av. J.-C. RETOUR d'alcibiade
de Sparte, d'appeler les Ioniens à contribuer aux charges de la guerre, puisqu'elle a été entreprise pour les affranchir du tribut qu'ils payaient aux Athéniens. » Il lui « conseille de ne pas seconder trop activement les Spartiates. Ce seraitréserverà d'autres les avantages d'une victoire remportée avec ses troupes. Il faut ne leur envoyer que les secours nécessaires pour entretenir la guerre. Tant que les Grecs seront divisés, le roi des Perses décidera de la paix et de la guerre et vaincra par leurs propres armes ceux qu'il ne pourra vaincre par les siennes; mais une fois la guerre terminée, il aura les vainqueurs à combattre : qu'il faut donc ruiner la Grèce par des guerres intestines pour arrêter ses entreprises au dehors et égaliser les forces des partis, en aidant les plus faibles; que les Spartiates ne se reposeraient point après la victoire, eux qui se sont vantés d'être les vengeurs de la liberté de la Grèce. » Tissapherne goûta ses avis. Aussi n'envoya-t-il aux Spartiates que quelques approvisionnements et une partie de la flotte royale, ne voulant ni leur assurer la victoire, ni les forcer à suspendre la guerre.
Cependant Alcibiade se prévalait de cette habile politique auprès de ses concitoyens. Il promet aux députés qu'Athènes lui envoie l'amitié du roi des Perses, pourvu que le gouvernement passe des mains du peuple à celles du sénat ; espérant ainsi, ou que les deux ordres réunis de la république l'appelleraient au commandement des troupes, ou que si la discorde éclatait entre eux, il serait appelé par l'un des deux partis. L'imminence du péril fut cause que les Athéniens sacrifièrent leur dignité à leur salut, et le peuple consentit à livrer au sénat son autorité. Mais l'orgueil naturel aux nobles, lesquels revendiquaient chacun pour soi le privilège de la tyrannie , leur ayant fait commettre des actes de cruauté contre le peuple, Alcibiade fut rappelé par l'armée et nommé commandant de la flotte. Il mande aussitôt à Athènes « qu'il arrive da continent avec une armée, et qu'il reprendra aux Quatre- Cents les pouvoirs du peuple, s'ils ne se décident à les lui rendre. » Effrayés de cette menace, les grands essaient de livrer la ville aux Spartiates , et s'exilent après une tentative inutile. Alcibiade, ayant délivré sa patrie de ses dissensions intestines, donna tous ses soins à l'armement de la flotte, et marcha contre les Lacédémoniens.
Mindare et Pharnabaze, leurs généraux, l'attendaient
886 LECTURES D'mSTOlRE ANCIENNE. — GRÈCl.
à Sestos avec leur flotte rangée en bataille. Le combat s'engagea, et la victoire resta aux Athéniens. Ils tuèrent la plus grande partie de l'armée ennemie et presque tous ses généraux; ils. prirent aussi quatre-vingts vaisseaux. Quelques jours après, les Spartiates, voulant combattre sur terre, furent vaincus une seconde fois. Accablés par cette double défaite, ils demandèrent la paix; mais les intrigues de ceux à qui la paix était utile la leur firent refuser. Sur ces entrefaites, les Carthaginois ayant porté la guerre en Sicile, les Syracusains se détachèrent de la coalition, et, rappelant leurs troupes, affaiblirent d'autant les Spartiates. Alcibiade cependant va ravager l'Asie avec sa flotte victorieuse, livre partout des batailles, partout reprend les villes qui s'étaient insurgées, en soumet plusieurs autres et augmente la puissance des Athéniens. Après avoir relevé la gloire de sa patrie sur mer, il y ajoute encore par ses victoires sur terre , et revient à Athènes, où il était impatiemment attendu. Deux cents vaisseaux pris et un butin considérable fut le résultat de cette expédition. Un peuple immense court au-devant de Tarmée triomphante; on admire ces guerriers et surtout Alcibiade : tous les yeux sont tournés vers lui : on le regarde, on le contemple comme un envoyé du ciel, comme la victoire elle-même; on exalte ce qu'il a fait pour la patrie; ce qu'il a fait contre elle, en exil, n'inspire pas moins d'enthousiasme : on excuse ses emportements, comme ayant été provoqués. Car quel pouvoir, disait-on, dans cet homme qui seul a renversé et relevé un si grand empire! La victoire le suivait partout, et il semblait qu'il
Îf eût entre lui et la fortune un merveilleux accord. On ui rend tous les honneurs divins et humains, et c'est à qui elîacerala honte de son exil par l'éclat de son rappel. On porte au-devant de lui, pour le glorifier de ses triomphes, les statues de ces mêmes dieux qu'on avait conjurés contre lui; on voudrait élever jusqu'au ciel ce proscrit, naguère dépouillé de tout et voué à l'exécration des hommes. On expie ses injures par des honneurs , ses pertes par des présents, son anathème par des supplications. On ne parle pas de ses malheurs dans la guerre de Sicile, mais de ses victoires en Grèce; non des flottes qu'il a perdues , mais de celles qu'il a conquises. Syracuse est oubliée, on ne se rappelle que l'Ionie et l'Hellespont. C'est ainsi qu'Alcibiade, tour à tour l'objet de la haine ou
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de rhorreur de ses concitoyens, fat reçu dans sa patrie.
