NOTICE SUR CHATEAUBRIAND IX
de mes destinées. » Chateaubriand est déjà tout entier dans ces quelques lignes.
Mis en nourrice à Plancoët, près de Dinan, il revint à trois ans à Saint-Malo, et y demeura jusqu'à sept. Là, il s'attacha à sa véritable patrie, non pas la ville, mais la mer : « C'est sur la grève de la pleine mer, entre le Château et le Fort-Royal, que se rassemblent les enfants. C'est là que j'ai été élevé. <ompagnon des flots et des vents. Un des premiers plaisirs que j'aie goûtés était de lutter contre les orages, de me jouer avec les vagues qui se retiraient devant m.oi, ou couraient après moi sur la rive ». Son caractère se révélait déjà. Tantôt il passait des heures « à béer aux lointains bleuâtres » ; tantôt, luttant d'audace avec les petits Malouins ses camarades, il acceptait quelque défi téméraire d'où il rentrait meurtri ou déchiré; tantôt enfin, quand les rafales de Noël « ébranlaient les voûtes de cette nef que fit résonner la mâle poitrine de Jacques Cartier et de Duguay-Trouin », il éprouvait « un sentiment extraordinaire de religion ».
Son enfance fut relativement oisive. Quelques éléments d'anglais, de dessin, d'hydrographie et de mathématiques suffisaient pour un garçon destiné à être marin. Cependant sa mère, un peu plus ambitieuse d'études, obtint de son mari qu'on mît René au collège de Dol. Dol était sur la route de Saint- Malo à Combourg. L'enfant y resta trois ans. Il allait en vacances retrouver ses parents dans le vieux château féodal dont il nous a laissé l'inoubliable description. L'ombre de Combourg pèse sur son adolescence pensive.
Au collège de Dol, l'élève se fait remarquer par l'attraction (ju'il exerce. Il a l'ascendant inné. A Rennes, où on l'envoie ensuite continuer ses études, il se distingue par son penchant aux mathématiques.