CXXV.—LES MALADRESSES D'ANATOLE
Anatole était maladroit. Il le savait, mais il n’en devenäit pas plus précautionneux.
Un soir, voulant enlever le verre de la lampe sans se brûler les doigts, il se servit d’un chiffon trempé dans l’eau froide; au contact, le verre se fendit.
Une autre fois, c'était en hiver, il vit les vitres couvertes de givre ou de vapeur d'eau congelée. ‘Je vais, dit-il, les laver à l’eau chaude pour les rendre bien nettes.” Il n'eut pas plus tôt commencé, que la vitre se cassa. Il comprit, mais un peu tard, que le brusque contact du chaud ou du froid produit sur le verre une dilatation ou une contraction soudaine qui le fait fendre.
Un soir d'hiver, il eut la pensée de se procurer de la glace, et exposa dehors un pot à l’eau rempli aux trois quarts. Le lendemain, toute l’eau était gelée; mais aussi le vase était rompu, car l’eau, en passant à l'état de glace, augmente de volume, et exerce sur les parois des vases qui la renferment une pression irrésistible.
Un jour qu'on l'avait envoyé tirer du vin, il remplit la bouteille jusqu'à l’orifice; il mit ensuite le bouchon et frappa pour l’enfoncer; or, comme les liquides ne sont que très peu compressibles, le coup se transmit aux parois et sur le fond de la bouteille, et la cassn: il ne lui resta en main que le goulot,
Il avait reçu de son parrain un cerf volant qui montait
LA LUMIBRE.
fort haut. Il l’admira d’abord, puis il se dit : ‘ Pourquo: cette longue et pesante queue ; il s’élèverait bien davantage si Je l'en débarrassais.” Il l’ôta : mais le cerf volant, n'étant plus maintenu par ce lest nécessaire, ne s'éleva qu'à quelques verges, tournoya et s’abattit sur un buisson,
Anatole ne savait pas nager, et quand il prenait un bain de rivière, il restait près du bord. Une fois cependant il voulut s'avancer. “J'irai, dit-il, jusqu’à ce que l’eau m'effleure la bouche, puis je reviendrai.” Il avance en effet, mais sans réfléchir que son corps nèse de moins en moins à mesure qu'il déplace plus d'eau. Bientôt il ne touche le fond que du bout des pieds ; il veut alors retourner sur ses pas, mais il perd l'équilibre, et il se fût noyé si l’on n'était venu à son secours.
Il apprit, par sa propre expérience, que c’est imprudent, à qui ne sait pas nager, d'avancer dans l’eau jusqu’au point où olle atteint les épaules.