‹ Lectures littérairesChapitre 2 sur 108 · NOTICE SUR CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

NOTICE SUR CHATEAUBRIAND

Un être dexception, venu à une époque uniipie dans l'histoire, et dont les livres, dépourvus dancêtres, devaient engendrer une prodigieuse postérité, tel fut Chateaubriand. Son nom seul, nom pompeux et sonore comme son œuvre, a le privilège de mettre limagination en branle. Car tout fut singulier en lui, autour de lui. Né à la fin^jiu règne de Louis XV, mort au lendejuain de la troisième révolution dont il fut le témoin, il fut comme le dernier spectateur des mœurs féodales; son .coeur fut pris et partagé entre les deux Frances^ l'ancienne et la nouvelle. J^^Catholique et royaliste-né, malgré cette double ancre qui devait assurer son cœur contre la tempête, il jeta sa vie, et plus lard son tombeau, en pâture aux orages : « Il y a dans les têtes bretonnes quelque chose des vents qui tourmentent notre péninsule. > Gentilhomme de plume autant qu'écrivain, portant haut Tépée flamboyante de la parole, tout en gardant lame enveloppée de ce <( crespe long, subtil et deslié -> dont parle Ronsard, il charma, il enivra la première génération de ce siècle ; il enchante aujourd'hui la dernière, qui se reconnaît encore sa petite-fille en dépit des mésalliances. Telle a été la puissance de

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ce séducleiir, telle la magie des sentimenls qu'il a inventés, et dont plusieurs se sont transformés depuis en maladies, ([u'on lui a tout pardonné déjà, et que sa plus lointaine postérité lui pardonnera lout encore : non seulement son attitude concertée, parfois peu plaisante chez un chevalier de nobles causes, mais encore l'égoïsme inconscient de rhonune et la rare vanité de Tauteur.

Ce grand ennemi de la vie, — qui devait vivre quatre-vingts ans, — naquit à Saint-Malo le 4 seplembre 17G8. 11 était le dernier de dix enfants. Les ({uatre premiers, deux fils et deux filles, moururent au berceau. Puis naquit Jean-Baptiste, Faîne des survivants, qui devint petit-gendre de Malesherbes. Quatre filles suivirent, Marie-Anne, Bénigne, .Julie et Lucile. Le vieux hobereau breton, père taciturne et sec de cette nombreuse famille, désirait pourtant un second fils. Ses quatre filles lui furent quatre déceplions. « Je résistais, dit Chateaubriand; j'avais aversion pour la vie. » Il lui fallut pourtant naître. Et voici comment na([uit François-/^e>2e : «J'étais presque mort quand je vins au jour. Le mugissement des vagues, soulevées par une bourrasque annonçant Téquinoxe d'automne, empêchait d'entendre mes cris. On m'a souvent conté ces détails; leur tristesse ne s'est jamais effacée de ma mémoire. Il n'y a pas dejour où rêvant à ce que j'ai été, je ne revoie en pensée le rocher sur le([uel je suis né, la chambre où ma mère m'infligea la vie, la tempête dont le bruit berça mon j)r(MMier sojumeil , le frère infortuné qui me donna mi nom que j'ai presque toujours traîné dans le malheur. Le ciel sembla réunir ces diverses circonstances pour placer dans mon berceau uneimage

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