GEOGRAPHIE DE LA GRECE
thédon , Larymne , et Aulis , où se réunit la flotte clos Grecs pour aller faire le siège de Troie sous le commaudcment d'Agamemnon ; Marathon, lieu témoin de tant d'exploits héroïques, et si fameux, depuis l'action courageuse de Thésée , par la défaite entière de l'armée des Perses ; Rhamnonte, qui, toute petite qu'elle est, n'en est pas moins célèbre par le temple d'Amphiaraus et par la Némésis de Phidias ; Thorique, et Brauronie qui n'existe plus que de nom ; enfin on arrive au cap Sunium , qui termine la côte orientale de l'Hellade. Cette terre, appartenant à l'Attique , présente son front à la mer, et bientôt le côté ; puis elle retourne vers le sud jusqu'à Mégare. A l'endroit même où elle tourne , est le Pirée, port des Athéniens. Près de là sont les rochers Scironiens aujourd'hui réputés infâmes pour avoir été jadis le redoutable refuge de Sciron.
Péloponèse. — La côte des Mégariens atteint bientôt Visthme de la Traînée^ dont le surnom grec est Diokos (1), et qui, séparant la mer Egée d'avec la mer Ionienne par un petit espace de quatre mille pas , réunit en même temps le Péloponèse à l'Hellade. Sur cet isthme on voit la ville de Genchrée , un temple de Neptune, célèbre par les jeux appelés Isthmiques, et Corinthe , autrefois fameuse par son opulence , plus fameuse depuis par ses désastres , et maintenant colonie romaine. Du sommet de la citadelle, appelée Acrocorinthe, on aperçoit les deux mers.
La côte du Péloponèse est entrecoupée , comme nous Tavons dit, de golfes et de promontoires. A l'Orient s'avancent le Bucéphalos , le Ghersonnésus et le Scyi- Iseon ; au midi, le Malée, le Ténare, l'Acritas et l'Ichthys; au couchant, le Ghélonates et l'Araxos. Entre l'isthme et le promontoire Scyllseon, on trouve les Epidauriens, renommés par leur temple d'Esculape , et les Trézéniens , célèbres par leur dévouement à la confédération athénienne. Les ports de Saronicus, de Schœnitas et de Pogonus, ainsi que les villes d'Epidaure, de Trézène et d'Her-
(1) « Ce nom vient de ôia, à travers, ëXxw, traîner : parce que, ponr éviter de faire le tour du Péloponèse, on traînait les vaisseaux, sur un chemin destiné à cet usage, à travers l'isthme de Corinthe, de l'un à l'autre port, soit de Léchée, soit de Cenchrée » (Huot.). La largeur de l'isthme est d'environ quatre lieues; on en a commencé le percement en 1872.
• LECTURES d'histoire ANCIENNE. — GRÈCE.
mione, se succèdent sur cette côte. Entre le Scyllaeon et lo Malée est le golfe Argolique ; entre le Malée et le Ténare, le golfe Laconique ; entre le Ténare et l'Acritas, le golfe Asinéen ; entre l'Acritas et l'Ichthys, le golfe Cyparissien.
Dans le golfe Argolique se jettent plusieurs fleuves connus, tels que l'Erasinus et l'Inachus ; on y voit la ville de Lerne. Le golfe Laconique reçoit le Gythius et l'Eurotas ; sur le cap Ténare même on remarque un temple de Neptune, et une caverne, semblable, ^iour la forme et pour ce qu'en dit la fable, à l'Achéruse du Pont-Euxin; dans le golfe Asinéen se trouve l'embouchure du Pamissus , et dans le Cyparissien celle de l'Alphée. Ces deux derniers golfes prennent leur nom des deux villes placées sur leurs bords, Gyparisse d'un côté, et Asine de l'autre. Les Messéniens et les Pyliens habitent dans l'intérieur, et Pylos elle-même est située sur le bord de la mer. Gyllène ,^Ennéapolis et Patrse sont rangées sur cette partie des côtes où s'avancent les deux caps de Ghélonates et d'Araxos. La première est remarquable en ce qu'elle passe pour avoir vu naître Mercure.
Au delà de ces rivages, le Rhion, car c'est ainsi qu'on appelle la mer dans cet endroit, s'introduit dnns les terres vo sines par un étroit passage en forme de détroit, entre l'Etolie et le Péloponcse, et de là s'enfonce jusqu'à l'isthme de Gorinthe. Dans cette mer , les rivages commencent vers le nord et se terminent vers le sud. Sur la côte méridionale on voit ^gion , Egire , Oluros , et Sicyone ; sur l'autre, Pagœ, Gréuses, Anticyre, OEantie, Cirrhe, et Galidon , un peu plus connue que les autres villes : enfin le fleuve d'Evenos, au delà du Rhion.