JusTm. — Histoires philip'piques, 1. 5 , 8. 1-5. ïrad. de M. Ch. Nisard,
Alcibiade reçut de nouveau le commandement suprême , et se rendit en Asie pour y faire ses préparatifs de guerre. Mais la défaite de son lieutenant Antiochus, qui s'était battu sans en avoir l'ordre , le fit exiler une seconde fois. Dix «énéraux le remplacèrent , et ils gagnèrent sur Callicralidas le célèbre combat des iles Arginuses (406).
Combat des îles Arginuses ; procès des généraux.
Les Athéniens, affaiblis par des défaites continuelles, accordèrent le droit de cité aux étrangers domiciliés à Athènes et à tous ceux qui voulaient servir dans l'armée. Le nombre des citoyens s'étant ainsi considérablement accru, les généraux enrôlèrent tous ceux qui étaient en état de porter les armes. Ils construisirent une flotte de soixante navires, et, après l'avoir parfaitement équipée, ils appareillèrent pour Samos où ils rejoignirent les autres généraux, qui, de leur côté, avaient réuni quatre-vingts trirèmes tirées des iles. Ayant, de plus, reçu un renfort de dix autres trirèmes, qu'ils avaient demandées aux Samiens, ils levèrent l'ancre et dirigèrent leur flotte, composée de cent cinquante navires, sur les iles Arginuses, se hâtant de faire lever le siège de Mitylène. Le commandant de la flotte lacédémonienne, Callicralidas, averti de cette expédition navale, laissa Etéonicus avec une armée nombreuse pour continuer le siège, et, après avoir luimême équipé cent quarante bâtiments, il s'empressa d aller bloquer les îles Arginuses. Ces îles étaient alors habi^ tées et renfermaient une petite ville éolienne; elles sont situées entre Mitylène et Gymes , à très peu de distance de la côte et du promontoire de Catanis. Les Athéniens, dont la station n'était pas très éloignée, eurent bien vite connaissance de la marche des ennemis. La violence des Vents empêchait les navires d'engagt-r un combat; mais les Athéniens, aussi bien que les Lacédémoniens, se tenaient prêts pour le lendemain, bien que les devins fussent, des deux côtés, opposés à une rencontre. En eflet, du côté des Lacédémoniens, la tète de la victime sacrifiée sur le rivage avait disparu soudain, emportée par une vague. C'est ce qui fit prédire au devin la mort du commandant de la flotte; à quoi Callicratidas a, dit-on^
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répondu qu'en mourant sur le champ de bataille il ne déshonorerait point Sparte. Quant aux Athéniens, Thrasybule, qui avait ce jour-là le commandement en chef , eut pendant la nuit le songe que nous allons raconter. Il lui avait semblé être à Athènes, en plein théâtre, et jouer, lui et six autres généraux, les Phéniciennes, tragédie d'Euripide, tandis que les acteurs qui leur disputaient le prix représentaient les Suppliantes^ mais que les généraux ne représentaient qu'une victoire cadméenne, en périssant tous, à l'exemple des sept chefs devant Thèbes. Le devin, après avoir écouté ce récit, déclara que les sept généraux allaient mourir dans le combat. Cependant, les victimes promettant la victoire, les généraux présents ordonnèrent de ne faire connaître la prédiction de mort qu'à leurs collègues, mais de répandre dans toute l'armée la prédiction qui annonçait la victoire.
