‹ Lectures littérairesChapitre 61 sur 108 · LE DERNIER ABENCERAGE A GRENADE · texte numérisé non relu

LE DERNIER ABENCERAGE A GRENADE

Vingt-quatre ans s'étaient écoulés depuis la prise de Grenade i. Dans ce court espace de temps, quatorze Abencerages avaient péri par l'influence d'un nouveau climat, par les accidents d'une vie errante et surtout par le chagrin, qui mine sourdement les forces de l'homme. Un seul rejeton était l'espoir de cette maison fameuse. Aben-Hamet portait le nom de cet Abencerage cjui fut accusé par les Zégris d'avoir séduit la sultane Alfaïma. Il réunissait en lui la beauté, la valeur, la courtoisie, la générosité de ses ancêtres, avec ce doux éclat et cette légère impression de tristesse que donne le malheur noblement supporté. Il n'avait que vingt-deux ans lorsqu'il perdit son père; il résolut alors de faire un pèlerinage au pays de ses aïeux, afin de satisfaire au besoin de son cœur et d'accomplir un dessein cfu'il cacha soigneusement à sa mère.

Il s'embarqua à l'échelle de Tunis; un vent favorable le conduit à Carthagène, il descend du navire et prend aussitôt la route de Grenade : il s'annonçait comme un médecin arabe qui venait herboriser parmi les rochers de la Sierra-Nevada. Une mule paisible le portait lentement dans le pays où les Abencerages volaient jadis sur de belliqueux coursiers ; un guide marchait en avant, conduisant deux autres mules ornées de sonnettes et de touffes de laine de diverses couleurs. Aben-Hamet traversa les grandes bruyères

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