‹ Lectures instructives et amusantes a l'usage des écoles techniques d'Italie et des maisons d'éducation des deux sexesChapitre 89 sur 94 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Dieu soit loué, nous aurons des poules!

Un jour, le vieux Kuno revint (torno) d'un de ses petits voyages portant un panier sur les épaules: il contenait un coq (gallo) et quelques poules. Quand les enfans de la vallée virent le vieillard , ils se rassemblèrent autour de (a) lui, parce qu'il leur rapportait ordinairement quelques friandises (ghiottonerie) ou un joujou (baloceo): à l'un un petit pain blanc, à l'autre des figues

sèches, à celui-ci un sifflet (fischio) , à celui-là une clochette (campanello) pour sa chèvre. Cette fois, les enfans étaient bien curieux de savoir ce que renfermait (racchiur deva) cette grande cage recouverte d'un drap épais (panno folto) qui ne laissait rien voir. Ils accompagnèrent le vieillard jusqu'à la porte de la dame, qui vint au-devant de lui (ad incontrarlo) avec de grandes démonstrations de joie. "Dieu soit loué! s'écria la jeune demoiselle (signorina), nous aurons enûn des poules!"

Kuno déposa sa cage à terre, ouvrit une petite portière (sportellino), et il en sortit aussitôt un coq majestueux. Les enfans surpris reculèrent (indietreggiarono) de quelques pas. "Quel singulier oiseau! s'écrièrent-ils (ils ne savaient pas encore son nom) ; nous n'avons jamais vu de plus bel oiseau ; quelle belle couronne rouge il a sur la tête! cfuel éclatant plumage! Et la queue: on dirait une faucille (falcina) ! * Les poules ne leur firent pas moins de plaisir; il y en avait deux noires, à crête rouge, deux blanches, à huppe (pennacchio) , et deux d'un brun rougeâtre (rossastro), sans queue. La dame leur jeta une poignée {mandata) de grain, aussitôt toutes accoururent pour le becqueter. Rangés en cercle autour d'elles , les enfans prenaient plaisir (dilettavansi) à les voir s'agacer (bezzicarsi) , se poursuivre, se disputer (litigarsi per) les grains qu'on leur avait jetés. L'avoine mangée, le coq déploya tout d'un coup ses ailes brillantes, et se mit à chanter : rire général parmi toute la bande joyeuse , qui revint au logis (a casa) en répétant, tout le long du chemin: Kikiriki, kikiriki.

Arrivés à la maison , les enfans ne se lassaient (si stancavano) point de raconter les merveilles des oiseaux qu'ils venaient de (testé avevano) voir chez la dame étrangère.

"Ils sont plus grands que nos ramiers (colombacci) , disaient-ils; plus beaux que tous les oiseaux de la forêt.

— Ah! si vous voyiez, ajouta la petite Marie, la sœur cadette (minore) de Marthe, si vous voyiez le joli petit bonnet (grazioso berrettino) rouge que l'un d'eux porte (tiene) sur la tête ; je n'ai jamais rien vu de semblable." .

Les parents ne furent pas moins curieux que les enfans, et comme (al par di) eux, ils furent saisis (presi) d'étonnement et d'admiration à la vue de ces oiseaux singuliers.

Quelque temps après, la poule couva. La dame chargea Marthe du soin (delV incombenza) de la nourrir. Un jour, elle fit voir le nid aux enfans, et ils furent tout surpris du grand nombre d'œufs qui s'y trouvaient. " Quinze œufs ! s'écrièrent-ils ; les ramiers n'en pondent (fanno) que deux, d'autres oiseaux cinq seulement. Comment la poule pourra-t-elle nourrir tous ses petits! "

Quand la couvée fut à terme, la dame voulut ménager (preparare) aux enfans une nouvelle surprise: elle les fit appeler, et comme c'était un jour de fête, les parents accompagnèrent leurs enfans. La dame leur montra un œuf entr'ouvert (semi-aperto) . Quelle joie ce fut pour eux d'y voir un jeune poussin (pulcino) faire des efforts pour briser (rompere) sa prison transparente. Mais leur admiration fut au comble quand ils virent ces petits oiseaux à peine éclos (nati) , couverts d'un léger duvet (lanugine), tourner (girare) de côté et d'autre leurs jolis petits yeux noirs, puis s'échapper légèrement, tandis que les autres oiseaux naissent aveugles (ciechi) , infirmes et nus. " C'est inoui (inaudito) ! s'écrièrent les enfans; ces oiseaux n'ont pas leurs pareils au monde."