Gallicratidas, commandant de la flotte lacédémonienne, rassembla ses troupes et excita leur courage par un discours convenable qu'il termina par ces paroles : « Je suis tellement prêt à braver le danger pour la défense de la patrie qu'au moment même où le devin vous prédit la victoire et à moi la mort, je ne balance pas à sacrifier ma vie. Mais, sachant que la mort des chefs met les armées en désordre, je nomme dès à présent, dans le cas où il m'arriverait quelque malheur , comme mou successeur au commandement, Gléarque, homme éprouvé dans le métier des armes. »
Ces paroles inspirèrent à un grand nombre l'ardeur -du combat et stimulèrent les soldats à imiter leur chef. Les Lacédémoniens, s'encourageant mutuellement, montaient sur les navires. De leur côté, les Athéniens; animés au combat par leurs généraux , ne montrèrent pas moins d'empressement à monter à bord de leurs trirèmes et à se ranger en bataille. L'aile droite était commandée par Thrasybule et par Périclès, fils de celui qui, par son éloquence , mérita le surnom d'Olympien. Thrasybule s'adjoignit encore, pour le commandement de cette aile, Théramène , qui servait alors comme simple volontaire, bien qu'il eût eu plusieurs fois sous ses ordres des corps d'armée. 11 plaça ensuite les autres généraux sur toute l'étendue de la ligne, cherchant ainsi, autant que possible, à envelopper les îles Arginuses. Gallicratidas se *^mit en mouvement à la tête de i aile droite, ayant confié
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l'aile gauche aux Béotiens, commandés par Thrasondas le Thébain. Ne pouvant déployer un front égal à celui des ennemis, Gallicratidas partagea ses forces en deux armées dont chacune devait combattre séparément. Ces dispositions étonnèrent grandement tous les témoins du combat : ils voyaient, pour ainsi dire, quatre flottes qui combattaient à la fois , en composant un total de trois cents navires. En effet, ce fut là le plus grand combat naval que des Grecs eussent jamais livré contre des Grecs.
Au premier signal que les chefs firent donner par les trompettes, les soldats sur les deux lignes répondirent par des cris de guerre épouvantables. De tous les navires sillonnant les ondes , chacun voulait être le premier à commencer le combat. La plupart des soldats , instruits par une longue guerre, avaient l'expérience des dangers qu'ils allaient affronter; ils étaient animés d'une ardeur extrême en voyant l'élite des guerriers dont la bravoure allait décider du sort de la patrie. Et ils étaient tous persuadés que les vainqueurs seraient les maîtres démettre un terme à cette guerre. Cependant Gallicratidas, connaissant par le devin la fln qui lui était réservée, ne songea plus qu'à trouver une mort brillante : le premier il se dirigea sur le navire du général athénien Lysias, le fit couler et blessa les flancs des trirèmes qui escortaient ce navire; puis, se portant sur les autres bâtiments, il les frappa à coups redoublés et les mit hors de service, en brisant les rames qui les faisaient mouvoir. Enfin il atteignit d'un choc très violent la trirème de Périclès et la perça profondément ; mais, comme la proue de son bâtiment s'était engagée dans les éperons du vaisseau ennemi de manière à ne pouvoir plus se mouvoir librement, Périclès lança sur le navire de Gallicratidas des mains de fer au moyen desquelles il le tira à lui. Aussitôt les Athéniens y sautèrent à l'abordage et égorgèrent tous ceux qui s'y trouvaient. Ce fut là que, selon le rapport des historiens, Gallicratidas, après s'être battu longtemps et brillamment, trouva la mort, accablé sous les coups des assaillants. A la nouvelle de la perte de leurs chefs, les Péloponésiens, saisis d'épouvante, plièrent. Pendant que l'aile droite, occupée par les Péloponésiens, prenait la fuite, l'aile gauche, composée de Béotiens, soutenait pendant quelque temps le combat vaillamment. Les Béotiens, ainsi que les Eubéens dont ils avaient partagé le sort, et tous ceux qui avaient
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abandonné l'alliance d'Athènes, avaient à craindre que si jamais les Athéniens recouvraient leur suprématie, ceux-ci ne tirassent une vengeance éclatante de la défection de leurs alliés. Mais lorsque les Béotiens virent la plupart de leurs bâtiments endommagés et les forces des vainqueurs dirigées contre eux, ils furent forcés de s'enfuir. Les Péloponésiens se sauvèrent, les uns à Ghio, les autres à G y mes.
