent si facilement de la plus belle partie du Péloponèse, imaginèrent l'expédient que voici : il y avait à Athènes un maître d'école nommé Tyrtée, qui boitait d'un pied et passait pour n'avoir pas la tête bien saine; ils l'envoyèrent à Sparte. Tyrtée, y étant arrivé^ s'adressa d'abord en particulier aux hommes éminents ; puis, rassemblant tous ceux qu'il rencontrait, il leur chantait des élégies et d'autres pièces en vers anapestes. Un an après la bataille de Dérae, les deux peuples, ayant reçu des secours de leurs alliés, se disposèrent à livrer un combat vers l'endroit nommé le monument du Sanglier.
'f.Les devins offrirent des sacrifices de part et d'autre avant le combat. Ces devins étaient, pour les Lacédémoniens, Hécatus, descendant d'Hécatus qui était venu à Sparte avec les fils d'Aristodème; et pour les Messéniens, Théoclus, descendant d'Eumantis, Eléen, de la race des lamides, que Gresphonte avait amené à Messène; et leur présence inspirait aux deux armées la plus grande ardeur pour le combat. Tous en général montraient beaucoup de courage, chacun en raison de son âge et de ses forces ; mais on distinguait particulièrement Anaxandre, roi des Lacédémoniens, ainsi que les Spartiates qui l'entouraient ; et du côté des Messéniens, Phintas et Androclès, descendants d'Androclès, et leurs compagnons d'armes qui s'efforçaient tous de se comporter en hommes de courage. Tyrtée et les hiérophantes des grandes déesses ne prirent aucune part à l'action, et se contentaient d'animer ceux
Ô8 LBCTDRES D'aiSTOlRE ANCIENNE. — - GRÈCE.
qui étaient à la queue de chaque armée. Quant à Aristomènes, il avait autour de lui quatre-vingts Messéniens d*élite, tous du même âge que lui, et qui se croyaient fort honorés du choix qu'il avait fait d'eux pour combattre auprès de sa personne. Ils étaient très habiles à deviner, au moindre signe, ce que chacun d'eux et surtout leur général faisait ou se disposait de faire. On les vit les premiers, eux et Aristomènes , engager le combat contre les ennemis qu'ils avaient en tête, c'està-dire contre Anaxandre et les plus braves Lacédémoniens , s'exposer aux coups sans pâlir, se battre en désespérés, et parvenir, à force de temps et d'audace, à faire plier la troupe d'Anaxandre. Aristomènes, dès qu'il la vit en fuite, la fait poursuivre par un autre bataillon de Messéniens : lui-même il se porte avec les siens au point où l'ennemi résiste le plus vivement ; à peine a-t-il triomphé, qu'il court attaquer d'autres corps, les culbute avec une rapidité qui redouble son ardeur, et s'élance sur tout le reste jusqu'à ce qu'il ait mis en déroute l'armée entière des Spartiates et de leurs alliés : les voyant fuir sans pudeur et même sans vouloir se rallier, il s'acharne à les poursuivre et les frappe d'une épouvante que jamais homme n'a inspirée. Quand il fut arrivé près d'un poirier sauvage planté sur un point de la plaine, le devin Théoclus lui défendit d'aller plus avant, parce que, disait-il, les Dioscures étaient assis sur cet arbre; mais Aristomènes, entraîné par son ardeur, ne lui laissant pas le temps d'achever son discours, poussa jusqu'à cet arbre, et y perdit son bouclier. Un petit nombre de Lacédémoniens dut à cet accident le bonheur d'échapper aux coups d' Aristomènes : ils profitèrent, pour s'enfuir, du temps qu'il mit à chercher son bouclier. Abattus par cette défaite, les Spartiates ne voulaient plus continuer la guerre ; mais Tyrtée ranima leur courage par ses élégies ; et, pour remplacer dans les bataillons les soldats qu'il avait perdus, lui-même il choisit des Ilotes. Quant à Aristomènes, lorsqu'il revint à Andanie, les femmes jetaient des guirlandes et des fleurs sur son passage, en chantant ces vers qui se répètent encore aujourd'hui : « A travers les » champs de Stônycléros, et jusque sur le sommet de la » montagne, Aristomènes a poursuivi les Lacédémo-, » niens. » Aristomènes pou après se rendit à Delphes et descendu dans l'antre de Trophonius à Lébadie, ainsi i
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que la Pythie le lui avait ordonné, il retrouva son bou- 'Clier, que dans la suite il consacra à Lébadie.
