CONCLUSION
[Après le récit de René, le Père Souël définit son mal et indique le remède : conclusion édifiante, mais tardive et inefficace. René se comptait trop dans son mal pour en vouloir réellement guérir.]
« Que faites-vous seul au fond des forêts où vous consumez vos jours, négligeant tous vos devoirs? Des saints, me direz-vous, se sont ensevelis dans les déserts. Ils y étaient avec leurs larmes, et employaient à éteindre leurs passions le temps que vous perdez peut-être à allumer les vôtres. Jeune présomptueux,
qui avez cru que Thomme se peut suffire à lui-même, la solitude est mauvaise à celui qui n'y vit pas avec Dieu: elle redouble les puissances de rame en même temps qu'elle leur ôte tout sujet pour s'exercer. Quiconque a reçu des forces doit les consacrer au service de ses semblables : s'il les laisse inutiles, il en est d'abord puni par une secrète misère, et tôt ou tard le ciel lui envoie un châtiment effroyable. »
Troublé par ces paroles. René releva du sein de Chactas sa tête humiliée. Le Sachem aveugle se prit à sourire, et ce sourire de la bouche, qui ne se mariait plus à celui des yeux, avait quelque chose de mystérieux et de céleste. « Mon fils, dit le vieil amant d'Atala, il nous parle sévèrement; il corrige et le vieillard et le jeune homme, et il a raison. Oui, il faut que tu renonces à cette vie extraordinaire qui n'est pleine que de soucis : il n"y a de bonheur que dans les voies communes.
« Un jour le Meschacebé. encore assez près de sa source, se lassa de n'être qu'un limpide ruisseau. Il demande des neiges aux montagnes, des eaux aux torrents, des pluies aux tempêtes, il franchit ses rives, €t désole ses bords charmants. L'orgueilleux ruisseau s'applaudit d'abord de sa puissance; mais, voyant que tout devenait désert sur son passage, qu'il coulait abandonné dans la solitude, que ses eaux étaient toujours troublées, il regretta l'humble lit que lui avait creusé la nature, les oiseaux, les fleurs, les arbres et les ruisseaux, jadis modestes compagnons de son paisible cours. »
Extraits du « Dernier Abencerage ».
[Le Dernier Abenccrage nous raconte les amours chevaleresques du dernier rejeton des conquérants de Grenade avec une descendante du Cid. Le héros est digne de
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l'héroïne. Mais, ici comme dans Atala, la religion est l'obstacle. Après divers incidents où se déploient brillamment les qualités de paladins et de preux qui animent les personnages, tous admirables, de cette romanesque histoire, Aben-llamet retournera en Afrique et se fera pèlerin ; quant à Blanca, elle se bercera de souvenirs et de mélancoliques regrets jusqu'à l'heure encore lointaine de sa mort.]