Dans l'Acarnanie on distingue surtout la ville de Leucas et le fleuve Achélotls. Dans l'Epire , rien n'est plus digne d'attention que le golfe Ambracien , soit parce qu'avec une très petite ouverture , qui a moins de mille pas de largeur, il forme néanmoins une vaste mer au sein des terres, soit parce qu'il renferme sur ses bords Actium, Argos , Amphiloque , Ambracie , toutes villes célèbres pour la résidence des Eacides et de Pyrrhus. Plus loin est Buthroton ; puis s'élèvent les monts Gérauniens , au pied desquels commencent les rivages de l'Adriatique.
PoMPONius Mêla (1). — Description de la tem, 1. 2, ch. 3. Traduction de M. Huot, collection Nisard.
(1) Nous n'avons aucun détail orécis sur Poinoonius Mêla. A peine savons-
§ II. — Popalations primitives de la Grèce.
Pélasges et Hellènes. — Orphée,
On sait qu'à différentes époques la Grèce a reçu des colonies égyptiennes et phéniciennes ; mais ce n'est ni de l'Egypte ni de la Phénicie qu'elle a pu recevoir sa première population. Il suffit de se représenter la situation de cette contrée pour reconnaîti-e que c'est du nord que lui sont venus ses premiers habitants : au levant, au couchant et au midi elle est enveloppée des eaux de la mer, et ne tient au continent que par les régions septentrionales ; ce fut par ces régions seules qu'on y put aborder tant que la navigation fut inconnue, ou qu'elle ne consista du moins qu'en de misérables embarcations de sauvages.
Bien des siècles durent s'écouler avant que la population, d'abord peu nombreuse.^ des parties septentrionales de la Grèce , prît assez d'accroissement pour se répandre jusqu'au midi du Péloponèse. Souvent la population ne s'accroît que lentement dans les pays môme civilisés, où fleurissent les arts utiles et agréables, où l'hommiC ne semble naîti'e que pour jouir des douceurs de la vie ; mais ces progrès sont toujours bien lents dans les pays où l'homme, plus ou moins sauvage, ne reçoit le jour que pour lutter contre les rigueurs de la nature. Telle fut la Grèce lorsqu'elle commença d'être habitée ; cependant quand, pour la première fois^ des Egyptiens, des Phéniciens prirent terre dans l'Argolide et dans la Béotie, il est certain qu'ils ne trouvèrent pas ces contrées désertes, et puisqu'elles avaient des habitants, il fallait que depuis bien des siècles les peuplades dont ces habitants tiraient
nous, par son propre témoignage, qu'il naquit à Tigentera, petite ville espagnole que l'on place ordinairement près de la moderne Algésiras. Il parait avoir vécu dans le premier siècle de notre ère, probablement so\is l'empereur Claude. Sa Description de la terre (De siitu orbis) a sauvé son nom de l'oubli; mieux que cela, elle lui a assigné un rang des plus honorables parmi les géographes anciens. On connaît le zèle un peu exagéré des commentateurs appelant Pline l'Ancien le singe de Pomponius Mêla," et qualifiant de livre d'or l'œuvre de ce dernier. Il eût été plus juste de relever ses fautes nombreuses, tout en reconnaissant " que son style toujours harmonieux et fleuri, est souvent remarquable par sa correction, sa concision et sa vivacité, quoiqu'il s'y mêle quelquefois de l'affectation et de l'enflure. » — Voir dans les Lectures géographiques, t. III, la description du Bosphore, de la vallée de Tempe, des thermopyles, du vieux Pnyx et des Propylées à Athènes, des ruines de Sparte, etc.
