‹ Lectures d'histoire ancienneChapitre 33 sur 70 · av. J.-C. Hai'OUR d'Alcibiadb · texte numérisé non relu

av. J.-C. Hai'OUR d'Alcibiadb

ils étaient en grand nombre, les ardeurs du soleil d'abord, et un air étouffant, les incommodaient; et ensuite les nuits fraîches d'automne changeaient la constitution du corps et amenaient la faiblesse et les maladies qui en sont la suite.

Contraints de satisfaire , en un lieu resserré , à toutes les nécessités de la vie, et de souffrir près d'eux des morts entassés les uns sur les autres, ils périssaient, les uns de leurs blessures, les autres des variations qu'ils éprouvaient ou d'autres causes semblables. Respirant une insupportable odeur, ils étaient tourmentés tout ensemble par la soif et la faim; car, durant huit mois, on donna à chacun d'eux (par jour) un cotyle d'eau et deux cotyles de blé. De ces maux et d'autres qu'ils devaient souffrir, jetés dans un tel lieu, aucun ne leur fut épargné. Ils furent ainsi resserrés pendant soixante et dix jours. On ne garda ensuite que les Athéniens et ceux de Sicile et d'Italie qui avaient porté les armes avec eux ; le reste fut vendu. On ne saurait dire exactement le nombre des prisonniers ; mais il ne se monte pas à moins de sept mille. Ce fut en effet pour les Hellènes le plus cruel des désastres de cette guerre : ce fut aussi, à mon jugement, de tous les événements qu'aient éprouvés les Hellènes et dont on ait conservé le souvenir, le plus glorieux pour les vainqueurs, le plus funeste pour les vaincus. Ceux-ci, entièrement défaits, n'eurent, à aucun égard, de légers maux à souffrir ; ce fut une destruction complète : armée , vaisseaux , ils perdirent tout; et d'une multitude innombrable, il ne revint chez eux qu'un petit nombre d'hommes,

Thucydide. — Guerre du Féloponès2f 1. 7, ch. 80-87. Trad. de Gail.

§ m.— Troisième partie et fin de la guerre du Péloponèi

Retour d'Alcibiade à Athènes.

Alcibiade ayant appris que non seulement on Tavait condamné, mais que les prêtres avaient lancé l'anathème sur sa tête , se rendit à Lacédémone, et y engagea le roi Agis à déclarer la guerre aux Athéniens, encore affaiblis par les revers éprouvés en Sicile. Les peuples de la Grèce

234 LECTURES d'histoire ANCIENNE. — GRÈCE.

accoururent à l'envi se joindre aux Spartiates, comme pour éteindre l'incendie qui les menaçait tous , tant les Athéniens s'étaient rendus odieux par leurs prétentions et leur orgueil. De son côté, Darius, roi de Perse, se rappelant la vieille haine de son père et de son aïeul contre cette république, fait alliance avec les Spartiates par Tentremise de Tissapherne, satrape de Lydie, et promet de payer tous les frais de la guerre. Mais cette alliance n'était qu'un prétexte ; il craignait que les Spartiates, après avoir vaincu les Athéniens, ne tournassent leurs armes contre lui. Qui s'étonnerait, après cela, qu'une république aussi florissante qu'Athènes ait enfin succombé, lorsque toutes les forces de l'Orient se liguaient contre elle pour l'écraser? Cependant sa résistance fut opiniâtre, et sa chute coûta des flots de sang. Elle combattit jusqu'à la dernière extrémité, vainquit quelquefois, et céda moins à la valeur de ses ennemis qu'aux caprices de la fortune. Dès le commencement de la guerre, tout le monde et ses alliés euxmêmes l'abandonnèrent : faiblesse trop commune aux hommes qui placent leur affection où le sort a placé ses faveurs.

Alcibiade seconde le mouvement dirigé contre sa patrie non pas avec le courage d'un simple soldat, mais avec toute la science d'un grand capitaine. Il accepte le commandement de cinq vaisseaux, et, faisant voile vers l'Asie, il soulève, par l'autorité seule de son nom, toutes les villes tributaires d'Athènes. Elles savaient quelle était sa réputation dans sa patrie, et ne le crurent pas déchu depuis son exil; elles virent en lui moins un général enlevé aux Athéniens que donné aux Spartiates, et trouvèrent que sa nouvelle puissance compensait suffisamment celle qu'il avait perdue. Mais la gloire d' Alcibiade fut plus enviée que reconnue par les Spartiates. Leurs chefs, ses rivaux, lui firent tendre des embûches pour se délivrer de lui. Alcibiade , instruit du complot par la femme du roi Agis, se réfugia chez Tissapherne, satrape de Darius, et le gagna bientôt par la grâce de ses manières et soa application à rechercher son amitié. A l'éclat de la jeunesse , à la beauté du visage , il joignait une éloquence remarquable même chez les Athéniens ; mais il cachait de grands vices sous ces dehors brillants, et il était plus habile à se faire des amis qu'à les conserver. Il persuade à Tissapherne « de ne pas fournir tant d'argent à la flotte

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