Les Athéniens ayant poursuivi assez loin les vaincus, laissèrent ces parages couverts de cadavres et de débris de navires. Après cette victoire, une partie des généraux jugea nécessaire d'enlever les morts, afin d'éviter tout sujet de reproche de la part des Athéniens qui blâmaient sévèrement ceux qui laissaient les cadavres sans sépulture ; mais les autres généraux étaient d'avis qu'il fallait d'abord marchersur Mitylène et en faire lever au plus vite le siège.
Bientôt il s'éleva une tempête violente; les trirèmes furent tellement ballottées que les soldats, ayant déjà souffert dans le combat, se refusèrent à lutter contre la force des brisants pour enlever les cadavres. Enfin, la tempête augmentant de violence, ils ne purent ni marcher sur Mitylène ni recueillir les cadavres. Ils furent forcés par les vents à revenir aux Arginuses. Les Athéniens perdirent, dans ce combat, vingt-cinq navires et presque tout l'équipage; les Péloponésiens en perdirent soixante et dixsept. La perte de tant de bâtiments et la mort des guerriers qui les avaient montés expliquent pourquoi tout le littoral de Gymes et de Phocée était jonché de cadavres et de débris de navires.
Lorsque Etéonicus, qui assiégeait Mitylène, apprit par un messager la déroute des Péloponésiens, il envoya les bâtiments à Ghio, et se retira avec ses troupes de terre à Tyrrha, ville alliée de Lacédémone; car il craignait que, s'il était attaqué parla flotte des Athéniens, secondés par une sortie des assiégés, il ne courût risque de perdre toute son armée. Gependant les généraux athéniens appareillèrent pour Mitylène, et, s'étant réunis à Conon, qui avait sous ses ordres quarante navires, ils se portèrent sur Samos ; en partant de cette station, ils allèrent dévastm* le pays des ennemis.
Après ces événements, les Lacédémoniens cantonnés dans TEolide, dans l'Ionie et les lies alhées, se rassemblèrent à Ephèse. Ils décidèrent d'envoyer des députés à
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Sparte pour demander que Lysandre fût nommé nauarque; car, pendant tout le temps que ce chef commandait la flotte, les affaires allaient bien, et il paraissait supérieur aux autres généraux. Les Lacédémoniens ont une loi qui défend d'investir deux fois le même homme du commandement des forces navales. Or, ne voulant pas dérogera cet antique usage, ils nommèrent Aralus commandant de la flotte, mais ils lui adjoignirent Lysandre comme simple volontaire, avec l'ordre de suivre tous les avis de ce dernier. Investis du commandement, ces chefs firent venir du Péloponèse et des autres alliés le plus grand nombre de trirèmes qu'ils pouvaient rassembler.