$ LECTURES d'histoire ANCIENNE. — GRÈCE,
leur origine eussent pénétré dans le nord de la Grèce ; que , par Faccroissement de leur population , elles s'y fussent trouvées dans la suite trop resserrées , et qu'elles eussent été obligées de descendre successivement vers le midi. Les émigrations du nord au sud ont dû être d'autant plus lentes , que la Grèce n'est point un pays de vastes plaines ; des chaînes de montagnes la divisent en des parties différentes que la nature semble avoir voulu rendre étrangères les unes aux autres. Ainsi les peuplades qui sont entrées de la Thrace dans la Macédoine ont dû y rester fort longtemps avant de franchir les montagnes qui les séparaient de la Thessalie ; ce n'a été de même qu'après un temps fort long qu'à travers d'autres gorges de montagnes , elles ont envoyé des colonies dans la Phocide et dans la Béotie. L'ingratitude du terrain à dû éloigner ces colonies de l'Attique jusqu'à ce qu'elles y aient été poussées par la nécessité ; elles ont dû rester longtemps écartées du Péloponèse par l'isthme qui le sépare du reste de la Grèce , et les peuplades qui s'y sont enfin établies n'ont dû elles-mêmes qu'après un fort long intervalle de temps franchir les montagnes qui les séparaient de l'Arcadie et de la Messénie ; cependant toutes ces contrées conservent encore des constructions qu'un savant, M. Petit-Radel, appelle cyclopéennes , dont l'antiquité remonte au delà de toutes les traditions historiques , et qui n'ont pu être l'ouvrage ni des Egyptiens ni des Phéniciens (1).
(1) Voici quelques détails fournis par M. Pouqueville sur les monuments pélasgiques de Mycènes et de Tirynthe :
« Les murailles de Mycènes qui restent encore en grande partie sont d'une construction différente de celles de Tirynthe, en ce que celles de Mycènes sont formées de polygones irréguliers, taillés et ajustés avec art, tandis que les murs de Tirynthe consistent en pierres colossales superposées les unes aux autres, toutes brutes ou à peine dégrossies. Homère vante la force des murs que les tragiques grecs attribuent aux Cyclopes. Mycènes fut prise par la famine , dit Pausanias , les Argiens étant incapables de détruire ses murs en raison de leur force extraordinaire, attendu qu'ils étaient, ainsi que ceux de Tirynthe, l'œuvre des Cyclopes. L'un des monuments les plus remarquables de Mycènes est la trésorerie ou tombeau d'Atrée dont parle Pausanias : a Parmi les ruines de Mycènes, sont les chambres souterraines d'Atrée et de ses fils. C'est dans ces trésoreries que leurs richesses étaient déposées. On voit aussi le sépulcre d'Atrée et de tous ceux qu'Egiste immola avec Agamemnon. L'entrée de cette trésorerie est au bas de la colline sur laquelle s'élevait la ville que domine la citadelle et que défendait une triple enceinte de remparts. Elle a 6 mètres de profondeur et est couverte par deux énormes pierres, dont l'une a près de neuf mètres de long, 4 de large et 2 de hauteur. »
Ceux qui veulent que la première population de la Grèce soit venue par mer du côté du midi se jettent dans de grandes difficultés. En effet, nous pouvons supposer que par terre , et du côté du nord , il est entré à la fois dans la Grèce des peuplades assez nombreuses , et que d'autres peuplades ont suivi les premières à des époques différentes ; mais admettons un instant qu'à des époques où la navigation était dans sa première enfance, il y soit abordé quelques hommes dans de misérables bar-
» De la trésorerie d'Atrée, on aperçoit la grande porte de la citadelle, l'un des monuments les plus importants de l'antiquité, puisque c'est le seul fragment qui existe de la sculpture des temps héroïques. Pausanias en parle ainsi : u Quelques parties des murailles qui entourent Mycènes existent encore, aussi bien que la porte où sont les lions qui, dit-on, sont l'œuvre des Cyclopes par qui furent bâtis les murs de Tirynthe. Ces lions ressemblent à ceux qu'on trouve sur les sculptures de Persépolis. Les monuments de Persépolis offrent aussi des piliers surmontés de boules, ayant beaucoup d'analogie avec le pilier surmonté de quatre boules que l'on voit entre les deux lions. Dans la religion des Perses, ces boules représentaient, dit-on, le soleil ; et il paraît que les Cyclopes venaient de la Syrie. » De la porte des lions on domine la place et le golfe d'Ârgos.
« Les ruines de Tirynthe, qui fut quelque temps la résidence d'Hercule, nous offrent le modèle le plus complet de l'architecture militaire des temps héroïques. Ce sont dénormes pierres superposées les unes aux autres et qui ne sont pas équerrées. Les vides que laisse entre elles l'irrégularité de leurs formes sont remplis avec des pierres de moindre épaisseur. La muraille a souvent 9 mètres d'épaisseur.
» La principale entrée qui conduit aux galeries est près d'une tour de 7 mètres carrés et de 15 mètres de haut. Cette entrée est formée de grands blocs i^e pierre : l'architrave a plus de 4 mètres de haut. Les espèces de portes ou fenêtres en ogive qu'on y remarque donnent lieu de croire que ces corridors qui entourent probablement la forteresse communiquaient avec d'autres constructions qui ont disparu. On pense que c'est là que se retirait la garnison.
