‹ Lectures instructives et amusantes a l'usage des écoles techniques d'Italie et des maisons d'éducation des deux sexesChapitre 88 sur 94 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Bon Dieu! vous ne savez pas encore ce que c'est que des poules (galline) ?

Dans une petite vallée entourée (circondata) de montagnes et de forêts, vivaient, il y a plusieurs siècles, de pauvres charbonniers. Les cabanes de ces braves gens étaient éparses ça et là sur le penchant des collines. Des cerisiers, des pruniers (susini) autour de chaque habitation, un petit champ de blé, un peu de chanvre [campa) et de lin, une vache et quelques chèvres, formaient tout leur avoir. Ces charbonniers travaillaient pour une forge (ferriera) voisine, mais ils gagnaient fort peu de chose; toutefois ils vivaient heureux, parce qu'ils savaient se contenter de ce modeste gain. Au sein d'une vie dure, sobre et laborieuse, ils jouissaient (godevano) d'une santé parfaite, et l'on rencontrait dans ces humbles cabanes ce que l'on chercherait en vain (indarno) dans les palais , des hommes âgés [delV età) de plus de cent ans, parfaitement sains d'esprit et de corps.

Un jour, l'avoine commençait à jaunir, et la chaleur était excessive dans la vallée : la jeune fille d'un charbonnier, qui gardait (badava aile) les chèvres , accourut toute essoufflée (amiante) chez ses parents , et leur dit qu'il était arrivé dans la vallée des gens qui avaient une tournure (disinvoltara) et un langage tout particuliers: c'était une dame de distinction avec ses deux enfants et un vieillard qui , quoique bien vêtu , ne semblait être que

leur domestique. *Ces bonnes gens, ajouta la jeune fille, meurent de faim et sont très fatigués : je les ai rencontrés en courant après (dietro) une de nos chèvres , et je leur ai montré le chemin de la vallée. Portons-leur bien vite (subito) quelque chose à manger." Les parents prirent aussitôt du pain d'orge, du lait, du fromage, et suivirent leur enfant.

Les étrangers (forestieri) s'étaient mis à l'ombre d'un rocher (scoglio) buissonneux (cespuglioso) . La dame était assise sur un quartier de roche (masso) couvert de mousse (borraccina) : un voile de fine gaze couvrait son visage; une petite fille (bambina), belle comme le jour, reposait sur ses genoux. Le vieux serviteur était occupé à décharger un mulet, leur compagnon de voyage; tandis que le secondenfant , charmant petit garçon (ragazzetto) de six ans, présentait à la bête de somme (somaro) des herbes qu'elle mangeait avec avidité.

Le charbonnier et sa femme s'approchèrent de (si avvicinarono alla) l'étrangère avec beaucoup de respect, car la noblesse de son extérieur leur fit voir de suite qu'elle était d'une naissance distinguée. Ils lui offrirent du lait, du fromage et du pain. La dame releva son voile, et ils purent admirer l'éclat (splendore) de son beau visage, la douceur de ses traits. Après avoir remercié ces bons charbonniers, elle prit l'écuelle (scodella) remplie de lait, et la présenta à l'enfant qu'elle tenait sur ses genoux. Des larmes d'attendrissement coulèrent (scorsero) de ses yeux et mouillèrent (bagnarono) ses joues (gote) vermeilles , quand elle le vit saisir (afferrare) le vase de ses deux mains , le tenir ferme (sodo) et boire avidement. Le petit garçon s'approcha aussi, et sa tendre mère lui donna à boire à son tour (volta). Puis elle partagea le pain, et ce ne fut qu'après avoir rassasié ses

enfants qu'elle songea [pensé) à elle-même. Quant au vieux serviteur, il se régala d'un bon morceau (pezzo) de fromage. Pendant ce petit repas (pasto), tous les habitans de la vallée étaient accourus et avaient formé cercle autour de l'intéressante petite famille.

Après le repas, le vieux domestique supplia ces bonnes gens de donner à la dame l'hospitalité pour quelques semaines. "Elle ne vous sera point à charge, ajouta-t-il, et elle paiera ce bienfait avec générosité." Les habitans tinrent conseil, et avisèrent aux moyens de donner l'hospitalité à la noble étrangère.

