‹ Lectures littéraires. Pages choisies des grands écrivainsChapitre 35 sur 52 · Déesse de la discorde · texte numérisé non relu

Déesse de la discorde

2. Personnage mythique, roi supposé de l'Abyssinie ou des Indes orientales.

/ de la barbe du grand Khan vous faire n'importe quelle ambassade auprès des Pygmées 2... tout, plutôt que d'échanger trois mots de conversation avec cette harpie. Vous n'avez aucun emploi pour moi?

DON PEDRO. Aucun de ce genre, mais je désire que vous m'accordiez votre compagnie.

BÉNÉDICT, 0 Dieu! monsieur, il y a ici un plat que je n'aime pas ; je ne puis pas souffrir madame la Langue! (Il sort.)

DON PEDRO, à Béatrice. Allons, madame, allons! Vous avez perdu le cœur du signor Bénédict..

Béatrice aux fiançailles de sa cousine

et de Claudio.

LEONATO, à Claudio. Comte, recevez de ma main ma fille et avec elle ma fortune.

BÉATRICE. Parlez, comte, à vous la réplique. * ,

CLAUDIO. Le silence est le meilleur interprète de la joie ; je serais bien imparfaitement heureux si je pouvais dire combien je le suis. (A Héro.) Madame, comme vous êtes mienne, je suis vôtre; je me donne en retour de vous et cet échange m'enivre de bonheur.

BÉATRICE. Parlez, ma cousine; ou, si vous ne le pouvez pas , fermez-lui- la bouche d'un baiser et ne le laissez pas parler non plus.

DON PEDRO. Surmafoi, madame, vous avez le cœur gai.

BÉATRICE. Oui, monseigneur; je lui sais bon gré, au pauvre sot, de se tenir toujours à bon vent du souci. (Elle désigne Héro et Claudio.) Ma cousine lui dit à l'oreille qu'elle le porte dans son cœur.

CLAUDIO. Vous avez deviné, cousine.

BÉATRICE. Mon Dieu, vive le mariage ! Ainsi les uns -1. Le Khan de Tartarie.

2. Nains légendaires qui auraient habité au nord de rimaii& ou Himalaya..

BÉATRICE ET BÉNÉDICT IliS après les autres se mettent en ménage, excepté moi, qui ai reçu un coup de soleil de trop. Je n'ai plus qu'à m'as-seoir dans un coin et à crier : « Holà! un mari! »

DON PEDRO. Madame Béatrice, vous en aurez un de ma façon.

BÉATRICE. J'en aimerais mieux un de la façon de votre père. Votre Grâce n'aurait-elle pas un frère qui lui res-semble? Votre père a élevé d'excellents maris, si une pauvre jeune fille pouvait prétendre jusque-là.

DON PEDRO. Voulez-vous de moi?

BÉATRICE. Non, monseigneur, à moins d'avoir un autre mari pour les petits jours. Votre Grâce est d'un trop grand prix pour qu'on s'en pare en semaine... Mais je supplie Votre Grâce de me pardonner; je suis née pour plaisanter sans rime ni raison.

DON PEDRO. Votre silence est ce qui m'offenserait le plus et la gaîté est ce qui vous sied le mieux; car sans doute vous êtes née dans une heure de joie.

BÉATRICE. Il y avait une étoile qui dansait et c'est sous cette étoile que je suis née... Mes cousins, Dieu vous donne joie !

LEONATO. Ma nièce, voulez-vous veiller à ces choses dont je vous ai parlé?

BÉATRICE. Oh! je vous demande pardon, mon oncle... (A Don Pedro.) Avec la permission de Votre Grâce. (Elle sort.)

DON PEDRO. Par ma foi, voilà une dame d'humeur bien plaisante.

LEONATO. Il entre peu de mélancolie dans sa nature, monseigneur. Elle n'est jamais sérieuse que quand elle dort, et encore pas toujours, car j'ai ouï-dire à ma fille qu'il lui est souvent arrivé de rêver de malheur et de se réveiller en riant.

DON PEDRO. Elle ne peut supporter qu'on lui parle d'un mari.

LEONATO. Oh! pour rien au monde! Elle éconduit par ses railleries tous ceux qui lui font la cour.