» Pausanias dit que les murs de Tirynthe existaient encore de son temps , qu'ils étaient construits de pierres brutes telles, qu'une seule aurait pu être traînée difficilement par un attelage de mulets.
» La rudesse et la sévérité de ces constructions contrastent avec la légèreté de ce peuple et sa propension à rire. Les Tirynthiens s'étaient fait une telle habitude de plaisanter de tout, qu'ils ne pouvaient plus traiter sérieusement les affaires les plus importantes. Fatigués de leur légèreté, les Tirynthiens recoururent à l'oracle de Delphes. Il les assura qu'ils guériraient, s'ils pouvaient sacrifier, sans rire, un taureau à Neptune. Assemblés sur le rivage, ils avaient éloigné les enfants, et comme on voulait en chasser un qui s'était glissé dans la foule : « Hé quoi ! craignez-vous que j'avale votre taureau ? » jcria-t-il. A ces mots les Tirynthiens éclatèrent de rire et se reconnurent incorrigibles. »
Nota, — Voir dans le premier volume des Voyageurs anciens et modernes de M. Charton, ouvrage couronné par l'Académie française, les dessins représentant la porte des lions à Mycènes, l'entrée de la trésorerie d'Atrée, etc., p. 296-299. V. aussi le beau volume àe Mycènes, de M. Schliemann, Hachette et G*.
10 LKCLURES D'iUVrOraE ANCIENNE. — GRÈCE,
ques, et que ces hommes aient été les pères de la popula» tion qu'offre la Grèce, môme dans les temps les plus reculés dont on ait conservé quelque souvenir : l'imagination sera effrayée du nombre de siècles qu'il faut supposer depuis l'arrivée de ces premiers hommes jusqu'au temps où leur postérité a pu peupler la Grèce entière.
On sait qu'en général les pennies ont placé la résidence de leurs dieux sur des montagnes. Si la population de la Grèce avait commencé par le midi, c'aurait été sur quelqu'une des montagnes du Péloponèse, les seules qu'alors les Grecs auraient connues, qu'ils eussent placé le séjour des dieux ; ils l'ont placé au contraire sur le sommet de l'Olympe , la principale montagne qui forme la limite de la Grèce et de la Macédoine. C'est une preuve que dans les temps anciens, à une époque où ils n'avaient aucune idée des parties de la terre dont ils étaient éloignés , ils occupaient des terres voisines de cette montagne ; c'aurait été l'une des dernières qu'auraient aperçue des hommes venus du midi , et comme déjà depuis longtemps ils auraient eu fixé la résidence de leurs dieux, ils ne se seraient pas avisés de les arracher à leur premier séjour pour les transplanter sur une montagne septentrionale.
L'un des noms génériques des Grecs a été celui de Pélasges ; il est vrai que ce nom est resté aux habitants du Péloponèse, mais ce n'est pas eux qui l'ont porté les premiers. Du temps de la guerre de Troie , des Pélasges étaient alliés des Troyens , et ces Pélasges , peu éloignés dllion, occupaient une ville nommée Larisse. Toutes les villes de ce nom avaient eu des Pélasges pour fondateurs.
On peut croire qne les Pélasges voisins d'ilion y étaient descendus de la Thrace ; d'autres branches du même peuple entrèrent dans la Thessalie et s'y arrêtèrent. Le pays qu'ils occupaient, entre l'Olympe etl'Ossa, était arrosé parle Pénée ; il se nommait encore Pélasgiotis du temps de Strabon. Suivant d'anciennes traditions, la Thessalie avait d'abord porté le nom de Pélasgie : il est bien plus naturel de penser que les Pélasges ont pénétré successivement jusqu'aux contrées les plus méridionales de la Grèce, que de croire qu'ils se sont trouvés, on ne sait comment, au midi de la Grèce, d'où ils ont passé au nord. Le Péloponèse se nommait anciennement Apia, ce qui signifie terre éloignée : mais pour aui cette terre était-
elle éloignée, si ce n'était pour les habitants plus septentrionaux de la Grèce ? Si les anciens Grecs avaient eu pour patrie le Péloponèse ou le midi de la Grèce, c'aurait été la partie septentrionale de la Grèce qu'ils auraient appelée terre éloignée , Apia.
