XXVI.—TRAIT DE PIETE FILIALE
Un élève nouvellement reçu à l'école militaire créée par Louis XV ne prenait pour nourriture que de la soupe, du pain et de l’eau. Le directeur de l'établissement l'en reprit ; mais l'élève continua, sans dire pourquoi il agissait ainsi.
M. Duverney, trésorier du roi, instruit de sa conduite, le fit venir. ‘ Pourquoi, lui demanda-t-il, ne vous conformez-vous pas aux usages de l’école pour la nourriture ? ”
Le jeune homme ne répond rien, mais ses yeux s’humectent de larmes.
‘ Est-ce que les liments qu'on vous sert ne sont pas bien préparés ?
—Oh ! Monsieur, je n’en ai jamais eu la pensée.
— Alors c'est donc par singularité et caprice que vous n'en voulez pas ? Je le regrette pour vous, car nous ne pourrons point vous garder dans l'établissement.
— Puisque vous l’exigez, Monsieur, je vais tout vous dire: Dans la maison de mon père, nous ne mangeons que du pain noir et en petite quantité ; nous n’avons pour l'ordinaire que de l'eau pour boisson. Ici, j'ai de la bonne soupe, donc je puis me rassasier ; le pain y est blanc, bon et à discrétion : je trouve que je fais grande chère. Je ne puis me résoudre à manger autre chose, par l'impression que me fait le souvenir de mon père, de ma mère et de mes sœurs, qui sont dans le besoin. ”
… re sens
52 PATISSRRIE.
M. Duverney ne pouvait retenir ses larmes en entendant cette explication. “ Est-ce que monsieur votre père, qui a été officier, n’a pas obtenu une pension de retraite ?
or
—Non, Monsieur : il l’a sollicitée !
mais ses démarches n'ont pas eu de succès,
—Eh bien! mon char enfant, soyez tranquille, et
mettez-vous à l'ordinaire de l'école. Je me charge de faire obtenir à votre père sa pension de retraite. En attendant, recevez, pour vos menus plaisirs, ces trois louis, que je vous présente de la part du roi. Dès demain j'enverrai à votre père les six premiers mois de sa pension.
—Mais, Monsieur, comment pourrez-vou
s les lui faire parvenir ?
—Ne vous en inquiétez
pas, mon cher ami: nous en trouverons le moyen.
—ÂAlors, Monsieur, permettez-moi de vous prier d'y joindre les trois louis que vous venez de me donner. Ils me seraient inutiles ici, où J'ai tout en abond qu'ils feront grand bien à mon fanta,”
ance, tandis père pour ses autres en-