‹ Lectures et exercices cours élémentaireChapitre 22 sur 89 · FIG. 13. —PHILIPPE-AUGUSTE · texte numérisé non relu

FIG. 13. —PHILIPPE-AUGUSTE

20 roi de France, alla à sa rencontre et lui fit dire qu'il allait l'attaquer. Jean répondit :

' Si tu viens, tu nous trouveras prêts à combattre, et plus vite tu viendras, plus vite tu te repentiras d'être venu.'

Ces paroles n'empêchèrent pas Jean de laisser ses 25 bagages, ses machines de guerre, tout enfin aux mains des Français, et de battre en retraite au plus vite vers le sud. Il n'en eut pas moins le courage d'expédier en Angleterre une lettre ainsi conçue :

' Le roi aux comtes, barons, chevaliers et à tous 3° ses fidèles, salut. Sachez que nous sommes sains et saufs, et que, par la grâce de Dieu, tout est, pour nous, prospérité et joie '; et puis il demanda des secours.

L'importance de cette retraite de Jean était très 35 grande. Philippe ne pouvait plus être pris sur ses derrières. Il n'avait plus qu'à s'occuper des ennemis qui venaient du nord. La rencontre eut lieu près de Bouvines (27 juillet, 1214). Les Allemands furent mis en déroute. L'empereur Otton faillit être pris. 40 ' Il est poursuivi par Guillaume des Barres qui le saisit entre le casque et le cou. Ses campagnons ne le sauvent qu'en tuant le cheval de Guillaume. Dès lors, Otton trouva prudent de ne plus reparaître sur le champ de bataille. Il s'enfuit, abandonnant son 45 aigle et son char impérial.' ^

Cependant, les Anglais et les Brabançons tenaient encore. ' A cette vue,' nous dit le chroniqueur,^ ' l'évêque de Beauvais s'afflige.' Etant évêque, il lui était défendu de verser le sang. En place d'épée, 50 il portait donc une masse d'armes pour assommer ses ennemis au lieu de les pourfendre. Suivi de ses chevaliers, l'évêque fond sur les Anglais, brise d'un seul coup le casque du comte de Salisbury, et lui fait mesurer la terre de toute la longueur de son long 55 corps. Les Anglais prennent la fuite. La bataille

2b LECTURES ET EXERCICES: COURS ELEMENTAIRE

est gagnée. Seuls les Brabançons continuent à se battre ; mais ils sont tués jusqu'au dernier.

' Qui pourrait dire, au retour du roi, les joyeux

60 applaudissements, les hymnes de triomphe, les innombrables danses du peuple, les chants des clercs, les sons harmonieux des instruments dans les églises, les rues, les maisons, les chemins tendus de tapisseries de soie, couverts de fleurs, d'herbes et de

65 branches vertes, tous les habitants de toutes classes, et de tout âge, accourant voir un si grand triomphe ?'^

' Ce mouvement d'enthousiasme populaire,' dit l'historien M. Luchaire, ' le premier qui se soit

70 clairement manifesté à l'occasion d'une victoire royale, révèle l'immense progrès de la monarchie, . . . Ce sentiment unanime des Français de la terre capétienne^ prouve qu'une nation est née. La bataille de Bouvines est le

75 national de notre histoire.'^

Quant à Jean sans Terre,

il paya à Philippe une grande

somme d'argent, et lui céda

quelques-unes de ses pro-

80 vinces. De retour chez lui, il se trouva aux prises avec les barons anglais, qui le forcèrent, le 12 juin, 1215, à signer la Grande Charte.

85 La victoire de Bouvines

(1214) marqua dans l'histoire fig. 14.

de France une des étapes vers

la monarchie absolue, comme, dans l'histoire d'Angle-

premier événement

^iiâr

-MASSE d'armes, ETC.

terre, la Grande Charte (12 15) marque le premier grand pas vers la liberté. 90

1 Pour la période précédente voir 'Deuxième Année de Français.'

■■^ Guillaume le Breton. Il était présent à la bataille.

^ Guillaume le Breton.

■* Provinces du nord où l'autorité du roi s'étendait. Philippe était le descendant de Hugues Capet, et appartemait ainsi à la dynastie capétienne.

5 Lavisse, ' Histoire de France.

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