A la nouvelle delà victoire remportée aux îles Arginuses, les Athéniens comblèrent d'éloges leurs généraux, mais ils les blâmèrent aussi sévèrement d'avoir laissé sans sépulture ceux qui étaient morts en combattant pour la suprématie d'Athènes. Théramène et Thrasybule avaient devancé l'arrivée de leurs collègues à Athènes. Or, ceux-ci, soupçonnant que Théramène et Thrasybule les avaient accusés auprès de la multitude d'avoir négligé la sépulture des morts, adressèrent au peuple des lettres dans lesquelles ils déclaraient que c'étaient eux-mêmes qui avaient ordonné à ces deux généraux de recueillir les morts ; cette démarche fut la principale cause de leur malheur. Ils pouvaient trouver dans Théramène et dans ses nombreux amis des défenseurs éloquents et puissants d'une cause qui leur était commune à tous ; tandis qu'en les attaquant, ils s'en étaient fait des adversaires et des accusateurs pleins de fiel. A la lecture de ces lettres en pleine assemblée, le peuple se montra aussitôt fort irrité contre Théramène et ses partisans ; mais ceux-ci ayant justifié leur conduite, cette irritation se tourna de nouveau contre les généraux (absents). Le peuple les mit donc en jugement et décréta leur rappel immédiat, après avoir absous Gononet l'avoir investi du commandement des forces navales. Aristogène et Protomaque, craignant l'irritation de la multitude , s'enfuirent. Trasylle , Galliadès, Lysias, Périclès et Aristocrates se rendirent, avec une grande partie de la flotte, à Athènes, comptant sur Tappui de leurs nombreux soldats de marine, dans le procès qui leur était intenté. Le peuple se réunit en assemblée : il écouta l'accusation et les orateurs qui flattent les passions populaires, mais il devint tumultueux
et ne laissa point la parole aux défenseurs des accusés. Ce qui nuisit surtout à ces derniers, ce fut l'apparition des parents des morts , en habits de deuil , suppliant de punir les généraux qui n'avaient pas donné la sépulture à ceux qui étaient tombés en combattant pour la patrie. En un mot , ces parents , forts de l'appui de leurs amis et des nombreux partisans de Théramène, l'emportèrent. Les généraux mis en accusation furent condamnés à mort, et leurs biens vendus publiquement.
Ces sentences rendues, les bourreaux se disposaient déjà à exécuter les condamnés à mort, lorsque Diomédon, Tun des généraux, homme brave, d'une expérience consommée dans l'art militaire, et connu pour sa justice ainsi que pour d'autres vertus, s'avança au milieu de l'assemblée. Après que le silence se fut rétabli, il s'exprima en ces termes : « Citoyens d'Athènes, puisse l'arrêt qui nous frappe tourner au profit de l'Etat ! Puisque le sort nous refuse de remplir nous-mêmes les vœux que nous avions faits pour obtenir la victoire, il est convenable que vous vous en acquittiez vous-mêmes. Rendez des actions de grâces à Jupiter le sauveur, à Apollon et aux vénérables déesses (les Furies). C'est en invoquant ces divinités que nous avons battu les ennemis. » Après ce discours, qui excita la pitié et les larmes des bons citoyens, Diomédon fut entraîné avec ses collègues , pour subir l'exécution de la sentence de mort. On admira Diomédon en l'entendant, bien qu'il fût injustement condamné à mourir, ne point se plaindre de son infortune mais demander d'accomplir des vœux sacrés pour une cité qui était si injuste à son égard. Cela ne pouvait être que le fait d'un homme plein de piété , magnanime , et qui ne méritait pas un sort si indigne. Cependant les onze magistrats, institués par les lois pour l'exécution des sentences criminelles , remplirent leur office.
Ainsi périrent ces généraux, qui, non seulement n'avaient commis aucun crime contre l'Etat, mais qui, vainqueurs dans la plus grande bataille navale que des Grecs eussent livrée contre des Grecs , et après avoir montré un brillant courage dans maints autres combats, avaient, grâce à leur propre courage, fait élever des trophées témoignant de la défaite des ennemis. Telle fut l'aberration du peuple, injustement excité par des orateurs populaires : il appesantit sa colère sur des hommes
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qui méritaient, non pas un châtiment, mais bien des louanges et des couronnes.
DiODORE DE Sicile. — Bibliothèque historique, 1. 13, s. 97-102. Traduction de M. Hoefer.
Conon , appelé à exercer seul le commandement , suivit Lysandre sur les côtes de la Chersonèse de Thrace, et lui offrit vainement la bataille. Le rusé Lacédémonien attendit son heure, et surprit ses imprudents ennemis à la petite rivière appelée iEgos-Potamos (rivière de la Chèvre). Cette victoire termina la guerre du Péloponèse (404).