Pausanias (1). — Messénie, ch. 14-16. Trad. de Clavier.
Un jour vint cependant où Aristomènes fut fait prisonnier et jeté dans la Céada , mais il s'en échappa en s'attachant aux pas d'un renard que la faim avait attiré dans cette fosse expiatoire. La citadelle d'Ira n'en tomba pas moins, après un long siège, sous les coups des Spartiates ; et les Messéniens, qui n'acceptèrent pas l'esclavage .passèrent dans la Sicile. — Nous insistons BUT la prise d'Ira (668) .
Prise d'Ira,
Il était dans Tordre des destins qu'Ira fût prise dans la onzième année du siège, et que les Messéniens fussent chassés de leur pays ; et roi;acle rendu à Aristomènes et à Théoclus fut accompli. Mi effet, après la déroute de la Grande-Fosse, ils étaient allés consulter l'oracle de Delphes sur ce qu'il fallait faire pour le salut de leur patrie, et la Pythie leur avait répondu : Lorsqu'un bouc boira dans la tortueuse Néda, je ne défendrai plus les MeS'
(1) Nous n'avons aucun détail précis sur la vie de Pausanias, célèbre historien grec, auteur du Voyage en Grèce, dont la rédaction fut achevée à Rome, sous Marc-Âurèle, c'est-à-dire vers la fin du second siècle de notre ère. Voici ce qu'en dit la Biographie universelle, article signé Pillet : « Pausanias s'occupe particulièrement des édifices publics et des productions de l'art ; et il' le fait quelquefois de la manière la plus minutieuse : on le voit consacrer trois chapitres entiers à la description d'un colFre , mais il passe avec rapidité sur les objets qui étaient ççénéralement connus de son temps. 11 se borne à indiquer le temple de Thésée et le Parlhénon d'Athènes, le temple de Delphes, etc. , sans doute parce que l'histoire et les descriptions de ces monuments n'étaient ignorées de personne ; mais il fait connaître avec soin le temple de Minerve-Alea, à Tégée, parce que l'Arcadie était rarement visitée des voyageurs, auxquels son livre était destiné à servir de guide- La forme qu'il adopte n'est point, en effet, celle d'une géograpliie, et moins encore celle d'un voyage où l'auteur décrirait ses aventures : on ne l'y voit point en scène ; son rôle est de conduire le lecteur comme par la main. Mais, à l'occasion des objets qu'il montre sur sa route et des édifices qu'il décrit, il ne manque point de citer les poètes et les historiens, de recueillir les traditions historiques et mythologiques, et il se livre parfois à des discussions qui jettent un grand jour sur divers points obscurs de l'histoire ancienne du continent de la Grèce. Les lies de l'Archipel n'entrent point dans son plan, et ses excursions ne s'étendent pas au nord plus loin que les Thermopyles. Pausanias se montre habituellement bon observateur et historien judicieux; mais on lui reproche de lappoiter, comme témoin oculaire, des faits qui nous paraissent excéder toute croyance. Son style, m.ravaise imitation de celui de Thucydide, est bien celui d'un sophiste : habituelienient néi^ligé, souvent affecté, "^il est si concis, et souvent si obscur, qu'il fau^, pour bien l'entendre, en avoir fait une étude îPaiiiculière; aussi a-t-il souvent exercé les érudits et les commentateurs. »