‹ Lectures littérairesChapitre 37 sur 108 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Le « Génie du Christianisme, » — Avant et après.

Lorsque le Génie du Christianmne parut, la France sortait du chaos révolutionnaire: tous les éléments de la société étaient confondus : la terrible main qui commençait à les séparer n'avait point encore achevé son ouvrage; l'ordre n'était point encore sorti du despotisme et de la gloire.

Ce fut donc, pour ainsi dire, au milieu des débris de nos temples que je publiai le Génie du Christianisme, pour rappeler dans ces temples les pompes du culte et les serviteurs des autels. Saint-Denis était abandonné : le moment n'était pas où Buonaparte devait se souvenir qu'il lui fallait un tombeau: il lui eût été difficile de deviner le lieu où la Providence avait marqué le sien. Partout on voyait des restes d'églises et de monastères que l'on achevait de démolir : c'était même une sorte d'amusement d'aller se promener dans ces ruines.

Si les critiques du temps, les journaux, les pam-

phlets, les livres, n'attestaient Teffet du Génie du Christianisme, il ne me conviendrait pas d'en parler; mais n'ayant jamais rien rapporté à moi-même, ne m'étant jamais considéré que dans mes relations générales avec les destinées de mon pays, je suis obligé de reconnaître des faits qui ne sont contestés de personne : ils ont pu être dilïéremment jugés; leur existence n'en est pas moins avérée.

La littérature se teignit en partie des couleurs du Génie du Christianisme : des écrivains me firent l'honneur d'imiter les phrases de Bené et d'Atala, de même que la chaire emprunta et emprunte encore tous les jours ce que j'ai dit des cérémonies, des missions et des bienfaits du christianisme

Ce temps est passé : vingt années ont fui, des générations nouvelles sont survenues, et un vieux monde cjui était hors de France y est rentré.

Ce monde a joui des travaux achevés par d'autres que par lui et n'a pas connu ce qu'ils avaient coûté : il a trouvé le ridicule que Voltaire avait jeté sur la religion effacé, les prêtres respectés au nom de leur martyre, et ce vieux monde a cru que cela était arrivé tout seul, que personne n'y avait mis la main.

Bientôt même on a senti une sorte d'éloignement pour celui qui avait rouvert la porte des temples en prêchant la modération évangélique, pour celui qui avait voulu faire aimer le christianisme par la beauté de son culte, par le génie de ses orateurs, par la science de ses docteurs, par les vertus de ses apôtres et de ses disciples. 11 aurait fallu aller plus loin K Dans ma conscience je ne le pouvais pas.

{Génie du Chrislianisme, Préface de 1828).

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