Une grande partie des Grecs quitta dans la suite le nom de Pélasges pour prendre celui d'Hellènes. Suivant la mythologie , qui est la seule histoire pour les hautes antiquités , ils durent ce nom à Hellen , qui les poliça , et cet Hellen était flls de Deucalion , qui régnait en Thessalie, et dont le père était Prométhée, roi scythe voisin du Caucase : ainsi cette nouvelle dénomination des Grecs nous rappelle encore au nord.
Les hautes antiquités, de quelque obscurité qu'elles s'enveloppent, nous laissent apercevoir la trace de trois émigrations faites du nord dans la Grèce. Les premiers émigrants furent des sauvages. C'est à cette première émigration qu'il faut rapporter ces temps dont les poètes nous ont conservé le tableau; temps où les peuples n*a valent pas même l'industrie de se construire des asiles contre la pluie, la chaleur et les froids rigoureux, où ils vivaient d'herbes, de feuilles et de racines, et où l'on peut même croire, d'après différents témoignages,qu'ils se mangeaient les uns les autres ; temps où l'on regarda comme un progrès sensible de l'industrie l'invention de se construire des cabanes et de se couvrir de peaux de sangliers. On donne à l'auteur de ces deux arts le titre de roi , et l'on prétend qu'il se nommait Pélasgus. Mais de tels sauvages avaient-ils des rois ? Reconnaissons ici le langage de la mythologie , et croyons que cela veut dire , dans le langage commun, que les Pélasges apprirent enfin à se vêtir et à se mettre à couvert des rigueurs du temps.
La seconde émigration fut faite par des hommes qui avaient acquis un commencement de civilisation, et qui partagèrent leurs lumières naissantes avec ceux des anciens peuples de la Grèce qui voulurent bien les recevoir. Puisqu'ils avaient déjà quelque civilisation , il peut être vrai qu'ils reconnurent un chef, que ce chef se nommait Hellen , et qu'il donna son nom aux peuples qui se mettaient sous sa direction (1).
(1) Voir un peu plus loin, g IV, les détails sur les raigi-ations des Hellènes.
it LECTURES b'HiSfOIRE ANCIENNE. — GRÈCB.
Une autre émigration encore moins ancienne est marquée par le nom d'Orpkée ; c'est à elle qu'on doit rapporter l'institution du culte religieux et celle des mystères ; ces mystères étaient consacrés à la déesse de l'agriculture : ainsi les Grecs ne se contentaient plus du produit de leur chasse et des productions spontanées de la terre et savaient la forcer par le travail à leur accorder la subsistance. Dès lors ils commencèrent à devenir sensibles aux plaisirs intellectuels , et à goûter les charmes de la musique et de la poésie. Orphée, dit-on, fut le premier de leurs poètes. Je suis loin de vouloir déterminer une époque à l'arrivée des peuplades auxquelles je donne pour chefs Hellen et Orphée : cet Orphée, qui donna aux Grecs les premières idées religieuses , et qui paraît même les avoir arrachés à l'anthropophagie , ne peut être celui qui fut le chantre et le devin des Argonautes , une génération avant la guerre de Troie ; c'est pour aider la mémoire que je prête des noms aux chefs des colonies septentrionales qui ont peuplé la Grèce.
Quand elle eut enfin des habitants dans toutes ses parties, il ne faut pas croire que partout ils fissent les mêmes progrès. Les montagnes, dont nous avons vu qu'elle est coupée , la divisaient en peuplades étrangères les unes aux autres , et par conséquent ennemies ; car , dans l'état voisin de la nature , la haine et le mépris séparent les différents peuples : les progrès que fit une partie des Grecs à l'époque qui porte le nom d'Orphée ne purent donc parvenir que lentement au midi de la Grèce.
Il fut un temps où quelque lumière commençait à luire au nord de cette contrée, tandis que le midi était encore dans les ténèbres ; il vint au contraire un temps où les lumières les plus brillantes éclairèrent une partie du midi , et surtout l'Attique , tandis que les Grecs plus septentrionaux, n'ayant pas fait les mêmes progrès, étaient regardés comme des barbares. Les Grecs du midi les méprisèrent trop alors pour reconnaître en eux leurs pères ; ils ne s'avisèrent pas non plus de croire qu'euxmêmes fussent venus de contrées lointaines, dont la mer les séparait : ils prirent le parti de se dire autochtones , c'est-à-dire nés de la terre même sur laquelle ils vivaient.
Cependant ils soutenaient mal cette absurde prétention et trahissaient eux-mêmes, oar leurs anciennes tradi-