DANS LEQUEL ON VOIT LA FRËFACE QUI HOKTRE L'UIILITË DES MACHINES
Avant que d'enireprendre la spéculatiuD des inslruments de la Mécanique, il faut remarquer, ea général, les commodités et les
(") On p«ut, i ce propos, rappeler qu'ArisLote avait d^jà dit : « La plupart des particularités offertes par les mouvements des mécaniques s< priété» du levier, o {Cf. Introduction.)
(») Voiras.
profits qae l'on en peut tirer, aiin que les artisans ne croient pas qu'ils puissent servir aux opérations dont ils ne sont pas capables et que l'on puisse lever de grands fardeaux avec peu de force : car la nature ne peut être trompée ni céder à ses droits...
I) faut donc ici considérer quatre choses, à savoir : le fardeau que l'on veut transporter d'un lieu à un autre; la force qui le doit mouvoir; la distance par laquelle se fait le mouvement et le temps dudit mouvement, parce qu'il sert pour en déterminer la vitesse, puisqu'elle est d'autant plus grande que le corps mobile, ou le fardeau, passe par une plus grande distance en même temps : de sorte que si l'on suppose telle résistance, telle force, et telle distance déterminée que l'on voudra, il n'y a nul doute que la force requise conduira le fardeau à la distance donnée, quoique ladite force soit très petite, pourvu que l'on divise le fardeau en tant de parties que la force en puisse mouvoir une {*'), car elle les trausportera toutes les unes après les autres; d'où il s'ensuit que la moindre force du monde peut transporter tel poids que l'on
Mais l'on ne peut dire à la fin du transport que l'on ait remué un grand fardeau avec peu de force, puisqu'elle a toujours été égale à chaque partie du fardeau : de manière que l'on ne gagne rien avec les instruments, d'autant que si l'on applique une petite force à un grand fardeau, il faut beaucoup de temps et que si l'on veut le transporter en peu de temps, il faut une grande force. D'où l'on peut conclure qu'il est impossible qu'une petite force transporte un grand poids dans moins de temps qu'une plus grande force.
Néanmoins, les machines sont utiles pour manœuvrer de grands fardeaux tout d'un coup sans les diviser, parce que l'on a souvent beaucoup de temps et peu de force; c'est pourquoi la longueur du temps récompense le peu de force : mais celui-là se tromperait qui voudrait abréger le temps en n'usant que d'une petite force et montrerait qu'il n'entend pas la nature des machines ni la raison de leurs effets ('^).. .
(") Faut-il voir, dans cette rédaction, un souvenir de l'idée d'Ai force trop petite ne peut pas déplacer un corps trop lourd?
(") Ces considérations se rattaclieat i ce que dous appelons aujourd'hui le principe du travail virtuel. Nous y reviendrons dans le Chapitre III. Nous les avons laissées sutnisLer dans la présente citation pour donner nne idée complète da Traité de Galilée.
30 UVKE I. — ETUDEa DB STATIQUE.
CHAPITBB II.
DIS DSPINlItORS KtCKSSAlRBS POUR LÀ SCIRRCB DBS mScANIQEBS,
Première définition. — La pesanteur d'un corps est l'inclination naturelle qu'il a pour se mouvoir et se porter en bas vers le centre de la terre...
Deuxième définition. — Le moment est l'inclination du même corps, lorsqu'elle n'est pas seulement considérée dans ledit corps, mais conjointemeut avec la situation qu'il a sur le bras d'un levier ou d'une balance, et cette situation fait qu'il contrepèse souvent à raison de sa plus grande distance d'avec le centre de la balance... Cette inclination est composée de la pesanteur absolue du corps et de l'éloignement du centre de la balance. Noos appellerons donc toujours cette inclination composée moment, qui répond au foirif] des Grecs ("}.
Troisième définition. — Le centre de pesanteur de chaque corps est le point autour duquel toutes les parties dudil corps sont également balancées ou équipondérautes : de sorte que, si l'on imagine que le corps soit soutenu ou suspendu par ledit point, les parties qui sont à main droite contrepèsent à celles de la gauche, celles de derrière à celles de devant, et celles d'en haut à celles d'en bas, et se tiendront tellement en équilibre que le corps ne s'inclinera ni d'un côté ni d'un autre, quelque situation qu'on lui puisse donner, et qu'il demeurera toujours en cet état ('*). Or, le centre de pesanteur est le point du corps (juî s'unirait au centre des choses pesantes, c'est-à-dire au centre de la terre, s'il y pouvait descendre.