XXIIL.— LES MEMBRES ET L'ESTOMAC
Un différend s'étant élevé à Rome entre les patriciens et les plébéiens, les soldats quittèrent la ville et allèrent Camper à quelque distance, sur une colline appelée le mont Sacré. Ils ne voulaient plus, disaient-ils, travailler et combattre pour la classe privilégiée des nobles et des riches.
Le sénat effrayé leur députa, avec d'autres personnages consulaires, Ménénius Agrippa, qui était fort populaire et d'une éloquence habile et insinuante, et qui, pour toute harangue, leur raconta l’apologue suivant :
“Un jour, il y eut une conspiration générale des membres contre l'estomac. Indignés de ce que tous leurs soins et leurministère n'étaient que pour lui seul, tandis que, spectateur tranquille de leurs travaux, il se bornait à jouir des plaisirs qu'ils lui procuraient, ils décidèrent que la main ne porterait plus les aliments à la bouche, que la bouche cessorait de les recevoir, et les dents de les broyer. Le résultat que se proposait cet emportement aveugle était de dompter l'estomac par la faim ; mais les membres euxmêmes et le corps entier, tombèrent dans une langueur extrême. Ils s’aperçurent alors que l'estomac n'était pas aussi oisif qu'il le paraissait, et que, s'il était nourri, il nourrissait à son tour, en reportant à toutes les parties du corps le sang, qui en fait la force et la vie.”
Les rebelles se firent à eux-mêmes | application de cette fable, et comprirent qu'en s'obstinant dans leur révolte, ils
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