CXLVI.—L'IMAGINATION
Nous avons la faculté de nous représenter ce que nous avons vu, de nous faire une image dans l'esprit. Je puis, par exemple, en ce moment même, me figurer la maison paternelle, et y voir en esprit, mon père, ma mère, et les autres membres de la famille. Je puis aussi me représenter des êtres fictifs ou imaginaires, par exemple un cheval qui aurait des ailes.
Cette faculté à été appelée rmAGINATION. Elle est tantôt représentative comme dans le premier exemple, et tantôt créatrice comme dans le second. Par elle, les objets absents deviennent présents à notre pensée, et les images que nous nous en formons se combinent et peuvent produire les figures les plus bizarres,
L'imagination peut beaucoup pour le bonheur ou le malheur : elle nous retrace les joies et les peines du passé ; elle nous peint l'avenir, parfois sous des couleurs riantes et parfois sous des couleurs sombres.
Laissée à elle-même, elle produit toutes sortes de distractions, ce qui la faisait appeler par sainte Thérèse “la folle du logis.” Elle exerce sur le cœur une influence souvent funeste. Ainsi, par elle, l'ambitieux se représente comblé d’honneurs, l'avare se figure riche comme Crésus, et le gourmand assis à de somptueux festins ; par suite, cette faculté accroît en eux la passion mauvaise, que la raison leur prescrit de combattre,
Il importe donc de bien diriger l'imagination, qui, selon l'usage qu'on en fait, est utile ou pernicieuse,