Un petit torrent qui tombait du haut des montagnes, coulait (scorreva) ensuite rapidement à travers la vallée, et à quelque distance faisait tourner (girare) un moulin suspendu sur le bord d'un rocher (masso). Le meunier avait construit (fabbricato) sur la rive opposée une jolie petite chaumière, toute de bois; elle était ombragée de cerisiers et entourée d'un petit jardin, ce qui présentait un coup-d'œil charmant (incantevole). Le meunier offrit cette demeure à l'inconnue. "La maison que vous voyez d'ici, lui dit-il, je vous l'abandonne de bien bon cœur : elle est toute neuve , et n'a pas encore été habitée; je l'ai fait bâtir (fabbricare) pour l'occuper moi-même, quand je céderai le moulin à mon fils. La providence vous a conduite ici bien à propos!"

La bonne dame accepta cette offre avec reconnaissance, et se rendit de suite à sa nouvelle habitation, portant sa petite fille (bambina) dans ses bras. Le vieillard tenait le petit garçon par la main, et le complaisant meunier conduisait le mulet par la bride. La dame trouva la chaumière très-jolie; le meunier avait eu soin (pensato) de la pourvoir de tables, de chaises, de bois de lit, en un mot, de tout ce qui est nécessaire au ménage [per una casa).

La dame s'arrangea (si accomodà) aussitôt pour passer la première nuit dans sa nouvelle habitation. Mais avant de se livrer (abbandonarsi) au sommeil, elle rendit grâces au Ciel, qui, après tant de peines et d'alarmes (angoscie), lui avait enfin procuré un asile aussi convenable.

"Qui l'eût cru, disait-elle en soupirant, qu'élevée dans un palais, je m'estimerais un jour heureuse d'être recueillie dans une pauvre cabane? Ah! combien les grands ont besoin de se montrer bienveillans envers leurs inférieurs! Si un sentiment d'humanité ne les y porte pas, la prudence du moins devrait les y engager (indurre); car qui peut savoir ce que le sort leur réserve?"

Le lendemain matin, la bonne dame sortit avec ses enfans pour visiter cette contrée hospitalière. Bientôt un charmant spectacle s'offrit à sa vue. Les cabanes éparses des charbonniers formaient des groupes agréables (ameni) , qui semblaient comme semés au hasard (caso) dans la vallée ; au milieu d'elles serpentait un petit ruisseau dont l'onde était aussi pure que le cristal; les rochers, couverts de verdure et de buissons (cespugli) que les chèvres broutaient (brucavano) , étaient éclairés par les rayons d'un soleil naissant, et présentaient à l'oeil un tableau que le pinceau (pennello) le plus habile n'aurait su égaler.

A la vue de la belle inconnue, le vieux meunier sortit de son moulin, franchit l'étroite planche (passo la palancola) jetée sur le ruisseau, et s'avança vers son hôte. "Eh bien, lui cria-t-il de loin, y a-t-il dans toute la vallée un endroit (posto) plus agréable? C'est ici que l'on jouit des premiers rayons du jour: ces chaumières là-bas sont encore dans l'obscurité, qu'ici le soleil éclaire (illumina) déjà la campagne ; et les brouillards (nebbie) laissent à peine apercevoir les cheminées

des cabanes , qu'ici l'on jouit déjà d'un ciel pur et serein. "

Les enfans de la dame s'amusaient à leur manière. Ils étaient tout (ianto) étonnés de voir une roue (ruota) de moulin qui tournait (girava) sans cesse (posa) sans changer de place ; ils écoutaient avec une égale surprise le tic-tac du moulin et le murmure de l'eau qui bouillonnait (spumava) sous la roue. Ce qui charmait (rallegrava) le plus la petite fille, c'était cette quantité innombrable de gouttes d'eau que la roue lançait en l'air , et que les rayons du soleil faisaient ressembler à autant de perles de toutes couleurs.