Bataille d'yEgos-Potamos ; abaissement d'Athènes,
A la pointe du jo*ir, Lysandre fit dîner ses troupes, les embarqua, les munit de tout ce qui était nécessaire pour un combat naval, arma de mantelets les flancs des galères, avec défense de remuer de son poste et de prendre le large. Les Athéniens , au lever du soleil , tournèrent vers le port le front de leur armée, comme pour livrer bataille ; mais voyant que Lysandre ne faisait aucun mouvement, et que la nuit approchait, ils revinrent à ^Egos-Potamos. Lysandre ordonna aux plus légères de ses galères de les suivre, d'observer ce qu'ils feraient sur le rivage, et de revenir promptement lui en donner nouvelle; ce n'était qu'à leur retour qu'il permettait à ses soldats de débarquer. Il garda la même contenance pendant quatre jours, laissant les Athéniens voltiger vers lui.
Alcibiade, qui de son fort vit les Athéniens établis sur un rivage découvert, n'ayant aucune ville de retraite, tirant leurs vivres de Sestos, à quinze stades de leur flotte, tandis que l'ennemi, dans un bon port, était près d'une ville où il ne manquait de rien, leur représenta qu'ils n'étaient pas avantageusement postés, et les engagea à regagner Sestos, qui leur offrait un port et une ville. Quand vous y serez fixés, leur dit-il, vous combattrez dès qu'il vous plaira. Mais les généraux, particulièrement Ménandre et Tydée, lui ordonnèrent de se retirer, en observant que ce n'était pas lui, mais eux qui commandaient. Alcibiade se retira.
Au cinquième jour de ces excursions de la flotte athénienne contre celle des Lacédémoniens, Lysandre envoya à la découverte ; « Aussitôt, dit-il à ses émissaires, que » vous verrez l'enneiin débarqué et répandu dans la Gher- » sonèse (ce qu'il fait avec une hardiesse qui s'accroît de
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» jour en jour, autant pour acheter au loin des vivres que » par mépris pour votre général qui ne s'avance point en
> pleine mer), revenez vers moi, tenant au milieu du tra-
> jet le bouclier levé. » Ils exécutèrent ponctuellement ses ordres. Aussitôt Lysandre ordonne que l'on fasse force de rames ; il était accompagné de Thorax et de son infanterie. Gonon, les voyant arriver, fit sonner Talarme , pour qu'on vînt en diligence au secours de la flotte; mais l'équipage était dispersé : tel vaisseau n'avait que deux rameurs, tel qu'un autre; plusieurs étaient entièrement abandonnés ; celui de Conou, accompagné de sept autres et du Paralien (1), prirent le large avec les rameurs dont ils étaient pourvus. Lysandre saisit sur le rivage le reste de la flotte , et prit à terre la plupart des hommes : quelques-uns ,se réfugièrent dans les bourgades voisines.
Gonon , échappé avec les neuf vaisseaux , voyant tout perdu pour les Athéniens, gagna Abarnide, promontoire de Lampsaque , où il dépouilla quelques galères de Lysandre de leurs grandes voiles, et avec huit vaisseaux se retira vers Evagoras, à Ghypre, tandis que le Paralien portait à Athènes la nouvelle de la défaite.
Lysandre emmena les prisonniers , les galères et tout le reste du butin à Lampsaque. Parmi les généraux pris, on comptait Adimante et Philoclès. Ge jour-là même il envoya Théopompe, corsaire milésien, instruire Lacédémone de ce qui venait de se passer : mission que Théopompe remplit en trois jours. Ensuite il assembla les alliés, et les pressa de délibérer sur le sort des prisonniers athéniens. On les accusa des excès qu'ils avaient commis et de ce qu'ils avaient résolu , en pleine assemblée , de commettre : s'ils eussent vaincu, ils coupaient la main droite à tous ceux qui tombaient vifs en leur pouvoir. De plus, après s'être rendus maîtres de deux galères, l'une d'Andros , l'autre de Gorinthe , ils en avaient précipité les captifs à la mer ; et ce crime était l'ouvrage du général athénien Philoclès.