DON PEDRO. Elle ferait une excellente femme pour Bénédict.

LEONATO, 0 mon dieu! monseigneur, mais en moins d'une semaine de mariage ils se seraient chamaillés à en devenir fous.

DON PEDRO. Je vais entreprendre un des travaux d'Her-cule : il s'agit de faire naître entre le signor Bénédict et madame Béatrice une affection grosse comme une montagne. Je voudrais bien en faire un mariage et je ne doute pas d'y réussir si vous m'accordez tous les trois votre concours de la manière que je vous indiquerai.

LEONATO. Monseigneur, je suis à vous, dût-il m'en coûter dix nuits de veilles.

CLAUDIO. Et moi aussi, monseigneur.

DON PEDRO. Et vous aussi, charmante Héro?

HÉRO. Je suis prète à faire tout ce qui est séant à une jeune fille, monseigneur, pour aider ma cousine à s'as-surer un bon mari.

DON PEDRO. Et j'en sais plus d'un qui promet moins comme mari que Bénédict. Je puis certifier ceci en sa faveur qu'il est de noble famille, d'une valeur éprouvée et d'une loyauté reconnue. (A Héro.) Je vous enseignerai le moyen de disposer votre cousine à aimer Bénédict, et moi (à Leonato et à Claudio), avec l'aide de vous deux, je travail-lerai si bien Bénédict qu'en dépit de son esprit moqueur et de son goût dédaigneux il tombera amoureux de Béa-trice. Si nous faisons cela, Cupidon perd sa gloire d'ar-cher; elle devient nôtre et nous sommes les seuls dieux d'amour. Venez avec moi, et je vous dirai mon plan. 1 (Ils sortent.) Comment Bénédict devint amoureux de Béatrice.

(Le jardin de Leonato. Entre Bénédict suivi d'un page.)

BÉNÉDICT., Page !

LE PAGE. Signor?

BÉNÉDICT. Il y a un livre sur la fenêtre de ma chambre. Apporte-le-moi ici dans le jardin.

BKATIUCE ET BÉNÉDICT 1 :. Î

LE l'AGE. Je suis déjà revenu, monseigneur.

BÉNÉDICT. Tu ferais mieux d'ètre déjà parti. (Le page sort.) Je ne puis pas comprendre qu'un homme, voyant à quel point un autre homme est assoté quand il confie a l'amour la direction de sa conduite, consente, après avoir ri de ces folles extravagances chez autrui, à devenir l'objet,.. de ses propres railleries en s'amourachant à son tour : et Claudio en est là! J'ai vu le temps où il n'y avait pas pour lui d'autre musique que le tambour et le lîfre, et maintenant il lui plaît mieux d'entendre le tambourin et les pipeaux. J'ai vu le temps où il aurait J'ait dix milles à pied pour voir une bonne armure, et maintenant il restera dix nuits sans dormir, à dessiner la façon d'un pourpoint neuf. Il avait coutume de parler simple et droit au but, en honnête homme et en soldat; et maintenant c'est la rhétorique en personne : ses mots composent le banquet le plus fantasque, tous autant de plats étranges. Se peut-il que je subisse jamais trans-formation pareille, tant que je verrai avec ces yeux-ci? Je ne saurais le dire; je pense que non; je ne jurerais pas que l'amour ne puisse me changer en huître, mais je fais serment que d'ici qu'il ait fait une huître de moi, il ne fera jamais de moi un pareil sot! Cette femme-ci est belle, je ne m'en porte pas plus mal; cette autre est sensée, je ne m'en porte pas plus mal; cette autre est ver-tueuse, je ne m'en porte pas plus mal; mais jusqu 'à ce que toutes les grâces soient réunies dans une femme, une femme n'obtiendra point mes bonnes grâces. Elle devra ètre riche, c'est certain; intelligente, ou bien je ne veux pas d'elle; vertueuse, ou je ne la marchanderai jamais; belle, ou jamais je ne la regarderai; douce, ou bien qu'on ne s'approche pas de moi! causeuse agréable, excellente musicienne et ses cheveux devront être de la couleur qu'il plut à Dieu 1... Oh! le prince et monsieur l'Amour! Je vais me cacher dans ce berceau. (il se cache. Entrent Don Pedro, Claudio et Leonatu.)

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