‹ Lectures littérairesChapitre 33 sur 108 · PREMIÈRE MANIÈRE. SECONDE MANIÈRE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE MANIÈRE. SECONDE MANIÈRE

dans les langues humai- les langues humaines; les nés; les plus belles nuits plus belles nuits en Europe en Europe ne peuvent en ne peuvent en donner une donner une idée : au mi- idée. En vain dans nos lieu de nos champs culti- champs cultivés Timaginavés, en vain Fimagination tion cherche à s'étendre: cherche à s"étendre, elle elle rencontre de toutes rencontre de toutes parts parts les habitations des les habitations des hom- hommes; mais dans ces mes; mais dans ces pays régions sauvages l'âme se déserts l'àme se plaît à plaît à s'enfoncer dans un s'enfoncer, à se perdre dans océan de forêts, à planer un océan d'éternelles fo- sur le gouffre des cataracréts: elle aime à errer à tes, à méditer au bord des la clarté des étoiles, aux lacs et des fleuves, et, pour bords des lacs immenses, ainsi dire, à se trouver seule à planer sur le gouffre mu- devant Dieu, gissant des terribles cata- {Génie du Christianisme.) ractes. à tomber avec la masse des ondes, et pour ainsi dire à se mêler, à se fondre avec toute une nature sauvage et sublime.

Cesjouissances sont trop poignantes : telle est notre faiblesse, que les plaisirs exquis deviennent des douleurs, comme si la nature avait peur que nous oubliassions que nous sommes hommes. Absorbédans mon existence, ou plutôt répandu tout entier hors de moi, n'ayant ni sentiment ni pensée distincts, mais un ineffable je ne sais

PREMIÈRE MANIÈRE

quoi qui ressemblait à ce bonheur mental dont on prétend que nous jouirons dans l'autre vie, je fus tout à coup rappelé à celle-ci. Je me sentis mal, et je vis qu'il fallait finir. Je retournai à notre ajoupa, où me couchant auprès des sauvages, je tombai bientôt dans un profond sommeil.

{Essai sur les révolutions.)

Fuite du roi. — Retour en France.

En errant de forêts en forêts, je m'étais rapproché des défrichements américains. Un soir j'avisai au bord d'un ruisseau une ferme bâtie de troncs d'arbres. Je demandai l'hospitalité; elle me fut accordée.

La nuit vint : l'habitation n'était éclairée que par la flamme du foyer : je m'assis dans un coin de la cheminée. Tandis que mon hôtesse préparait le souper, je m'amusai à lire à la lueur du feu, en baissant la tète, un journal anglais tombé à terre. J'aperçus, écrits en grosses lettres, ces mots : flight of tiie king. Fuite du roi. C'était le récit de l'évasion de Louis XVI et de l'arrestation de l'infortuné monarque à Varennes. Le journal racontait aussi les progrès de l'émigration, et la réunion de presque tous les officiers de l'armée sous le drapeau des princes français. Je crus entendre la voix de l'honneur et j'abandonnai mes projets.

Revenu à Philadelphie, je m'y embarquai. Une tem-

pète me poussa en dix-huit jours sur la côte de France, où je fis un demi-naufrage entre les îles de Guernesey et d'Origny. Je pris terre au Havre. Au mois de juillet 1792, j'émigrai avec mon frère. L"armée des princes était déjà en campagne, et sans l'intercession de mon malheureux cousin ', Armand de Chateaubriand, je n'aurais pas été reçu. J'avais beau dire cjue j'arrivais tout exprès de la cataracte du Niagara, on ne voulait rien entendre, et je fus au moment de me battre pour obtenir l'honneur de porter un havre-sac. Mes camarades, les officiers du régiment de Navarre formaient une compagnie au camp des princes, mais j'entrai dans une des compagnies bretonnes. On peut voir ce Cfue je devins, dans la nouvelle préface de mon Essai historique -.

Ainsi ce qui me sembla un devoir renversa les pre miers desseinscpe j'avais conçus, et amena la première de ces péripéties qui ont marqué ma carrière. Les Bourbons n'avaient pas besoin sans doute qu'un cadet de Bretagne revînt d'outre-mer pour leur ofi'rir son obscur dévouement, pas plus C|u'ils n'ont eu besoin de ses services, lorsqu'il est sorti de son obscurité : si, continuant mon voyage, j'eusse allumé la lampe de mon hôtesse avec le journal qui a changé ma vie, personne ne se fût aperçu de mon absence, car personne ne savait que j'existais. Vn simple démêlé entre moi et ma conscience me ramena sur le théâtre du monde : j'aurais pu faire ce c|ue j'aurais voulu, puisque j'étais le seul témoin du débat; mais de tous les témoins c'est celui aux yeux ducjuel je craindrais le plus de rougir.

{Voyage en Amérique.)

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