Après beaucoup de charges entendues , la peine de mort fut prononcée contre tous les prisonniers athéniens ,
(1) Vaisseau sacré des Athéniens, employé à peu près exclusivement pour les alîàires de la religion ou de l'Etat, et objet, par cela même, d'uae grande vénération.
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à la réserve d'Adimante, qui seul s'était opposé à l'horrible décret , et que môme quelques-uns accusaient d'avoir livré la flotte. Avant de mettre Philoclès à mort, Lysandre lui demanda de quel supplice était digne l'homme qui avait précipité du haut d'un roc les Athéniens et les Corinthiens, et violé, à Tégard des Grecs, les lois de la sainte équité.
Après avoir réglé les affaires de Lampsaque , il vogua vers Byzance et vers Ghalcédoine, qui lui ouvrirent leurs portes , à condition qu'il ne serait fait aucun mal à la garnison athénienne. Ceux qui avaient livré la première de ces villes à Alcibiade se réfugièrent vers le Pont- Euxin, ensuite à Athènes où ils eurent le droit de bourgeoisie. Lysandre y envoya la garnison et tont ce qu'il rencontra d'Athéniens ailleurs, en leur donnant un passe-poit pour cette ville seulement , persuadé que plus l'afiliience serait grande dans Athènes et au |Pirée, plus tôt ils auraient la famine. Dès qu'il eut nommé le Lacédénionien Sthénélaûs harmoste de Byzance et de Ghalcédoine, il retourna à Lampsaque pour radouber les vaisseaux.
Cependant le Paralien arrive de nuit : la nouvelle désastreuse se publie; des gémissements la portent au Pirée et de ses, longs murs jusque dans la ville ; elle passe de bouche en bouche. Gette nuit, personne ne dormit, ils pleuraient les morts ; surtout ils s'attendaient aux mauvais traitements qu'ils avaient exercés envers Mélos, colonie lacédémonienne emportée d'assaut, envers les Histiens, les Sycioniens, les Toronéens , les Eginètes , et envers beaucoup d'antres Grecs. Le lendemain, assemblée générale : on y arrête qu'on bouchera tous les ports, un seul excepté ; qu'on réparera les brèches, qu'on fera partout bonne garde, qu'enfin on se disposera à soutenir un siège.
Tandis qu'ils s'occupaient des préparatifs nécessaires, Lysandre arriva de l'Hellespontà Lesbosavec deux cents voiles, donna une constitution décem virale aux villes de l'île, entre autres à Mitylène , et dépêcha Etéonice avec dix vaisseaux vers celles de Thrace , qui toutes embrassèrent le parti de Lacédémone : le reste de la Grèce, aussitôt après le combat naval, avait abandonné Athènes; les Samiens seuls s'étaient maintenus dans leur démocratie en égorgeant les nobles.
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Il informa ensuite sa république et Agis qui était k Décélie , qu'il approchait avec une flotte de deux centsvoiles. Aussitôt les Lacédémoniens et les autres Péloponésiens, les Argiens exceptés, se lèvent en masse à Tordre de Pausanias, l'un des rois de Sparte. Dès qu'ils furent tous rassemblés, Pausanias se mit à leur tête, et vint camper près d'Athènes dans le gymnase qu'on appelle Académie.
Lysandre, arrivé à Egine, en remit en possession ses anciens habitants , dont il enrôla le plus posssible. Les Méliens et autres bannis jouirent de la même faveur. Il saccagea ensuite Saiamine, et aborda avec cent cinquante voiles au Pirée , où dès lors aucun navire ne put entrer.
Les Athéniens , assiégés par terre et par mer, ne savaient quel parti prendre : dénués de vaisseaux, d'alliés^, de vivres , ils croyaient tout perdu , s'attendaient aux plus mauvais traitements qu'ils avaient exercés , non pour venger des injures reçues, mais par emportement, contre de petites bourgades dont le seul crime était d'avoir marché sous les étendards lacédémoniens. Ils rendirent donc aux citoyens flétris tous leurs droits, et soutinrent le siège sans parler de capituler , quoique la famine tuât beaucoup de monde dans la ville.
