‹ Lectures d'histoire ancienneChapitre 62 sur 70 · av. J.-C. l'orient soumis a rome · texte numérisé non relu

av. J.-C. l'orient soumis a rome

Comme les rois de Syrie virent toujours avec une envie extrême la félicité du royaume d'Egypte, ils ne songèrent qu'à le conquérir , ce qui fit que , négligeant l'Orient, ils y perdirent plusieurs provinces, et furent mal obéis dans les autres.

Enfin les rois de Syrie tenaient la haute et la basse Asie , mais l'expérience a fait voir que dans ce cas , lorsque la capitale et les principales forces sont dans les provinces basses de l'Asie , on ne peut pas conserver les hautes ; et que , quand le siège de l'empire est dans les hautes, on s'affaiblit en voulant garder les basses. L'empire des Perses et celui de Syrie ne furent jamais si forts que celui des Parthes , qui n'avaient qu'une partie des provinces des deux premiers. Si Gyrus n'avait pas conquis le royaume de Lydie , si Séleucus était resté à Babylone et avait laissé les provinces maritimes aux successeurs d'Antigone , l'empire des Perses aurait été invincible pour les Grecs , et celui de Séleucus pour les Romains. Il y a de certaines bornes que la nature a données aux Etats pour mortifier l'ambition des hommes. Lorsque les Romains les passèrent, les Parthes les firent presque tous périr ; quand les Parthes osèrent les passer^ ils furent d'abord obligés de revenir; et, de nos jours, les Turcs , qui ont avancé au delà de ces limites , ont été contraints d'y rentrer.

Les rois de Syrie et d'Egypte avaient dans leur pays deux sortes de sujets : les peuples conquérants et les peu-

Î)les conquis. Ces premiers , encore pleins de l'idée de eur origine, étaient très difîicilement gouvernés; ils n'avaient point cet esprit d'indépendance qui nous porte à secouer le joug , mais cette impatience qui nous fait désirer de changer de maître.

Mais la faiblesse principale du royaume de Syrie venait de celle de la cour où régnaient des successeurs de Darius , et non pas d'Alexandre. Le luxe , la vanité , la mollesse , qui en aucun siècle n'ont quitté les cours d'Asie , régnaient surtout dans celle-ci. Le mal passa au peuple et aux soldats , et devint contagieux pour les Romains mêmes, puisque la guewe qu'ils firent contre Antiochus est la vraie époque de leur corruption.

Telle était la situation du royaume de Syrie lorsque Antiochus , qui avait fait de grandes choses, entreprit la guerre contre les Romains : mais il ne se conduisit pas

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même avec la sagesse que l'on emploie dans les affaires ordinaires. Annibal voulait qu'on renouvelât la guerre en Italie , et qu'on gagnât Philippe , ou qu'on le rendît neutre. Antiochus ne fît rien de tout cela : il se montra dans la Grèce avec une petite partie de ses forces ; et comme s'il avait voulu y voir la guerre et non pas la faire, il ne fut occupé que de ses plaisirs. 11 fut battu, et s'enfuit en Asie plus effrayé que A^aincu.

Philippe, dans cette guerre, entraîné par les Romains comme par un torrent, les servit de tout son pouvoir, et devint l'instrument de leurs victoires. Le plaisir de se venger et de ravager l'Etolie , la promesse qu'on lui di« minuerait le tribut, et qu'on lui laisserait quelques villes, des jalousies qu'il eut d'Antiochus, enfin de petits motifs, le déterminèrent; et , n'osant concevoir la pensée de secouer le joug, il ne songea qu'à l'adoucir.

Antiochus jugea si mal des affaires, qu'il s'imagina que les Romains le laisseraient tranquille en Asie. Mais ils l'y suivirent : il fut vaincu encore ; et, dans sa consternation, il consentit au traité le plus infâme qu'un grand prince ait jamais fait.

Après l'abaissement d'Antiochus, il ne restait plus que de petites puissances, si l'on en excepte V Egypte^ qui, par sa situation, sa fécondité, son commerce, le nombre de ses habitants, ses forces de mer et de terre, aurait pu être formidable : mais la cruauté de ses rois , leur lâcheté , leur avarice , leur imbécillité , leurs affreuses voluptés les rendirent si odieux à leurs sujets , qu'ils ne se soutinrent la plupart du temps que par la protection des Romains.

C'était en quelque façon une loi fondamentale de la couronne d'Egypte, que les sœurs succédaient avec les frères ; et afin de maintenir l'unité dans le gouvernement, on mariait le frère avec la sœur. Or, il est difficile de rien imaginer de plus pernicieux dans la politique qu'un pareil ordre de succession : car tous les petits démêlés domestiques devenant des désordres dans l'Etat , celui des deux qui avait le moindre chagrin soulevait d'abord contre l'autre le peuple d'Alexandrie ; populace immense , toujours prête à se joindre au premier de ses rois qui voulait l'agiter. De plus, les royaumes de Gyrène et de Ghypre étant oi'dinairement entre les mains d'au-

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