La dame passa la journée à ordonner son petit ménage (mettere in ordine masserizie) aussi bien qu'elle put. Les bonnes gens s'empressèrent (affrettô) de la pourvoir de vivres, de bois (legna), de vaisselle, de tout ce qui lui manquait encore. La jeune charbonnière qui lui avait montré (insegnato) le chemin de la vallée, et qui s'appelait Marthe, entra à son service.

La dame se mit en devoir de (préparé a) faire un peu de cuisine. Mais avant tout elle dit à Marthe : "Il me faut (mi ci vuolé) des œufs; tiens, voici (ecco) de l'argent , va m'en chercher.

— Des œufs! demanda Marthe étonnée, et pourquoi faire?

— Pour les fricasser, reprit la dame. Va vite, et dépêche-toi (spicciati) de revenir.

— Pour les fricasser? mais les oiseaux n'en ont plus, et puis ce serait bien dommage (peccato) ; il faudrait quelques centaines d'œufs de chardonneret (calderino) ou de pinson (fringuello) pour rassasier quatre personnes.

— Que me dis-tu là? qui te parle d'œufs d'oiseaux? Ce sont des œufs de poule (gallina) que je demande. "

A ces mots la petite secoua (scosse) la tête, en disant:

"Je ne connais pas cet oiseau-là ; je ne l'ai jamais vu.

— Quoi! s'écria la dame, vous ne savez pas encore ce que c'est que des poules?"

Mes jeunes lecteurs seront peut-être étonnés de l'ignorance de la petite charbonnière : cependant ils cesseront de l'être, quand ils sauront que les poules nous viennent de l'Orient, et qu'à l'époque où se passa (accadde) l'histoire que je raconte elles étaient aussi rares dans certaines contrées, que le paon l'est encore aujourd'hui dans plus d'un pays.

Comme on ne pouvait pas avoir de viande (carne) , la dame se trouva bien embarrassée dans son ménage (casa). "Je n'aurais jamais cru, disait-elle quelquefois, qu'un œuf fût un don si précieux de la bonté divine ! Ah! ce n'est pas la première leçon que je dois au malheur (disgrazia). Le besoin, l'adversité, ont du moins cela de bon, qu'ils nous apprennent tout ce que nous devons de reconnaissance à Dieu , et nous font connaître le prix de plusieurs de ses bienfaits que nous ne savons pas apprécier dans la prospérité. " .

La bonne dame vivait bien à l'étroit [aile strette) : elle était obligée de s'imposer beaucoup de privations. Ce n'est pas qu'on ne s'empressât dans la vallée de prévenir ses désirs , et d'adoucir (mitigare) autant qu'on le pouvait la rigueur de son sort. Le meunier venait-il de prendre une belle truite ou quelques grives (lodole) , il courait les offrir à sa noble hôtesse. Le vieux domestique surtout lui rendait de bien grands services. Il s'absentait de temps en temps pour faire des courses (gîte) lointaines, et rapportait toutes sortes de choses nécessaires à l'entretien (manlenimento) du ménage.

Les habitans de la vallée remarquaient cependant que toutes les fois que le vieux Kuno (c'était le nom du domestique) revenait de ses excursions , la dame paraissait plus triste et plus abattue (sconfortata). Ils auraient bien voulu savoir qui elle était , mais ils n'avaient pas le . courage de le lui demander; et quand ils s'adressaient à Kuno, celui-ci leur débitait des noms si bizarres, si extraordinaires, si difficiles à répéter et surtout à retenir, qu'ils finirent par comprendre que le joyeux- vieillard ne faisait que s'amuser (divertirsi) de leur curiosité.

Un jour ayant tiré (preso) le petit garçon à l'écart [in disparte) f "Dis-nous donc, lui demandèrent-ils, comment s'appelle ta mère: dis-nous cela à l'oreille; nous garderons (terremo) le secret." L'enfant leur répondit d'un ton de mystère, mais avec un air de confiance et de bonté: "Elle s'appelle maman. * Les réponses de la jeune demoiselle ne furent pas plus satisfaisantes pour nos bonnes gens , et ils en furent réduits à remet tre au temps la découverte de ce mystère.

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