Cependant, quand le blé vint à manquer entièrement, on dépêcha vers Agis ; on voulait l'alliance des Lacédémoniens, en conservant les murs et le Pirée : à ces conditions la paix serait conclue. Il dit aux députés d'aller à Sparte, comme n'ayant pas le pouvoir de traiter. Les députés portent cette réponse aux Athéniens , qui les envoient à Sparte. Arrivés à Sellasie, ville frontière , les éphores entendant les mêmes propositions que celles déjà faites à Agis, leur ordonnent de se retirer, et de revenir après une plus mûre délibération s'ils désiraient la paix. Les députés retournent , exposent le résultat de leur négociation : le découragement s'empare des esprits ; la servitude semblait à tous inévitable : et d'ailleurs , jusqu'au retour de nouveaux députés, combien de citoyens périraient par la famine ! Personne n'osait proposer la démolition des murs, depuis qu'on avait emprisonné Archestrate , pour avoir dit en plein sénat que le meilleur parti était d'accepter la paix aux conditions offertes par les Lacédémoniens. Or, ils proposaient d'abattre dix stades de l'un et de l'autre côté des longues murail-
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les, et un décret interdisait toute délibération à ce sujet.
Telle était la position des affaires , lorsque Théramène dit dans l'asemblée que, si on le députait vers Lysandre , il serait en état de déclarer, à son retour, si Lacédémone veut démanteler Athènes pour l'asservir, ou par mesure de sûreté. On l'envoya; mais son séjour près de Lysandre dura plus de trois mois. 11 attendait que les Athéniens, entièrement dépourvus de subsistances , fussent disposés à un accommodement quelconque. De retour au quatrième mois , il assura ses concitoyens que Lysandre l'avait retenu jusqu'alors , et qu'à la fin il l'envoyait à Lacédémone, la ratification du traité ne dépendant point de lui , mais des éphores. Sur cela , Théramène fut nommé, lui dixième, pour aller à Lacédémone, avec plein pouvoir. Cependant Lysandre envoya aux éphores une députation de Lacédémoniens , ayant avec eux Aristote, exilé d'Athènes. Il avait dit à Théramène que les éphores étaient arbitres de la paix et de la guerre, et il les en prévenait.
Théramène et ses collègues arrivent à Sellasie. On les interroge sur l'objet de leur mission; ils déclarent qu'ils ont plein pouvoir de traiter de la paix. Les éphores ordonnent de les introduire dans l'assemblée ; ils entrent. Des Corinthiens, des Thébains surtout et beaucoup d'autres Grecs, soutinrent qu'il fallait non faire la paix avec les Athéniens, mais les exterminer.
Les Lacédémoniens , au contraire , déclarèrent qu'ils ne détruiraient jamais une ville qui, dans les circonstances les plus critiques , avait si bien mérité de la Grèce. La paix fut donc conclue aux conditions qu'on démolirait les fortifications du Pirée et les longs murs qui joignaient le port à la ville; que les Athéniens livreraient toutes leurs galères, à la réserve de douze; qu'ils rappelleraient leurs exilés , et feraient une ligue offensive et défensive avec les Lacédémoniens, s'engageant à les suivre par terre et par mer.
Les députés retournèrent à Athènes. A leur entrée, une foule innombrable les assiège : on appréhendait qu'il n'y eût rien de conclu ; on ne pouvait plus tenir, la famine exerçait ses ravages. Le lendemain, les députés annoncent à quelles conditions les Lacédémoniens font la paix. Théramène, qui portait !a parole, leur dit qu'il fallait obéir et abattre les murs. Quelques-uns ouvrirent un
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avis contraire; mais la majorité se déclarant pour Théramène , on décida que la paix serait acceptée. Lysandre alla ensuite au Piiée, suivi des bannis; les murs furent démolis au son des flûtes, l'allégresse était générale ; ce jour semblait pour tous les Grecs l'aurore de la liberté.
Xénophon (1). — Helléniques f 1. 2, ch. 1 et 2. Traduction de Gail , revue par M. Triaiion.
LITTÉRATURE ET ARTS. — Poésie : les Acharniens , les Chevaliers , la Paix , Lysistrata , comédies politiques d'Aristophane , s© rapportant à la guerre du Péloponèse.