La joie fut au comble quand la belle poule à crête

de pourpre s'avança pour la première fois sur la bruyère entourée de sa blonde petite famille.

*On ne peut rien voir de plus beau, dit un charbonnier.

— Écoutez un peu, dit la charbonnière, comme la mère appelle ses jeunes poussins! comme les petits comprennent la voix de leur mère! comme ils la suivent, comme ils lui obéissent ! Si les enfants étaient toujours aussi dociles à la voix de leurs parents !..."

Un petit garçon (bambino) s'avisa (immaginà) de prendre un poulet (galletto) pour l'examiner de plus près: aussitôt le poussin jette (manda) un cri d'alarme; à ce cri la poule accourt, fond, les ailes déployées, sur le petit téméraire, et lui eût crevé (cavato) les yeux, s'il n'eût de suite lâché prise. Le père gronda (grido) son fils, et la mère lui dit:" Vois avec quelle fidélité celle' bonne mère veille sur ses enfans ; avec quel courage elle les défend: c'est une bien bonne leçon pour nous!"

La poule découvrait-elle un bon morceau {pezzo) , elle jetait un cri, et la petite bande s'attroupait autour d'elle. On la voyait hacher (spezzare), en quelque sorte, avec son bec le morceau qu'elle avait découvert, pour l'abandonner à ses jeunes nourrissons (allievi), qui, quoique faibles encore, le saisissaient tour-à-tour et le becquetaient avec avidité. Tout le monde s'étonnait de voir manger et courir des petits qui n'étaient âgés que d'un jour.

Le soleil s'était caché (nascosto) sous les nuages: toute la couvée se réfugia sous l'aile de la mère pour se réchauffer. Rien n'était plus gentil (grazioso) que de voir ça et là une petite tête soulever l'aile de la mère, puis sortir, puis rentrer aussitôt pour se garantir de la fraîcheur de la nuit.

Le meunier qui, avec ses habits blancs et enfarinés, faisait un singulier contraste au milieu de (a) ces charbonniers si noirs et si sales (sudici), se distinguait surtout par son bon sens (senno) et par une grande sagacité.

"Comme il est heureux pour ces petits oiseaux, disait-il, de pouvoir manger et courir dès leur naissance. Si leur mère devait leur donner la becquée, comme le fait l'hirondelle, elle n'en finirait jamais. Si au lieu de La suivre, ils allaient tout de suite se disperser, la poule ne pourrait jamais les réunir, et il s'en perdrait la moitié. Cependant je voudrais bien savoir où elle puise [attinge) le courage avec lequel elle défend ses petits? car la dame dit souvent: timide comme une poule. Il paraît que dès qu'elles deviennent mères, elles sont tout-à-fait changées; elles acquièrent des forces nouvelles; elles approchent les hommes sans crainte (tema) et se mesureraient au besoin avec eux. Je me suis souvent amusé à les voir se disputer la possession d'un grain [chicco) de millet; et puis, une fois devenues mères, elles cessent d'être gourmandes (ghiolte) , vont chercher de la nourriture pour leurs petits, les appellent, et ne touchent à rien qu'ils ne soient rassasiés. Les bonnes bêtes, je crois, se laisseraient mourir de faim plutôt que de priver un de leurs petits de sa nourriture. Cette tendre sollicitude avec laquelle la poule guide sa petite famille, cherche des grains pour elle, la protège et la réchauffe, c'est Dieu qui la lui a inspirée. Puisque Dieu est si bon envers ces petits animaux, devons-nous jamais désespérer? N'a-t-il pas encore plus de soin {cura) de nous? Courage donc, mes amis. Dieu fait bien tout ce qu'il fait : il prend soin de toutes ses créatures; mais surtout de l'homme, qui est bien plus cher à ses yeux que (di) toutes les poules et tous les oiseaux du monde."

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